Au delà de la question de la pudeur, sociogeek interroge sur le déroulement d’une enquête sociologique menée sur Internet. De nombreux commentaires vont en tout cas dans ce sens(1).
Plus que tout autre sujet d’enquête en ligne, l’identité numérique nécessite un dispositif particulier parce que :
- je né sais du sondé que ce qu’il veut me dire/montrer de lui ;
- je dois admettre le risqué d’incomplétude/manipulation dans ses résultats.
Donc, s’il y a soupçon sur l’identité du sondé, il y a soupçon sur ses réponses : mon enquête est invalide.
Pour cela, il faut envisager un protocole d’enquête qui garantissent l’identité de l’internaute :
- je dois connaître l’internaute avant de le sonder ;
- je dois donc rencontrer IRL l’individu avant son entrée dans le monde numérique, avant qu’il devienne internaute, avant qu’il endosse une identité numérique.
Pour savoir comment l’individu intervient dans le monde numérique, je dois l’interroger aussi dans le monde réel et éliminer toute distanciation engendrée par l’écran ou l’ordinateur.
Je dois donc :
- obtenir un échantillon démographique et représentatif de la population d’internautes ;
- vérifier l’identité administrative de chaque sondé ;
- établir sa personnalité non numérique ;
- interroger IRL l’internaute sur ses interactions numériques (motivations, usages et conséquences).
(On peut imaginer la nécessité de constituer une équipe multidisciplinaire : statisticiens, psychosociologues, médiologues, etc..)
Inconvénients
(parce qu’il y en a, et beaucoup, et pas forcément solvables)
Mise en place du protocole :
- Moyens économiques nécessaires pour interroger l’échantillon (ressources temps + lieu + budget + personnel + puissance de calcul).
- Composition des questionnaires.
Nature des résultats obtenus :
- Validité de l’échantillonnage (on tourne en rond : comment découvrir qui va sur Internet ?)
- Même IRL, le phénomèné de fragmentation de l’identité/personnalité subsiste (incomplétude)
- Catégorisation des individus (réductionnisme sur base d’incomplétude).
- Quantité de données (a priori iniques et fausses) à traiter.
- Devenir des données (double sens du terme : que vont devenir les données et allons-nous devenir des données ?)
Bref, l’identité numérique peut-elle être objet d’étude ?
Comme je né cherche pas à scier la branche sur laquelle je me trouve
, il est nécessaire de fonder une méthodologie de l’administration pour les enquêtes en ligne portant sur l’identité numérique. Voilà un beau sujet de thèse. Y a pas quelqu’un qui veut m’aider à la financer ?
PS : cette dernière boutade, qui n’en est pas vraiment une, soulève un autre problème(2). Que vont devenir les données d’une enquête financée par un fournisseur de services en ligne, un think tank, un cabinet de sondage, etc. ? Quelle légitimité aurais-je à présenter des résultats dont la finalité m’échappe peut-être ?
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