Les identités numériques

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Google est la nouvelle International Business Machine (IBM)

Google+ s’ouvre aux marques : l’éditeur va être content, la marque est un nom connu de tous. C’est le pendant de la Real Name Policy : pour garantir la connexion entre deux entités engagées dans une transaction commerciale en ligne, il faut connaitre — selon Google — le vrai nom des entités. Pour une marque c’est facile, mais comme d’hab’, c’est l’humain qui pose problème…

D’ailleurs, j’adore le cynisme de leur déclaration : Avec Google+, rapprochez-vous de tout ce qui compte pour vous (ou pour nous, chez Google ?). En plus de vouloir reproduire le business model de Facebook, Google reproduit également son data model : graphe orienté objet avec un prédicat unique (même si avec Add Verb, Facebook compte bien changer la donne). Or la réalité que veut représenter Google est EXCLUSIVEMENT commerciale.

Je reprends ici ce que j’avais annoncé dans un billet de veille (c’est mardi, c’est privacy) : petite analyse de texte — donc — de l’annonce faite par Google (et Vic Gundotra).

Dans notre vie, nous créons des liens avec toutes sortes de choses : nos proches (sont des choses), bien entendu, mais également les équipes sportives que nous soutenons, les cafés que nous fréquentons, les causes que nous défendons et les émissions de télévision que nous ne raterions pour rien au monde… et bien d’autres encore.
Jusqu’à présent, Google+ avait pour principale mission de vous aider à entrer en contact avec d’autres personnes.

C’est intéressant de regarder l’équilibre proposé par Google : d’abord la vie sociale, et notamment affective, centrée non pas tant sur nos proches que sur des entités et des espaces (un peu) culturels et (beaucoup) marchands.

Désormais, nous voulons également vous aider à établir des relations avec toutes les choses qui comptent pour vous, depuis la boutique du coin de la rue jusqu’à des marques d’envergure internationale.

Pour Google, les choses qui comptent pour nous sont donc bien des espaces marchands et des entités commerciales. Avec lesquels nous aurions du mal à entrer en relation : mais est-ce de notre fait ? Ou de celui des marques ?

…Après tout, derrière chaque page (ou devanture de magasin, ou berline quatre portes) se cache un groupe de passionnés, et nous pensons que vous méritez de pouvoir, vous aussi, nouer des relations avec eux.

Or, comme on va le voir plus bas, la relation proposée par Google n’est pas destinée à créer une communauté, mais à sa gestion par la marque.

Pour vous et moi, cela signifie que nous pouvons désormais communiquer en direct (et en vidéo) avec le boulanger du quartier, parler chiffons avec notre marque de vêtements préférée, ou bien encore suivre un groupe de rock en tournée.

Ici, il n’y a pas de relation avec les clients du boulanger, de la marque de vêtement ou du groupe de rock (pour faire un peu culturel… mais on se doute que suivre une tournée consiste à regarder quand est-ce qu’elle va passer chez nous, et conduit donc à l’achat des billets, vu que le téléchargement, c’est maaaal…)

Les pages Google+ donnent vie à tout ce qui fait notre quotidien. Et en les ajoutant à des cercles, nous pouvons tisser des liens durables avec les pages (et les personnes) qui comptent le plus pour nous.

Les personnes sont entre parenthèses, notre quotidien est commercial (certains me diront que ce n’est pas faux : et d’ailleurs cela sera encore plus vrai avec ce que Google met en place).

Pour les entreprises et les marques, les pages Google+ sont un moyen d’échanger avec vos clients les plus fidèles. Au-delà de la possibilité pour eux de vous recommander au travers d’un +1 ou de vous ajouter à un cercle afin de suivre vos informations sur le long terme, il leur sera en effet possible d’échanger directement en vidéo avec votre équipe, en “face à face à face”. Pour ce faire, il vous suffit simplement de commencer à partager : vous serez vite rejoints par vos clients fidèles ou par vos plus grands fans, qui sont impatients d’échanger avec vous.

Notez ici le changement de pronom : avant, on était sur un nous (vous et moi), donc l’idée d’une communauté, même si l’on s’adressait à l’internaute ; ici, le vous change radicalement (et sans prévenir) : il s’agit de la marque, et du gestionnaire de cette marque (le désormais indispensable community manager)

Des milliards de recherches sont effectuées chaque jour sur Google, et très souvent, elles ont trait à des entreprises ou à des marques.

Parti pris là aussi dans la représentation de la réalité que Google nous impose ? C’est clair que le Zeitgeist montre clairement comment nos requêtes sont consacrées à des marques (y compris le Père Noël). On pourrait rétorquer que le Trends est plus centré sur les individus (même s’ils sont médiatisés).

Aujourd’hui, le lancement des pages Google+ peut permettre aux internautes de transformer ces requêtes en connexions qui leur seront utiles. Nous lançons donc pour ce faire deux façons d’ajouter des pages à des cercles depuis les résultats de recherche de Google. Le premier consiste à inclure des pages Google+ au sein de ces résultats de recherche, et le second est une fonctionnalité appelée “Direct Connect”.

Il y a un risque — à mon sens — que l’addition cumulative des liens sponsorisés puis des liens dynamisés par Google+ ne finissent pas encombrer la page. Surtout, ce qui se joue ici est une dérive de plus en plus forte vers l’homophilie, et une réduction de la capacité heuristique du moteur. Quel intérêt pour l’utilisateur qui fait des recherches ? Quelle part de sérendipité au final ?

Supposons, par exemple, que vous soyez en train de visionner la bande annonce d’un film très attendu, ou que vous veniez d’apprendre que votre groupe de rock préféré passe dans votre ville (!?). Dans les deux cas, vous n’avez qu’une envie (irrépressible !) : établir le contact sans attendre (un vrai junkie !). Avec Direct Connect, c’est facile – et même automatique…

Et la conclusion…

Avec Google+, nous faisons de notre mieux pour apporter à l’univers numérique les nuances et les richesses du partage tel que nous le connaissons dans “la vraie vie”.

Les nuances me paraissent très faibles, la vie sociale étant réduite au paradigme marchand, quant aux richesses du partage, outre les jeux de mots que l’ont pourrait faire, elles semblent là aussi à sens unique : je plussoie en ajoutant une marque dans mes cercles (tel Priam ouvrant les Portes de la ville pour laisser entrer le Cheval de Troie). Est-ce que la vraie vie se résume à ça ?

Le lancement des pages Google+ nous rapproche aujourd’hui un peu plus du but (oui, mais lequel ?), mais beaucoup d’autres améliorations sont à venir, et nous avons encore un bon chemin à faire avant de pouvoir nous reposer. Comptez sur nous pour vous tenir informés !

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