Les identités numériques

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Plus flippant qu’Edvige ? Internet !

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On a beaucoup discuté de part et d’autres des méfaits d’Edvige, du fichage croissant au sein d’un Etat de plus en plus policé, de Sarkoland, etc. Pourtant, la CNILdans une certaine mesure– avait approuvé le projet  (voir cet article d’Alex Türk).

Quoiqu’il en soit, tout le monde s’est félicité du remodelage d’Edvige. Tout le monde ? Non.  Sur suchablog, on s’inquiète bien plus des traces numériques collectées par Google et consorts. Edvige serait l’arbre qui cacherait la forêt des bases de données, commerciales, étatiques, numériques, etc.

Aujourd’hui, soit les Français ne sont pas conscients d’être tracés et ils continuent comme si de rien était, soit ils le savent et ils s’en fichent !1
[…]
A notre naissance, nous sommes, chacun, dotés d’un capital comprenant notre intimité, notre identité, c’est-à-dire les données propres à notre personne. Ce capital, qui appartient à notre sphère de libertés individuelles fondamentales, est fragile. Si on le mutile, il ne se reconstituera pas facilement. Si on accepte de le laisser grignoter par les moteurs de recherche, par les réseaux sociaux, par le traçage dans le temps et l’espace, par les fichiers de police, etc., c’est un homme différent, infiniment moins libre, qui surgira du paysage.

Alex Türk in Telerama (17/09/2008).

Obiwan, l’auteur du billet de Suchablog, aperçoit une solution : la fusion du réel et du virtuel dans un identifiant unique, à la fois dans le monde numérique et dans la vraie vie (in real life) :

Ce qu’il nous faut aujourd’hui, pour éviter les dérives (prévisibles) du futur, c’est une identité à la fois valable dans le monde réel, et dans le monde virtuel. Un Passeport qui puisse nous identifier et nous permette de maitriser notre identité « ON & OFF Line ». Une identité qui forcerait chaque outil « à profil » à me demander l’autorisation de lier mon identité à une photo ou une vidéo, sous peine de violation.

EDVIGE, ou l’arbre qui cache la Foret…? – Suchablog.

Le problème est de savoir qui garantira cette identité, quel tiers. L’Etat avec des outils comme Edvige ou Cristina ? Des entreprises privées comme Google ou MyID.is ? A qui ferons-nous confiance ? Encore une fois, qui gardera les gardiens ?

Sur le même sujet, on peut citer la réaction de Daniel Kaplan face au rapprochement opéré par l’avocat Vincent Dufief entre Edvige et Facebook, réaction qui complète peut-être celle du Président de la CNIL. Ainsi, pour Kaplan, Edvige et Facebook (et les réseaux sociaux) sont opposés dans le sens que le fichage se base sur un soupçon vis-à-vis d’une cible qui ne sera pas sollicitée dans la collecte de ses données et traces numériques ; alors que Facebook est l’expression d’une identité active : l’exposition est désirée par l’internaute. On retrouve aussi l’idée du privacy paradox, qui disparaît dans ces pratiques 2.0 telles qu’énoncées par Kaplan.

La gestion de l’identité numérique se trouve donc à la croisée des intérêts de l’Etat dans la sécurité du territoire et des citoyens, et de ceux des individus qui doivent mettre en place des stratégies pour se cacher et se montrer. L’Etat moderne peut-il se passer d’une connaissance paranoïaque de ses concitoyens ? Les entreprises peuvent-elles éviter d’engendrer la même paranoïa vis-à-vis des individus dont elles vont gérer l’identité ? Comment l’internaute va-t-il gérer 2 comportements favorisés par Internet : sa parano et son égocentrisme ?

Notes

  1. voir aussi ce billet

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