Sociogeek+résultats

Aujourd’hui viennent d’être publiés les pre­miers résul­tats de Sociogeek, ce site à mi che­min entre le quizz et l’ scien­ti­fique. (J’en avais parlé à plu­sieurs reprises ici ou ).

Dominique Cardon est socio­logue, il est à l’origine de cette qui avait fait tant de bruit à son lan­ce­ment. Il avait même rédigé un billet pour InternetActu : Pourquoi sommes-​nous si impu­diques ? dont le titre sem­blait déjà conte­nir des éléments de réponse.

Qu’en est-​il aujourd’hui, à l’heure où les pre­miers résul­tats paraissent ?

A priori, les 10.000 par­ti­ci­pants semblent contre­dire Dominique Cardon : les inter­nautes né sont pas si impu­diques que ça (ou en tout cas pas si irré­flé­chis que ça)…

Sur une note allant de 1 (pudique) à 4 (impu­dique), la moyenne tourne autour de 2,2 : est-​ce pudique ou non ?
Les jeunes (âge moyen de l’échantillon : 28 ans) s’exhibent plus que les vieux (2,63 vs. 2,19), les hommes (74% de l’échantillon) plus que les femmes (2,27 vs. 2,08). Seuls 7% de l’échantillon a une note supé­rieure à 3.

Bön, évidem­ment, la pudeur est toute rela­tive (intime, et arbi­traire : c’est à celle des concep­teurs qu’on est confronté), et n’ayant pas été défi­nie dans l’, ce n’est pas tel­le­ment là-​dessus qu’il faut se pencher.

Là où les résul­tats deviennent inté­res­sants, c’est quant à la deuxième par­tie du , concer­nant l’ des réseaux sociaux, et notam­ment dans une approche pure­ment sociologique.

En effet, cet est dif­fé­rent selon la CSP ; il devient même très stra­té­gique. Ainsi, les ouvriers ou les employés acceptent plus “faci­le­ment” des amis que les pro­fes­sions supé­rieures, où le fil­trage est plus serré, ce qui annule donc la des premiers.

Les ouvriers et employés adoptent clai­re­ment une pour élar­gir leur cercle rela­tion­nel au-​delà de leur péri­mètre cultu­rel ou écono­mique de départ.

Quid des étudiants ? Je les rajou­te­rais volon­tiers dans la même caté­go­rie, sur­tout quand je vois les rap­ports que j’entretiens avec mes étudiants sur , où ils déve­loppent par­fois des stra­té­gies similaires.

D’autre part, les tris croi­sés révèlent des phé­no­mènes intéressants.

  • Plus on vieillit, plus on se cache.
  • Plus on est diplômé, plus on se cache (sauf qu’en Grandes Écoles, on se montre plus qu’en Master ; est-​ce vrai­ment étonnant ?).
  • Plus on fré­quente les réseaux, plus on s’exhibe (ou bien l’inverse ?)
  • Plus je lance des invit”, plus je m’exhibe (ou bien l’inverse ?)
  • Plus je m’exhibe, plus j’ai d’amis (ou bien l’inverse ?)
  • A noter, les arti­sans, com­mer­çants et chefs d’ ont 2 fois plus d’amis (142,2) que les profs inter­mé­diaires (71,9).

Que faut-​il conclure de ces chiffres ?

Tout d’abord que le seuil de pudeur s’élève avec l’âge, le niveau d’études et l’activité pro­fes­sion­nelle. Il me semble un peu qu’on enfonce une porte ouverte, et que la ques­tion essen­tielle n’est pas là.

Est-​ce que c’est la poule qui fait l’œuf, ou l’œuf qui fait la poule ?

est-​il un outil qui pro­voque l’exhibition (ou la construc­tion) de Soi ; ou ce méca­nisme est-​il anté­rieur et indé­pen­dant des pla­te­formes de type ou ? modifie-​t-​il le seuil de la pudeur : quels auraient été les résul­tats si l’ avait été réa­li­sée sur un autre sup­port (print) ?

De fait, on sur le web comme dans la vie des gens qui nous res­semblent, des gens de notre milieu social, de notre . Les sites sociaux né trans­forment pas pro­fon­dé­ment ni les moyens ni les choix de mise en rela­tion, mais font émer­ger des stra­té­gies de conquêtes, qui ont ten­dance à aller plus loin dans une expo­si­tion édito­ria­li­sée de soi, dans la fina­lité de construire son réseau. Le n’oblige pas à s’exposer, mais pousse à déve­lop­per des stra­té­gies pour se mettre en avant.

Hubert Guillaud, notre expo­si­tion en ligne est stra­té­gique, InternetActu.

Ils en parlent ailleurs

Dans le même genre :

Leave a Reply