Les identités numériques

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La vie privée : des données aux contextes

Ça devrait être le titre définitif de la thèse, signalant une approche sémio-pragmatique de la vie privée, par le signe (les données) et par la relation (la pragmatique), et donc forcément info-communicationnelle.

Mais aussi une approche humaniste, au sens scientifique du terme, c’est-à-dire établissant que le savoir s’acquiert à la croisée des disciplines et se diffuse au plus grand nombre ; et au sens des humanités numériques où Internet permet ce croisement et cette diffusion.

Méthode

L’articulation entre modèles théoriques et applications pratiques régulant la vie privée médiatisée par ordinateur est au cœur de mon travail de recherche. Or les modèles théoriques ne peuvent s’appuyer que sur une approche empirique, nécessairement multi-située, en contexte. S’agissant d’une méthode immersive, et de surcroit dont l’objet est l’identité, la subjectivité du chercheur ne doit pas être considérée comme un biais mais comme une heuristique. La problématique de la thèse réside alors dans le va-et-vient entre l’objet (la vie privée) qui nécessite une méthode (immersive), et une méthode qui est seule susceptible d’éclairer un objet.

Niveaux

Ce va-et-vient passe par trois étages, trois niveaux (micro, méso et macro) dans lesquels des acteurs mettent en œuvre des processus par l’entremise d’objets.

Niveaux Objets Acteurs Processus
Micro Appareils(smartphones, ordinateur, lecteurs biométriques, caméras de surveillance)

Documents (base de données, cookies, log, cartes d’identité, passeport, matrice d’empreintes digitales, fichiers de police, d’administration ou de commerce)

Utilisateurs finaux : Individus, internautes, utilisateurs finaux, salariés, consommateurs, citoyens, électeurs, prospects, suspects, criminels, ressortissant étranger Identification, socialisation, interactions sociales, transaction et prospection commerciales, communication interindividuelle, processus cognitifs, commensuration
Méso Logiciels (Navigateurs, algorithmes d’indexation, de reconnaissance faciale, de fouille de données, SGBD, CRM, ERP, Groupware) Entreprises, communautés de développeurs, communauté de défense des libertés fondamentales, organismes de standardisation, secteurs industriels Innovation, régulation, marchandisation, industrialisation, (re)documentarisation
Macro Normes, lois, conventions sociales, standards techniques États, groupes de nations, organismes transnationaux Processus civilisationnel

Champs

Pour analyser ces articulations entre niveaux et entre acteurs, objets et processus, quatre champs scientifiques sont éclairants :

  1. la « métaphysique psychosociale » : tout ce qui relève de la psychogenèse, associant la philosophie, la psychanalyse, la psychologie, la phénoménologie, la psychosociologie, l’interactionnisme symbolique, le constructivisme, la sociologie des usages, la communication médiatisée par ordinateur (CMO), l’économie comportementale, les sciences cognitives et la communication affective.
  2. la « macrosociologie » : ou sociogenèse. Sociologie configurationnelle, analyse des réseaux sociaux, capital social, socio-histoire.
  3. l' »économie scripturaire » : la linguistique, sociolingustique, pragmatique, la théorie des speech acts, celle de la pertinence, de la politesse ; les écrits d’écran et l’énonciation éditoriale, la théorie du document, la (re)documentarisation, la grammatisation.
  4. l' »économie politique des espaces » : industries culturelles, théorie de l’espace public, économie, droit, histoire, philosophie et sciences politiques.

Développement

  1. Une fois ce cadre théorique établi (ici a minima : c’est l’histoire de 150 pages de l’autre côté ; c’est aussi la reprise de l’article publié dans les Cahiers du numérique), il est présenté une analyse sectorielle d’une population d’usagers s’appropriant des normes socio-professionnelles et les reproduisant dans les dispositifs de CMO (1ère hypothèse : du macro au micro-social, reprenant à peu près l’article de l’Homme-Trace et des résultats quanti).
  2. Ensuite est réalisée une étude de l’infrastructure informationnelle des dispositifs identitaires, où le modèle conceptuel des BDD permet à la fois l’appropriation des données personnelles par le propriétaire (et les stratégies des entreprises pour maximiser cette collecte : émergence de l’industrie de la réputation), le transfert de représentations sociales à destination des usagers (performativité) et la réflexivité du titulaire (2ème hypothèse : du micro informatique au méso industriel).
  3. Enfin, la présence d’un tiers-opérateur dans le cadre privatif médiatisé par ordinateur oblige à repenser à la fois l’appropriation de ce cadre par les acteurs (usagers titulaires) et les agents (concepteurs régulateurs). En redéfinissant la vie privée à l’aune de ces enjeux, il serait possible de proposer un modèle opérationnel au niveau des usages, de l’innovation et de l’encadrement légal (3ème hypothèse, parfois ébauchée ici ou ).

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Il faut bien garder à l’esprit que ce qui précède n’est qu’un résumé de la thèse ; et que cette thèse est encore en construction. La suite au prochain épisode…

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