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D’un mur à l’autre : du Rideau de fer au Facebook Wall…

Quelle différence entre les Murs de la honte et le Mur de Facebook ?

D’abord, c’est quoi un ‘Mur de la honte’ ?

C’est ainsi qu’a été surnommé le Mur de Berlin. Puis tous les autres murs de séparation1 : sur chaque zone de tension internationale, les frontières se complètent avec un dispositif de plus en plus technique, fait de murs, de barbelés, de caméras et de vigiles.

Schéma du Mur de Berlin

Schéma du Mur de Berlin

Dispositif de surveillance autour de la US Border Fence, à la frontière mexicaine

Dispositif multi-modal de surveillance autour de la US Border Fence, à la frontière mexicaine

  • Le Mur d’Hadrien ou la Grande Muraille de Chine sont des exemples historiques de construction dédiées à protéger un territoire contre des attaques extérieures.
Fortification du Mur d'Hadrien

Fortification du Mur d'Hadrien

  • L’essentiel des invasions contre lesquelles se prémunissent aujourd’hui les nations se résume à l’immigration clandestine : US border fence, Mellila et Ceuta, etc..
Mur saoudien construit à la frontière irakienne

Mur saoudien construit à la frontière irakienne

  • Mais les murs servent aussi (dans les discours) à distinguer les communautés, comme les colonies juives ou les Peacelines de Belfast.
Barrière de sécurité israélienne

Barrière de sécurité israélienne

Peacelines de Belfast

Peacelines de Belfast

De la même manière que les quartiers nord-irlandais sont cloisonnés, les zones de guerre sont urbanisées (villagization) avec des cantonnements pour civil : Strategic hamlets au Vietnam, postes-villages en Algérie, New Village en Malaisie, etc…
Hameau stratégique
strategic-hamlet-2
L’organisation architecturale, comme on le peut constater sur les images, est de type panoptique : qui permet de tout voir. Cela renvoie évidemment au Panopticon de Jeremy Bentham.

Plan du Panopticon, de Jeremy BENTHAM

Plan du Panopticon, de Jeremy BENTHAM

La prison panoptique de Bentham est un projet carcéral où un seul gardien, dans l’ombre, peut surveiller les prisonniers, vivement éclairés. Quelques prisons à travers le monde reprennent ce modèle : Presidio Modelo, à Cuba ou Stateville Prison (Jolit, IL), aux États-Unis.

Presidio_Modelo Presidio-modelo2

stateville-2 stateville-1

Michel FOUCAULT, dans Surveiller et punir, comparait ce modèle au Théâtre du Globe, et rapprochait la société de surveillance, inhérente au premier bâtiment, de la société du spectacle, inhérente au second.

Globe Theatre

Globe Theatre

De la même manière, il est possible de rapprocher ce modèle des phalanstères fouriéristes.

C’est quoi un phalanstère ?

Charles FOURIER proposa de construire des sites communautaires combinant lieux de vie, ateliers et terrains agricoles2. Le familistère de Guise (fondé par l’industriel Godin) est un exemple encore en activité.

Familistère de Guise

Familistère de Guise

Le premier point de rapprochement est évidemment architectural : il a déjà été signalé que le panotisme se retrouvait dans le modèle social-utopique du familistère3. Godin dira d’ailleurs : « Le fait principal de l’ordre, au Familistère, c’est que la vie de chacun y est à découvert ».

Il faut alors s’intéresser au rapprochement fait ici entre centre de rétention et projet d’harmonie sociale. En effet, dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de regrouper en un lieu clos des individus identiques : criminels, insurgés, colons, ouvriers. Autrement dit, il s’agit de séparer des agrégats (ségrégation).

Bien entendu, la volonté des résidents n’est pas la même, c’est pourquoi dans un cas il sera nécessaire de les faire surveiller par un tiers, alors que dans l’autre la surveillance sera transversale.

L’hypothèse de ce billet est de vérifier si ces mécanismes sont transposables à Facebook.

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Creative Commons License photo credit : luc legay

Le régisseur4 du Mur procède à l’authentification de la personne sollicitant la mise en relation. Puis à sa spectacularisation.
Il y a donc d’un côté du Mur des personnes accréditées : les ‘amis’ (ou prisonniers, ou camarades) ; de l’autre les exclus. Cette agrégation repose sur le principe d’homophilie (estimée par soi ou par un tiers), et est garantie par un procédé technique (plus ou moins intrusif).

Pour poursuivre la recherche, il faudra attendre les actes du colloque Murs et barrières en relations internationales (Montréal, octobre 2009), où Facebook aurait eu toute sa place !

Notes

  1. Voir aussi l’article du Point : Ces murs qui divisent. 18/01/2008
  2. Cf. définition du phalanstère sur Wikipédia
  3. Exposition ‘Utopie’ de la BNF
  4. On ne peut parler de propriétaire étant donné les CGU de Facebook : l’utilisateur du Mur dispose du pouvoir de rendre visible ou non sur son Mur des statuts extérieurs.

2 commentaires pour D’un mur à l’autre : du Rideau de fer au Facebook Wall…

  1. jadlat dit :

    on peut aussi rapprocher les communautés de moines et faire le lien entre la closure et la vie en communauté – caché de l’extérieur mais visible tout le temps de l’intérieur. A rapprocher avec le développement des communautés virtuelles.

    Sinon un travail fait il y a 4 ans dans notre cdi http://lesmurs.canalblog.com

    • Julien PIERRE dit :

      Merci Richard, la closure est une idée intéressante, de même que toutes celles présentes dans l’exposition que vous avez organisé (gated communities, chateaux forts, muralisme et dazibao). J’avais pensé aussi au Mur des soldats tués au Vietnam.
      Bref, c’est pas ce qui manque… Encore merci !

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