Les identités numériques

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Dominique CARDON au GRESEC

Jeudi 08 avril, l’école doctorale du GRESEC recevait Dominique Cardon. Dans la continuité de ce qu’il avait déjà abordé lors du forum RéDem, et synthétisé dans son article Les vertus démocratiques d’Internet, le sociologue est venu présenter ses hypothèses et les résultats de sa recherche empirique sur les spécificités de l »espace public qu’est le web.

Petit résumé, et longue liste de références à travailler

[insertions personnelles]

  • Il faut constater un tournant réaliste dans les pratiques d’Internet, qui devient un territoire autonome (à la façon des TAZ d’Hakim Bey, Internet serait une Zone Autonome non plus Temporaire, mais Permanente ?) habité par des avatars.
    • Il y a massification des usages, notamment par l’arrivée des classes populaires sur Internet (cf. danah boyd, MySpace et les hispanos dans Viewing Amercan class divisions through Facebook and MySpacec’est aussi le terrain de ma thèse). Or Internet a été fondé, et étudié, par des adultes mâles blancs et chrétiens (des WASP) : l’émergence et l’adoption des sites de socialisation perturbe les schémas de pensée des fondateurs, mais correspondent néanmoins à ce qu’ils espéraient des usages. Aujourd’hui, les classes populaires usent de Facebook comme les hackers d’autrefois usaient du langage machine : ils bricolent en toute autonomie.
    • Le tournant réaliste se voit aussi dans l’avatar, libéré de toute mythologie : les photos de profil sont réalistes, les patronymes remplacent les pseudonymes.
  • Internet est un espace public non traditionnel, et ce n’est pas qu’un espace documentaire : il a été dès l’origine un outil conversationnel (en ce sens, il est à la jonction des Sciences de l’Information ET de la communication).
    • Élargissement du public, avec 4 classes d’énonciation.
Personnalité
amateur 3 – Web participatif

(mais composé d’individus en bordure du métier journalistique : « les Rousseau des ruisseaux »)

1 – Sphère publique

(au sens habermassien, XVIIIème siècle)

professionnel
4 – Web en clair/obscur

(cf. cartographie in Le design de la visibilité)

2 – Espace public

(au sens de yellow press)

quidam
  • Les 3 premiers cadrans méritent d’être relu selon les 4 modèles d’espace public définis par Bernard Miège (1=la presse d’opinion ; 2=la presse commerciale ; 3=le 4ème modèle, les relations publiques généralisées. Le 4ème cadran semblant correspondre à l’horizon aperçu par Miège à la fin du tome III.
  • Internet est un espace à la fois de visibilité mutuelle (voir les travaux du sociologue Isaac Joseph) et un espace public normatif
    • On y retrouve les 3 caractères de l’énoncé public : responsabilité de l’énonciateur, distanciation entre énoncé et énonciateur, polyphonie qui rend possible le débat contradictoire, et l’argumentation.
    • Il y a cependant glissement de la conversation privée vers le public : ce qui est visible est rendu public. Ceux que Cardon nomment les gatekeepers (qui devraient avoir un rôle de filtre) publient dorénavant ce qui est de l’ordre du visible (cf. les rumeurs autour de Sarkozy)
    • Or ce couplage s’est défait : le lien entre le normatif et le visible s’est rompu. Le caractère normatif se déploit ex-post (après les faits). Cf. Yochaï Benkler in La richesse des réseaux, qui parle d’une hiérarchie horizontale. Celle-ci est due aux algorithmes (notamment le pagerank et les liens entrants, mais qui ne marche plus seul) qui construisent une pyramide méritocratique. Ainsi Internet (et les internautes) agit comme gatekeeper : la hiérarchisation est collectivement construite, la visibilité est produite par la réception.
    • S’exposer, c’est engager la conversation (en attente d’une reconnaissance ; cf. statistiques de Cameron Marlow sur la différenciation par genre). Or la conversation se déploie d’abord avec les liens forts (les proches), ceux avec qui on partage un contexte (un complexe), cf. la private joke. En devenant publique, la conversation se déploie de manière multiplexe. Pourquoi alors ne pas fermer la conversation ? Il y a recherche d’un débordement de la sphère privative vers les groupes périphériques (socialement supérieur) : c’est l’exhib’.
  • Question juridique sur la privacy : la superficie mouvante de la vie privée aujourd’hui n’est pas tant un espace privé élargi que bien la preuve d’un élargissement de l’espace public, car en droit, tout ce qui est publié est public. Si l’espace public s’élargit, c’est donc bien que le domaine du privé se réduit. Daniel J. Solove explique que la doctrine (américaine) de la vie privée ne dispose pas de fondement normatif autonome, et qu’elle se construit en concurrence avec d’autres droits (droit de la sécurité, droit des marques, liberté d’expression). La doctrine française, via la CNIL, et par extension avec le G29, la doctrine européenne, cherche à s’autonomiser en se basant sur le respect de la dignité de la personne humaine (il faudrait protéger l’individu contre l’abus qu’il ferait de ses données personnelles).
Personnalité
amateur 3 – Editeur/hébergeur

(cf. jurisprudence altern.org)

1 – Droit de la presse, loi de 1881 (défense de la liberté d’expression, sauf diffamation et injure) professionnel
4 – Quel compromis ? Protéger l’expression privée en public 2 – Droit de la vie privée, droit à l’image, anonymat

(cf. Warren et Brandeis, The right to privacy : « an instance of the enforcement of the more general right of the individual to be let alone« )

quidam

On en arrive donc aux 6 vertus démocratiques d’Internet

  1. La présupposition d’égalité P2P (mais exclusion des immobiles et des silencieux) : le statut ne suffit plus, seule l’action est prise comme curseur de la valeur sociale
  2. La libération des subjectivités (mais dépolitisation narcissique, cf. Laurence Allard et la culture du remix hyperironique)
  3. Le public par le bas (mais fin de la vie privée)
  4. La force des coopérations faibles (mais la fragilité des engagements)
  5. l’auto-organisation ou l’adhocratie (mais bureaucratie procédurale, cf. wikipedia ou debian)
  6. la légitimité ex-post (mais l’écrasement par la diversité, ratio signal-bruit) : cf. algorithme de recherche en temps réel en concurrence avec le pagerank.

Autres références citées

2 commentaires pour Dominique CARDON au GRESEC

  1. bonjour,
    je tombe par hasard via un retweet sur Twitter sur votre CR très bien fait. Comme je m’intéresse au sujet, je le parcours. En le lisant et notamment sur les six points des vertus démocratiques et de leurs « vices » je me dis que le propos de Dominique Cardon sont finalement très normatif et généralisant. Sur un terrain que je connais bien, en quoi, par exemple, dans la culture du remix y aurait t’il en toute généralité une « dépolitisation narcissique »…qu’on me le démontre sur la base d’une étude empirique de corpus :)
    Pour info le lien vers l’étude citée par D.C : http://www.poli-revue.fr/Revue_Poli/poli_plus_files/Poli%20Plus%20Britney%20Remix_1.pdf

    • Julien PIERRE dit :

      Eh eh… Faut pas oublier que c’est un compte-rendu, subjectif et non exhaustif, truffé de raccourcis d’une intervention elle-même raccourcie…
      Pour le débat scientifique en lui-même, je vous laisse voir avec l’auteur !
      en tout cas, merci pour le lien, je vais lire ça ASAP !

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