Les identités numériques

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We need an emo revolution in high tech

Lu dans Wired magazine de Nov2010, un article de Clive Thompson sur les gadgets qui reconnaissent nos sentiments.

Ainsi il est possible par exemple de créer des tuteurs électroniques qui adaptent leurs leçons aux fluctuations de l’attention de l’apprenant. Je m’ennuie, le robot me motive ou passe à autre chose, just as a human teacher might do. 80% de réussite, assure la chercheuse Beverly Park Woolf, du Center for Knowledge Communication !
Dans un autre registre, il existe des algorithmes qui captent l’ambiance de travail pour filtrer les sollicitations, et éviter la déconcentration. Idem, en voiture, les émotions modifient le champ de perception, et de ce fait deviennent dangereuses : un logiciel embarqué compense les effets de la colère sur la conduite.

Cet article a été traduit par Xavier de la Porte (Place de la Toile #pdlt, et publié sur InternetActu : Quand nos gadgets connaitront nos émotions), et je partage ses inquiétudes :

Je ne vois pas comment la machine pourrait savoir mieux que moi ce qui est bon pour moi. Parce qu’il ne me semble pas y avoir de corrélation automatique entre un état émotionnel et un désir. […]. Bref, savoir ce qui est bon pour nous est l’apprentissage d’une vie, je ne vois pas comment la machine pourrait être programmée à la savoir. Sauf à devenir une sorte de parent qui décide pour son enfant en fonction de ce qu’il croit être son bien, et qui décide le plus souvent en fonction de ce qu’il considère comme devant être la norme.

C’est moi qui souligne la dernière phrase.
Clive Thompson est un penseur des technologies, auteur pour le New York Times Magazine et pour Wired : il tient le blog collision detection. En faisant quelques recherches, j’ai trouvé cet article sur Wired (Jul07): Your Outboard Brain Knows All.

My point is that the cyborg future is here. Almost without noticing it, we’ve outsourced important peripheral brain functions to the silicon around us.

D’après l’analyse de l’auteur, nous confions à la Machine des pans entiers de nos facultés intellectuelles (le calcul), cognitives (la mémoire), et maintenant émotionnelles (le désir). Et la magie de l’algorithme peut nous accorder une vie meilleure : un meilleur apprentissage, un environnement accommodant, une assistance permanente, mais, comme le souligne X. de la Porte, le tout en fonction d’une norme, autrement dit quelque chose qui annule l’exception, qui annule l’entropie. Une norme fixée non plus par une autorité publique mais par des ingénieurs informatiques travaillant pour des entreprises commerciales. Ces derniers rétorqueront que l’algorithme apprend de nous, et que c’est l’utilisateur qui fixe la norme. Peut-être bien effectivement que le génie logiciel conduira alors à cette symbiose entre l’homme et la machine.

Our computers have been robots too long; it’s time they softened up !

Ainsi conclue Clive Thompson : il est intéressant d’ailleurs de se plonger dans l’étymologie du mot software, le pendant du hardware. En effet, le logiciel vise à adoucir le matériel, à en arrondir les angles, à dompter sa brutalité, à la raffiner, bref à l’humaniser. Apparaitrait alors le point d’achèvement de l’Humanité, née du premier outil paléolithique. On ne peut s’empêcher alors de regarder à nouveau 2001, a space odyssey, et d’admirer l’ellipse cinématographique de la première séance.

Avant d’atteindre la Singularité promise par certains, on peut en tout cas s’attendre à voir bientôt débarquer des dispositifs automatiques publiant, par exemple dans notre site de socialisation préféré, des statuts correspondant à ce que nos capteurs électroniques auront enregistrés. Encore mieux que le bouton « J’aime » sur lequel on doit cliquer – quel effort, et quel effet ! – Facebook publiera peut-être un jour automatiquement des émoticônes renseignant nos amis sur notre état émotionnel. Gare à celui qui n’aura pas vu son Mur notre :-(
Le trombinoscope de Facebook deviendra alors un catalogue de trombines (ou binettes).

Après la voiture, le lieu de travail, déjà appareillés, après nous être équipés d’accessoires emo-friendly, c’est bien la sphère privative qui va se voir pénétrée par la logique algorithmique (et derrière tout ça la logique marchande) : des capteurs électroniques pour bébé, une cuisine qui produit un repas selon les humeurs de chacun, une télé qui zappe toute seule, un je-ne-sais-quoi machinique qui remplace notre compagnon sexuel.

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