Les identités numériques

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C’est jeudi c’est privacy !

Quoi de neuf dans le joli monde des données personnelles ?

Au feu !

  • Amazon annonce son smartphone spécial e-commerce : le Fire Phone. Véritable objet pulsionnel, le téléphone reconnaît plus de 100 millions de produits numériques ou physiques par leur apparence ou par le son, prévient La revue du Digital. Tu kiffes, tu raques ! et le tout en un clic, avec le bouton FireFly…
The Amazon's Fire Phone

The Amazon’s Fire Phone

  • Pub toujours : BMW s’oppose à Google dans le projet de voiture autonome. Google veut assoir le conducteur devant des écrans de pub, notamment dans les bouchons, ironise-ton chez BMW, dont le discours est, je trouve, plus malin. Le constructeur joue la carte de l’affect (cc @CaddeReputation) : le robot ne doit pas faire disparaitre le plaisir de conduire ! Par conte, ce qui disparait, déclare, un responsable de BMW, ce sont les données personnelles : Aujourd’hui, on recueille des données, la politique du groupe est de les effacer.  Lorsqu’on construit une demande, on crée le service, et après la donnée est effacée. Par exemple je recherche un point d’întérêt par une requête, on fournit le point d’intérêt, et après la donnée est effacée.
  • Attention, (faux) piège à con ! Un quizz rigolo sur Facebook cache un test de personnalité (source : Washington Post), qui lui-même cache une expérience scientifique (Univ. de Pennsylvania/article sur PloS). 110 millions de répondants en quelques jours, et autant de profils scannés et catégorisés à partir des Big 5, ces cinq traits de personnalités sur lesquels se base le marketing moderne. Mais pas la startup qui produit l’application : ils s’engage à ne pas stocker, publier, diffuser, revendre les résultats du quizz. A tester sur labs.five.com !
  • Attention, vrai piège à con ! Petite annonce de Facebook, l’air de rien. En déclarant vouloir faire plaisir à ses membres, le site prévoit d’intégrer plus de sources d’infos pour ses pubs (à partir des apps et des sites visités hors domaine). Évidemment (!), l’usager pourra faire de l’opt-out !  Mais que fait la FTC, se demande-t-on (au Washington Post). Comme le dit un patron du digital, le traitement des données personnelles, ce n’est pas une violation de la vie privée (on n’est pas la NSA) ! On devrait même leur dire merci !!!

Europe vs USA

Des menaces se précisent, ou apparaissent : en plus des drones (on en parlait déjà en 2011 avec les paparazzis de News Corp.), les satellites deviennent eux aussi capable de filmer avec une précision suffisante pour porter atteinte à la vie privée (source). Les fabricants US de satellites, jusqu’alors limités à une résolution de 50cm, ont exercé un lobbying suffisant pour descendre ce seuil à 31cm, et ainsi concurrencer les entreprises indiennes et chinoises. Du coup, l’Europe va se retrouver elle aussi la cible des lobbyistes (d’autant qu’on a quelques gros industriels dans notre beau pays).

[Autre menace : les lecteurs de plaques d’immatriculation]

L’Irlande saisit la Cour de Justice de l’union européenne pour savoir si Facebook a violé le Safe Harbor en laissant la NSA siphonner ses bases de données (Sur Clubic en français, et sur Bloomberg en anglais). C’est la suite des plaintes déposées par Max Schremm, étudiant autrichien en droit (dont les premières demandes n’avaient pas abouti). Zuckerberg lui-même s’est estimé frustré, au nom de ses noms qui s’ingénient à sécuriser Facebook, que le site soit finalement si perméable à un tiers, gouvernemental de surcroît…

De son côté la Chine réfléchit à réclamer aussi un droit à l’oubli à Google.

Apprendre à vivre dans le panoptique

Avec la multiplication des objets connectés viendra la multiplication des rites de déconnexion : le cabinet Deloitte estime que 100 millions d’objets connectés seront en activité d’ici 2020 (source). La demande étant à une simplification des appareils, ils seront primo difficile à repérer à l’entrée des bâtiments officiels où ils seront interdits (administration publique, hôpitaux, écoles, CA d’entreprise), et deuxio difficile à sécuriser. Certains experts imaginent déjà des situations rocambolesques de dévoilement de secrets d’affaire ou d’adultère. Conséquemment, ils conseillent déjà de se séparer des prothèses selon la situation : people will have to remember to put the gadgets away during awkward conversations, or to take them out when things get interesting.

Les objets connectés auront ainsi le mérite de renforcer le cadre privatif : mieux, pour que le marché des objets connectés atteigne les résultats qu’on lui prédit, il faudra accompagner les constructeurs, les institutions, les porteurs d’objets connectés et le commun des mortels dans la négociation autour de nouveaux comportements interindividuels et de nouvelles conventions sociales, ainsi que dans la définition de règles juridiques et de spécifications techniques encore plus respectueuses de la vie privée (en intégrant des process comme le Privacy by design).

Un exemple actuel : la class-action conduite par des usagers de Hulu a été annulée. Les plaignants faisaient valoir qu’Hulu ne respectait pas leur vie privée en publiant sur Facebook leur nom et le titre des vidéos consommées. La juge fédérale a estimé que ce mécanisme ne s’appliquait pas à tout le monde, d’où le rejet de la procédure. En effet, le flux Hulu > Facebook passe par des cookies, et certains utilisateurs mettent en place des routines pour interrompre ce flux (such as by using ad-blocking software, clearing their cookies, logging out of Facebook, or using different browsers for Facebook and Hulu, cette dernière astuce étant une façon de sortir du régime d’indistinction). D’autres études (dont à celle à laquelle je participe avec Orange + GEM) attestent également de ces bricolages (voir aussi le Privacy Index d’EMC).

Du côté de l’éducation

Quelques publications, à ajouter au débat sur l’apprentissage de l’informatique à l’école. tandis que Frédéric Bardeau (simplon.co) invite à apprendre à Lire, écrire, compter, coder, Olivier le Deuff appelle à apprendre à décoder. C’est un billet de blog dont la lecture peut se compléter avec le chapitre qu’il a publié récemment : Le Deuff O., (2014), « Identité numérique. Vers une formation aux écritures et au souci de soi ? », in Pinte J.-P. (dir.), Enseignement, préservation et diffusion des identités numériques, Lavoisier, (+ d’info sur leur site).

Dans un autre registre, strictement scientifique, je recommande aussi la lecture de la dernière livraison de Communication & Organisation (n°44, 2013) : Nouvelles formes de visibilité des individus en entreprise: technologie et temporalité, notamment le Lost in transportation de Anne-France Kogan. Signalé sur Twitter, les travaux de Joëlle Menrath sur l’ennui numérique (via FFTelecoms).

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