Les identités numériques

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Identité et pouvoir adamique

[Ce billet fait suite et réagit à la citation de Virginia Wolf sur le nom.]

Le pouvoir adamique fait référence à Adam.

Dans la Genèse,  Dieu fait venir les animaux au sein du Jardin d’Eden, pour tenir compagnie à Adam (Eve n’est pas encore là).

2.19 – L’Éternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l’homme, pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l’homme.
2.20 – Et l’homme donna des noms à tout le bétail, aux oiseaux du ciel et à tous les animaux des champs; mais, pour l’homme, il ne trouva point d’aide semblable à lui.

via wikisource

Le pouvoir adamique est cette faculté humaine de nommer les choses. C’est le code au sein du langage, l’arbitraire du signe, mais un arbitraire humain.

Avant de poursuivre, on peut signaler une divergence dans le Coran. Dans la 2ème sourate, dite Al-Baqara, verset 31, il est dit :

Et Il apprit à Adam tous les noms (de toutes choses)

On voit bien une négation (divine) de ce pouvoir (humain). Pour les Musulmans, Allah informe Adam.

Si j’utilise le verbe ‘informer’, c’est aussi pour souligner, de par son définition, son rapport au pouvoir adamique : informer, c’est donner une forme, une structure signifiante à quelque chose.

Quoi qu’il en soit, le pouvoir adamique est proche du divin. On le retrouve principalement dans le baptême. Ce rite marque l’entrée du croyant dans la communauté chrétienne (un réseau social !). C’est donc un rite d’initiation, par lequel -aussi- les parents attribuent un prénom (un identifiant) à l’enfant. 

Le pouvoir adamique est souvent associé à l’activité artistique, créatrice. L’artiste (écrivain, plasticien, etc.) est ‘possédé’ par le pouvoir adamique : il crée des formes (il informe) qui ont du sens (structure signifiante, sémiologique), et les nomme par la suite, leur donne un titre.

Ainsi, on comprend que le pouvoir adamique a une fonction structurante :

  • en linguistique par exemple, chaque signe (les mots comme les phonèmes) n’existe que par relation et opposition aux autres (Saussure, Jakobson).
  • En informatique, dans une base de données relationnelle, un enregistrement n’existe que s’il dispose d’un identifiant unique (qui le distingue des autres enregistrements).

Ainsi, à la naissance, les parents choisissent un prénom pour leur enfant (pouvoir adamique filial), mais cela n’empèche pas les homonymies. Pour éviter cela, l’Etat civil attribue un identifiant unique (le n° d’INSEE) : c’est un pouvoir adamique administratif ou étatique. Toujours est-il qu’il s’agit in fine d’une identité subie.

Avec l’identité numérique, nous avons la possibilité d’exercer le pouvoir adamique sur nous-même : nous avons une identité choisie, combinant le pseudo1, l’avatar (qui lui aussi est de nature divine) et les données du profil que nous voulons bien renseigner.

Notes

  1. à compter qu’il soit disponible : par exemple, en vous inscrivant à un service web, on vous demande un identifiant (le pseudo) et le système vérifie l’inexistance de ce dernier dans sa base. Si le nom que vous avez inventé n’existe pas, si le pouvoir adamique peut s’accomplir, vous pouvez exister. Voir le site usernamecheck pour la disponibilité de votre pseudo sur les principaux services web

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