Les identités numériques

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Candid Camera

Seth Godin, le gourou du marketing web, y va de son commentaire sur l’identité numérique, prise dans la mémoire du web.

Il prend une anecdote banale liée au recrutement et montre que le googling des candidats renvoient des résultats inquiétants.

La morale de l’histoire est plus intéressante :

Always act as if you’re on Candid Camera, because you are !

Ainsi, notre présence sur le web doit être bien considéré comme une représentation théâtrale, d’autant que maintenant l’acteur n’ignore plus qu’il est regardé.

L’identité numérique est un spectacle

Et de surcroit un spectacle moral. C’est-à-dire que la représentation est faussée : l’internaute va dévoiler les aspects de son identité qui correspondent à une norme, norme définie dans un 1er temps par les recruteurs (ou par ce que l’on croit qu’ils cherchent de nous), et plus généralement par le marketing.

Ainsi, ne risque-t-on pas de voir très rapidement disparaitre du web toutes les photos compromettantes qui y circulaient encore (mes étudiants s’y sont déjà mis), tous les propos inconvenants, diffamants, etc. ?

On pourrait croire que c’est une bonne chose si l’on avait la naïveté de penser que dans la même foulée, les individus se débarrasseraient de leur sales manies (boire, jurer, montrer ses fesses, insulter, et tout ça avec la preuve en ligne). Mais ça serait ignorer que ces pratiques ne disparaitront pas pour autant, qu’elles se dérouleront dans un ailleurs encore indéterminé, avec des modes d’anonymat encore indéterminés, mais certainement avec une virulence toujours plus forte.

Pensée unique

Or, comme dirait l’autre, « que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ? » Certains sont sages et donc irréprochables, je veux bien le croire ; plus nombreux sont ceux qui ont la sagesse de ne pas diffuser les preuves de leur beuverie (ce qui prouve bien qu’ils ne sont pas si sages) ; reste tout ceux qui n’ont pas la sagesse (la maturité, l’envie, la connaissance du besoin) de surveiller ce qu’ils mettent en ligne.

Les dispositifs construisant l’identité numérique solidifient une société bien pensante, avec comme pensée unique le crédo « Don’t be evil ».

Que deviendront ceux qui ne pourront ou ne sauront s’y conformer ? Que deviendra le web s’il n’affiche que des comportements policés, s’il n’est alimenté et consulté que par des internautes ‘clean’ ? N’est-ce pas aussi dangereux que la loi HADOPI ?

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