Les identités numériques

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L’identité numérique entre impressionnisme et congruence

Je remets ici un commentaire que j’ai laissé sur un billet d’Emmanuel Gadenne, de webusage.net, et auquel Fadhila Brahimi avait préalablement réagi.

Au départ, Emmanuel Gadenne propose une vidéo de Brian Carter (a funny keynote speaker), et pose la question suivante :

Faut-il à tout prix être cohérent dans sa prise de parole pour se forger une identité numérique consistante ou faut-il être le plus sincère possible et montrer toutes les facettes de ses talents au risque de brouiller son image ?

Voici ma réponse :

Très intéressant en effet, très stratégique : ça touche en effet directement au personal branding, et à l’objectif qu’on se fixe, être cohérent dans sa parole numérique, mais aussi être cohérent avec son identité propre (IRL).
Or, notre identité réelle est-elle unique ou fragmentée ?
Si je prends mon cas : mes parents m’ont donné un prénom, l’État un n°INSEE, mes enfants m’appellent Papa et mes élèves Monsieur. Mes amis m’ont donné un surnom et je me suis choisi un pseudo sur le web. A chaque identifiant correspond une (facette de mon) identité. A chaque interlocuteur correspond une identité. Puis-je avoir le même discours pour chaque public ?
C’est bien l’idée que d’utiliser plusieurs outils pour gérer ses différentes facettes (Facebook = maison, LinkedIn = bureau, MySpace = bistro, comme le signalait un boss de LinkedIn et je complète avec Twittter = jardin public).
Il est dur d’assurer une cohésion au milieu de tout ça, mais est-elle seulement nécessaire ? Suis-je suivi par les mêmes sur chaque outil ?
Comme on dit, « la flèche n’a de sens que par rapport à l’objectif ».
Autrement dit, pour rebondir sur la remarque de Fadhila, nous sommes dans le « Et » (même si le « Ou » n’est pas exclusif en français).
On peut donc être cohérent dans sa prise de parole pour se forger une identité numérique consistante ET (tout en étant) le plus sincère possible et montrer toutes les facettes de ses talents au risque de brouiller son image.
C’est peut-être un peu vague comme réflexion, mais je pense justement que l’identité (numérique) se façonne un peu comme un tableau impressionniste !

Monet

Justement, sur la page de Brian Carter, on découvre qu’il est tout à la fois animateur de conférence, stand-up comedian, acunpucteur, enseignant, auteur, expert en référencement et marketing web (certification Adwords) et musicien. Tout ça sur sa homepage !

Il cumule les profils (avec profilactic et d’autres outils de lifestreaming). On est sur des facettes agrégées. La question qu’on se pose, comme Emmanuel Gadenne, est de savoir si ce melting pot est lisible ou non. C’est pourquoi je parle de tableau impressionniste. En fait, le pointillisme serait plus adapté !

Seurat

Seurat

Je pense pour ma part que cette agrégation est une construction, impermanente (comme la lumière chez Monet), au pire allusive mais qui essaye d’approcher au mieux ce qu’on est IRL.

Ça me fait penser à ce que disait Marguerite Duras à propos de sa tenue vestimentaire (l’uniforme MD, dans la Vie matérielle) :

La recherche de l’uniforme est celle d’une conformité entre la forme et le fond, entre ce qu’on croit paraitre et ce qu’on voudrait paraître, entre ce qu’on croit être et ce qu’on désire montrer de manière allusive dans les vêtements qu’on porte.

On retrouve cette recherche de cohésion, mais qui conduit ici à une uniformité (recherchée pour cacher une difformité, aux yeux de MD, à savoir le complexe physique qu’elle entretenait sur sa petite taille). Chez Marguerite Duras, cette uniformité sert aussi à la distinguer : on la remarque dorénavant non plus par sa taille mais par l’uniformité de sa tenue (Gaultier lui consacrera même un défilé).

Karl Zero déguisé en Marguerite pour un défilé Jean-Paul Gaultier

Karl Zero déguisé en Marguerite Duras pour un défilé Jean-Paul Gaultier

Le vêtement, ou l‘avatar, ou la projection de soi que l’on fait dans la sphère publique peut donc viser à une congruence entre l’énoncé et son énonciation, entre  l’identité et l’identité numérique . Tout le défi de l’identité numérique est d’atteindre cette congruence. Mais est-ce légitime ? Ou utile quand on sait ce terme appartient au registre de la psychothérapie, et que l’identité fragmentée pourrait être associée aux troubles dissociatifs de la personnalité, on a de quoi s’inquiéter.

Et vous, essayez-vous d’être cohérent dans la gestion de votre identité numérique ? Et y arrivez-vous ?

3 commentaires pour L’identité numérique entre impressionnisme et congruence

  1. Romain dit :

    Je suis tout à fait d’accord et ça fait plaisir 🙂

    Il y a encore peu de temps, toute mon activité NET (web, mail, t.o.u.t) était sous pseudo.
    Et je m’amusais de voir le nombre de personnes qui me cataloguaient « gamin », « amateur », voire « menteur ».

    En gros ces personnes avaient le sentiment d’avoir affaire à un fantôme plus qu’à une véritable personne…
    Et du jour où j’ai affiché mon état civil ces mêmes personnes ont eu le sentiment de bien mieux me connaître.

    Amusant parce que mon pseudo était bien moi.
    Si j’aime les épinards, le pseudo aurait aimé les épinards et vice versa.
    Intéressent parce que j’ai pas moins de 7 prénoms (demandez à mes parents…) et si j’avais remplacé mon pseudo par l’un de mes autres prénoms ces personnes auraient cru qu’elles avaient affaire à une « vraie personne » alors que c’eût été la même chose que mon pseudo.

    Autrement dit, mon pseudo était mon 8ème prénom.

    C’est pour ça que je déteste de plus en plus l’expression IRL.
    Je préfère utiliser IPL pour In Physical Life et IVL/IDL pour In Virtual Life / In Digital Life (donc « virtuel » dans le sens de « immatériel »)

    Bon ça c’était mon propre cas où j’ai décidé de n’avoir qu’une seule identité online ET qu’elle coïncide avec celle offline.

    Mais où est le problème si je décide de créer une identité numérique qui diffère de mon identité physique ?
    Du moment où je fais en sorte de bien séparer les deux, ce sont 2 personnes numériquement indépendantes, deux identité à part entière; et ce même si il n’y qu’une seule et même personne qui tape sur le clavier et je ne trompe personne.

    Ce qui est important donc c’est qu’une identité numérique soit cohérente.
    Mais la cohérence ça ne va pas tout seul.
    Ce qui est important donc c’est que chaque identité numérique soit cohérente AVEC ELLE MÊME.

    Qu’en pensez-vous ?

  2. Julien PIERRE dit :

    Salut,
    merci pour le commentaire. Quelques réactions :
    – En ce qui concerne IRL, l’acronyme a l’avantage d’être assez répandu. Cela dit, je préfère online/offline (en ce qui concerne le virtuel, la définition est souvent erronée, je préfère pas ; quant à digital, c’est en faux-ami)
    – On peut imaginer (rêvons un peu) qu’un jour, le pseudo sera reconnu ‘officiellement’ comme identité choisie (et subie, merci papa maman).
    – en tout cas, nous aurons à gérer des entités autonomes (pseudo, avatar de ‘jeu’, etc.)

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