Les identités numériques

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Hermès n°53 – Traçabilité et réseaux

Je signale la sortie du dernier numéro de la revue Hermès (Dominique Wolton), intitulé Traçabilité et réseaux, et coordonné par Michel Arnaud et Louise Merzeau.
Je colle ici la présentation et le sommaire.

Argumentaire

Utilisateur ou non d’Internet, chaque citoyen est aujourd’hui repérable par les données qu’il laisse, ou que d’autres laissent sur lui, à travers quantité de dispositifs (carte à puce, titre de transport, téléphonie, mail, moteur de recherche, etc.). Ces traces déposées et engendrées par les réseaux constituent un nouvel objet scientifique pour les études de communication, en même temps qu’un défi pour nos démocraties. Les libertés fondamentales sont en effet menacées par l’expansion sans précédent d’une « ombre numérique », que nul ne peut contrôler, mais qui est au cœur des stratégies de l’attention des États, des entreprises et des individus.

Pour les sciences de la communication, l’acteur était un usager dont on étudiait les pratiques et les représentations, ou un être statistique construit par des mesures d’audience. La présence numérique, elle, désigne une collection mouvante de traces, définissant un agir communicationnel. Assimilé à des profils, qu’il élabore lui-même ou qu’on construit à son insu en croisant ses données, l’individu voit son identité et sa sociabilité transformées, dans le sens d’une indexation généralisée. Brouillant les frontières entre espaces public et privé, le traçage n’est pas pour autant un dysfonctionnement des réseaux, mais une condition de leur efficacité. Sans cette mobilisation des traces, l’information ne pourrait être ni personnalisée, ni interconnectée.

Renforcée par la pression sécuritaire, la tentation panoptique trouve dans cette traçabilité de puissantes sollicitations (fichiers de police, surveillance au travail, dans la rue, à l’école). La dernière question soulevée par ce numéro est donc celle des politiques susceptibles de garantir nos droits. À l’heure où l’opinion publique commence à prendre conscience du problème, c’est le moment de soutenir des modèles alternatifs au libre échange des données, pour mettre en place un habeas corpus numérique et normaliser la protection des données.

Sommaire

Introduction

  • Michel Arnaud et Louise Merzeau, Avant-propos
  • Jacques Perriault, Traces (numériques) personnelles, incertitude et lien social

Ière partie – Identité numérique : nouveaux cadres de communication

  • Louise Merzeau, Du signe à la trace : l’information sur mesure
  • Olivier Ertzscheid. L’homme, un document comme les autres. Une version preprint (non corrigée) est disponible sur @rchiveSIC.
  • Oriane Deseilligny et Frank Beau, Une figure du double numérique : l’avatar
  • Emmanuel Kessous, Bénédicte Rey, Économie numérique et vie privée
  • Caroline Miltgen, Enquête auprès des internautes : entre croire, dire et faire
  • Dominique Cardon, L’identité comme stratégie relationnelle

IIème partie – Espace public ? de la surveillance aux réseaux sociaux

  • Pierre Piazza, L’extension des fichiers de sécurité publique
  • encadré : EDVIGE et les résistances au fichage (P. Piazza)
  • François Bernard Huyghe, Téléphonie mobile : capter la vie des autres
  • Hubert Bouchet, La surveillance numérique au travail
  • Alain Bauer et Christophe Soullez, La concession de vidéosurveillance
  • Claire Levallois-Barth. Géolocalisation : un nouvel impératif
  • encadré : M. Arnaud, RFID : risque de traçage généralisé
  • Karine Douplitzky. Le commerce du moi, modèle économique du profilage
  • encadré : M. Arnaud, WHOIS : talon d’Achille de la protection des données personnelles
  • Philippe Lemoine : L’avenir de l’échange : monde plat ou nouveau soulèvement alpin ?

IIIème partie – Pour un habeas corpus numérique

  • Michel Arnaud, Authentification, identification et tiers de confiance
  • André Vitalis, « Informatique et libertés », une histoire de trente ans
  • Eric Barbry, Cohérences et incohérences des législations
  • Entretien avec Alex Türk, Président de la Commission Nationale Informatique et Libertés (CNIL)
  • Danielle Bahu-Leyser, Une éthique à construire
  • encadré : Jean Matouk, Le contre-pouvoir des hackers
  • Jean-Marc Manach, Contourner les systèmes de traçabilité. Téléchargeable aussi en PDF.
  • Renaud Fabre, La personne : une régulation par les normes ?

Un commentaire pour Hermès n°53 – Traçabilité et réseaux

  1. Y dit :

    Pour un autre regard sur la traçabilité des réseaux, en l’occurrence comme moyen de retrouver des prises sur le monde et de restaurer un projet politique adapté au nouvel univers réticulaire, voir http://yannickrumpala.wordpress.com/2009/06/09/de-lutilite-de-lanalyse-de-reseaux-pour-retrouver-des-prises-politiques-sur-la-technique/

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