L’identité numérique entre impressionnisme et congruence

Je remets ici un que j’ai laissé sur un billet d’Emmanuel Gadenne, de webu​sage​.net, et auquel Fadhila Brahimi avait préa­la­ble­ment réagi.

Au départ, Emmanuel Gadenne pro­pose une vidéo de Brian Carter (a funny key­note spea­ker), et pose la ques­tion suivante :

Faut-​il à tout prix être cohé­rent dans sa prise de parole pour se for­ger une iden­tité numé­rique consis­tante ou faut-​il être le plus sin­cère pos­sible et mon­trer toutes les facettes de ses talents au ris­qué de brouiller son image ?

Voici ma réponse :

Très inté­res­sant en effet, très stra­té­gique : ça tou­ché en effet direc­te­ment au per­so­nal bran­ding, et à l’objectif qu’on se fixe, être cohé­rent dans sa parole numé­rique, mais aussi être cohé­rent avec son iden­tité propre (IRL).
Or, notre est-​elle unique ou frag­men­tée ?
Si je prends mon cas : mes parents m’ont donné un pré­nom, l’État un n°INSEE, mes enfants m’appellent Papa et mes élèves Monsieur. Mes amis m’ont donné un sur­nom et je me suis choisi un pseudo sur le web. A chaque cor­res­pond une (facette de mon) iden­tité. A chaque inter­lo­cu­teur cor­res­pond une iden­tité. Puis-​je avoir le même pour chaque public ?
C’est bien l’idée que d’utiliser plu­sieurs outils pour gérer ses dif­fé­rentes facettes ( = mai­son, = bureau, = bis­tro, comme le signa­lait un boss de et je com­plète avec Twittter = jar­din public).
Il est dur d’assurer une cohé­sion au milieu de tout ça, mais est-​elle seule­ment néces­saire ? Suis-​je suivi par les mêmes sur chaque outil ?
Comme on dit, « la flèche n’a de sens que par à l’objectif » .
Autrement dit, pour rebon­dir sur la remarque de Fadhila, nous sommes dans le « Et » (même si le « Ou » n’est pas exclu­sif en fran­çais).
On peut donc être cohé­rent dans sa prise de parole pour se for­ger une iden­tité numé­rique consis­tante ET (tout en étant) le plus sin­cère pos­sible et mon­trer toutes les facettes de ses talents au ris­qué de brouiller son image.
C’est peut-​être un peu vague comme réflexion, mais je pense jus­te­ment que l’identité (numé­rique) se façonne un peu comme un tableau impressionniste !

Monet

Justement, sur la page de Brian Carter, on découvre qu’il est tout à la fois ani­ma­teur de , stand-​up come­dian, acun­puc­teur, , , expert en réfé­ren­ce­ment et web ( Adwords) et musi­cien. Tout ça sur sa homepage !

Il cumule les pro­fils (avec pro­fi­lac­tic et d’autres outils de ). On est sur des facettes agré­gées. La ques­tion qu’on se pose, comme Emmanuel Gadenne, est de savoir si ce mel­ting pot est lisible ou non. C’est pour­quoi je parle de tableau impres­sion­niste. En fait, le poin­tillisme serait plus adapté !

Seurat

Seurat

Je pense pour ma part que cette agré­ga­tion est une construc­tion, imper­ma­nente (comme la lumière chez Monet), au pire allu­sive mais qui essaye d’approcher au mieux ce qu’on est IRL.

Ça me fait pen­ser à ce que disait Marguerite Duras à pro­pos de sa tenue ves­ti­men­taire (l’uniforme MD, dans la Vie maté­rielle) :

La de l’uniforme est celle d’une confor­mité entre la forme et le fond, entre ce qu’on croit paraitre et ce qu’on vou­drait paraître, entre ce qu’on croit être et ce qu’on désire mon­trer de manière allu­sive dans les vête­ments qu’on porte.

On retrouve cette de cohé­sion, mais qui conduit ici à une uni­for­mité (recher­chée pour cacher une dif­for­mité, aux yeux de MD, à savoir le com­plexe phy­sique qu’elle entre­te­nait sur sa petite taille). Chez Marguerite Duras, cette uni­for­mité sert aussi à la dis­tin­guer : on la remarque doré­na­vant non plus par sa taille mais par l’uniformité de sa tenue (Gaultier lui consa­crera même un défilé).

