Les identités numériques

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IPSE, IDEM, ITEM et IDENTITÉ

Dans les termes que nous mobilisons pour étudier le champ de l’identité numérique se nichent des significations, et plus à l’intérieur des directions, parfois des idéologies. Il convient donc d’être pertinent dans le vocabulaire, et comme l’appelait Jacques Perriault lors du séminaire « Identités numériques », il faut tenter de répondre au « besoin de terminologie ». Essayons…

Ipse, Idem, Item, Entité, Identité ?

ID/ENTITÉ

Une identité (le mot, et au-delà la notion) se décompose en id/entité (cf. le mémoire de master de danah boyd : faceted id/entity). Cet assemblage est pertinent : en préfixe id, de idem, identique ; en radical, entité, du latin entitas (« ce qui constitue l’essence et l’unité d’un genre », un dérivé du verbe être). Une identité est donc idem ou identique à une entité. Or cette identité n’est pas si identique – mathématiquement parlant.

IPSE = IDEM

Les expressions ipse (soi-même) et idem (le même), tous deux des dérivés latins du verbe être, se rapprochent de la définition précédente : une identité est l’idem de l’ipse. Or cette projection de l’ipse dans une proposition a priori identique, l’idem, peut être considérée aussi de manière linguistique, et pas seulement mathématique. Ce qui revient à considérer l’identité comme un signe, et non plus seulement une valeur (ou quantité d’informations contenue dans un signal). Ainsi, je rappelle  que l’identité – numérique – est à la fois  :

De la valeur découle un pouvoir, c’est la face politique de l’identité ; du signe découle un sens, c’est la face sémiotique de l’identité.

IPSE ≠ IDEM

Dès lors, la projection s’apparente à une représentation, c’est-à-dire une nouvelle mise en présence de l’entité. Mais comme l’entité est unique en son genre, et ne supporte pas l’ubiquité, l’identité est bien autre chose que l’entité. L’identité idem n’est pas l’entité ipse. L’identité est alors à comprendre comme la matérialisation, ou médiation, d’une entité sur un support, et donc dans une structure, avec un code, qui n’est – même mathématique – que la tentative de définition de la réalité, mais qui n’est donc pas la réalité mais une interprétation. Si l’identité comme signe est structurée, l’identité comme valeur est aussi structurante de l’entité. En donnant un nom au chose, en les identifiant et les inscrivant dans une ontologie (à comprendre au sens philosophique autant qu’informationnel), le pouvoir adamique désanonymise et institutionnalise. L’identité est à la fois structurée et structurante, à la fois structure et structuration, à la norme et interprétation.

IPSE/ITEM ≠ ENTITÉ

L’identité est une construction, autrement dit un artefact, un objet, un item. Plus exactement, l’identité est l’item, est égale à l’item, est idem à l’item, est l’idem de l’item, qui lui n’est n’est pas idem de l’ipse, mais son support, son média. C’est à dire que même l’ipse inscrit sur l’item n’est pas idem à l’entité, l’identité n’est qu’une réduction – illusoire – de l’entité. C’est pourquoi, dans une démarche de réflexivité ontologique, il est nécessaire de construire, de recevoir et d’agréger plusieurs identités (d’où les identités numériques au pluriel), qui sont autant de rôles, de statuts, de facettes, de personnalités (de l’étrusque persona, le masque), de fragments de l’entité. Cette granularité renvoie :

  • à un premier niveau atomique, c’est-à-dire l’identité comme composé de particules (le nom, le prénom, les empreintes, la réputation, les passions, le graphe social, etc., qui sont eux-mêmes des composés) ;
  • à un second niveau moléculaire, c’est-à-dire l’entité comme agrégat des atomes identitaires.

Granularités

Le terme individu de par son indivisibilité ne peut faire écho à cette décomposition ; par ailleurs le terme entité a l’avantage d’appartenir au vocabulaire de la modélisation de données, notamment dans le diagramme entité-association1.

Méta-modèle entite-association
Certes l’identité est une information (avec tout cela que cela englobe de normes et de contextes), mais il serait dangereux de considérer qu’elle est modélisable et que dès lors elle est peut être l’objet (objectivé) d’un processus computationnel (comme le font les DACTCDCP). L’entité (ontique, cf. Heidegger) n’est pas réductible par la raison rationalisante, ni même par la pensée complexe, et contient bien trop de chaos, d’entropie, d’inconnu, de variables, de mystères qu’il n’est d’ailleurs pas judicieux d’éclairer. En revanche, il parait plus opportun, et plus important, d’observer comment la granularité des entités humaines, que seule la logique positiviste s’autorise à appréhender en posant l’utilitarisme comme téléologie, est traitée par les logiques économiques (informationnalisation de l’humain et marchandisation des DCP), sociales (classification et urbanisation des populations) et politiques (identification et appareillage sécuritaire). Ces logiques pénétrant aussi l’espace public, il conviendrait également de clarifier l’acception de l’homme dans cette sphère.

  1. Une entité possède une ou plusieurs propriétés, qui possèdent un ou plusieurs attributs L’entité CLIENT possède une propriété NOM qui est dans un type de données (texte), qui est limitée par sa taille (50 caractères), qui est structurée par un masque de saisie, etc.. L’un d’entre eux est l’identifiant unique, qui distingue les différents enregistrements (ou tuples) : la connaissance de la valeur de l’identifiant unique permet d’avoir accès à la valeur des autres attributs. Dans l’entité CLIENT, il y a 100 enregistrements, 100 clients différents : la saisie du numéro client permet de connaitre son nom, son adresse, etc. []

3 commentaires pour IPSE, IDEM, ITEM et IDENTITÉ

  1. Sylvain Maret dit :

    Merci pour cet article. super intéressant. Peut on dire que cette définition est juste ?

    Une définition ou essai technique de l’Identité numérique pourrait s’écrire ainsi:

     » L’identité numérique est un lien technologique entre une entité réelle et une entité virtuelle ».

    • Julien dit :

      Dire que cette définition est juste serait très prétentieux de ma part, j’ai toujours considéré qu’il y avait une forte pertinence dans l’étymologie, ici je n’ai fait que rassembler les définitions de différents termes.
      C’est pareil avec le mot virtuel (étym. : vertu, viril, qui fait preuve de qualités). OK pour le lien technologique, ça rejoint l’item. On pourrait dire alors : l’identité est un lien entre une entité et ses attributs (définition très base de données) ; le numérique potentialise à la fois le nb d’attributs et la performance du lien.

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