Karl Zero déguisé en Marguerite pour un défilé Jean-Paul Gaultier

Karl Zero déguisé en Marguerite Duras pour un défilé Jean-​Paul Gaultier

Le vête­ment, ou l’ava­tar, ou la pro­jec­tion de soi que l’on fait dans la sphère publique peut donc viser à une congruence entre l’énoncé et son énon­cia­tion, entre l’identité et l’identité numé­rique . Tout le défi de l’identité numé­rique est d’atteindre cette congruence. Mais est-​ce légi­time ? Ou utile quand on sait ce terme appar­tient au registre de la psy­cho­thé­ra­pie, et que l’identité frag­men­tée pour­rait être asso­ciée aux troubles dis­so­cia­tifs de la per­son­na­lité, on a de quoi s’inquiéter.

Et vous, essayez-​vous d’être cohé­rent dans la ges­tion de votre iden­tité numé­rique ? Et y arrivez-​vous ?

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3 Responses to “L’identité numérique entre impressionnisme et congruence”

  1. 1
    Romain Says:

    Je suis tout à fait d’accord et ça fait plai­sir :-)

    Il y a encore peu de temps, toute mon acti­vité NET (web, mail, t.o.u.t) était sous pseudo.
    Et je m’amusais de voir le nombre de per­sonnes qui me cata­lo­guaient « gamin », « ama­teur », voire « menteur ».

    En gros ces per­sonnes avaient le sen­ti­ment d’avoir affaire à un fan­tôme plus qu’à une véri­table per­sonne…
    Et du jour où j’ai affi­ché mon état civil ces mêmes per­sonnes ont eu le sen­ti­ment de bien mieux me connaître.

    Amusant parce que mon pseudo était bien moi.
    Si j’aime les épinards, le pseudo aurait aimé les épinards et vice versa.
    Intéressent parce que j’ai pas moins de 7 pré­noms (deman­dez à mes parents…) et si j’avais rem­placé mon pseudo par l’un de mes autres pré­noms ces per­sonnes auraient cru qu’elles avaient affaire à une « vraie per­sonne » alors que c’eût été la même chose que mon pseudo.

    Autrement dit, mon pseudo était mon 8ème prénom.

    C’est pour ça que je déteste de plus en plus l’expression IRL.
    Je pré­fère uti­li­ser IPL pour In Physical Life et IVL/​IDL pour In Virtual Life /​In Digital Life (donc « vir­tuel » dans le sens de « immatériel »)

    Bön ça c’était mon propre cas où j’ai décidé de n’avoir qu’une seule iden­tité online ET qu’elle coïn­cide avec celle offline.

    Mais où est le pro­blème si je décide de créer une iden­tité numé­rique qui dif­fère de mon iden­tité phy­sique ?
    Du moment où je fais en sorte de bien sépa­rer les deux, ce sont 2 per­sonnes numé­ri­que­ment indé­pen­dantes, deux iden­tité à part entière; et ce même si il n’y qu’une seule et même per­sonne qui tape sur le cla­vier et je né trompe personne.

    Ce qui est impor­tant donc c’est qu’une iden­tité numé­rique soit cohé­rente.
    Mais la cohé­rence ça né va pas tout seul.
    Ce qui est impor­tant donc c’est que chaque iden­tité numé­rique soit cohé­rente AVEC ELLE MÊME.

    Qu’en pensez-​vous ?

  2. 2
    Julien PIERRE Says:

    Salut,
    merci pour le com­men­taire. Quelques réac­tions :
     – En ce qui concerne IRL, l’acronyme a l’avantage d’être assez répandu. Cela dit, je pré­fère online/​offline (en ce qui concerne le vir­tuel, la défi­ni­tion est sou­vent erro­née, je pré­fère pas ; quant à digi­tal, c’est en faux-​ami)
     – On peut ima­gi­ner (rêvons un peu) qu’un jour, le pseudo sera reconnu “offi­ciel­le­ment” comme iden­tité choi­sie (et subie, merci papa maman).
     – en tout cas, nous aurons à gérer des enti­tés auto­nomes (pseudo, ava­tar de “jeu”, etc.)

  3. 3
    What’s Buzzing? » Blog Archive » Statement of Purpose For Ph.D. Application - Design Perceptive Says:

    […] L’identité numé­rique entre impres­sion­nisme et congruence […]

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