Les identités numériques

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C’est mercredi, c’est privacy

Du côté des éditeurs

  • Microsoft n’utilisera plus de supercookie sur ses sites. Ça veut dire qu’ils en utilisaient avant ?
  • Un nouveau jeu de privacy icon initié par l’Interactive Advertising Bureau. Il s’agit en fait d’une enhanced notice associée à un programme AdChoices proposant une fonctionnalité de type do-not-track. Une enquête du Stanford CyberLaw montre déjà la très faible utilisation du dispositif par les sites membres de l’IAB (moins de 10% parmi les 500 premiers sites au classement Alexa), et surtout sa faible performance (une icone de 13px, servie sans texte)

IAB privacy icon

Nymwars, épisode 2

  •  le Royaume-uni veut imposer les vrais noms sur Twitter (suite aux émeutes).
  • Eric Schmidt n’est plus CEO de Google, mais il est toujours le roi des déclarations à l’emporte-pièce : If you can’t use your real name, don’t use Google+. Peut-on, quand on est une entreprise comme Google, qui veut rattraper son retard dans le web social, faire une croix sur tout ceux qui ne peuvent (ou ne veulent) se passer de leur vrai nom ?
  • Après l’argument de civilisation, le Premier Amendement est appelé à la rescousse : the right to anonymous speech limits government, not private actors, déclare Berin Szoka, du TechFreedom. Dès lors, Google est dans son droit. Et l’ensemble des internautes du monde entier de se plier à la Consitution américaine…

Ailleurs dans le monde

  • Le bouton J’aime bientôt interdit ? Pour l’heure, cette décision s’applique uniquement au länder de Schleswig-Holstein (c’est où ça ?). Estimant que la collecte des données (notamment l’adresse IP) orchestrée par ce dispositif est en contradiction avec les lois allemandes et européennes, le responsable de la protection des données a demandé aux responsables des sites web d’enlever le plugin. S’ils ne le font pas, ils en coutera quand même 50.000€ ! Le feront-ils, ou iront-ils dans le länder voisin ? Pour sa part, Facebook estime être en conformité avec les standards industriels : le pot de terre contre le pot de fer ?
  • Article intéressant publié dans Wired, à propos d’Aadhaar, le projet d’identification biométrique de la population indienne : 1,2 milliard d’individus fichés via empreintes digitales et scan de l’iris. Le journaliste Vince Beiser montre bien un certain niveau d’enjeux : la taille du projet (et la difficulté à manipuler 20 pétaoctets gérés en SQL, une base de données 128 fois plus importante que celle de l’US Homeland Security, d’où une architecture opensource) ; la volonté d’incorporer dans la base the poor, the marginalized, the homeless, car il n’y avait aucun système d’identification au préalable ; l’objectif de faciliter la croissance économique en permettant à cette population d’avoir un compte en banque (en multipliant les terminaux portables) ; l’interconnexion de la base (via un identifiant unique à 12 chiffres) avec les dispensaires et magasins d’État, et le risque de voir les données récupérées par la Sécurité nationale, ou associées avec l’ajout des castes, des religions ou des ethnies. Dans le pays de Gandhi, Aadhaar (fondation dans plusieurs langues indiennes) provoque ainsi beaucoup d’inquiétude du côté des défenseurs des libertés civiles. L’article termine avec un mot d’enfant, déclarant que la procédure de numérisation, c’est plutôt fun. Un bonheur qui fera plaisir au GIXEL, qui voudrait favoriser l’adoption de la biométrie par des fonctionnalités attrayantes et ce dès le plus jeune âge.
    Ainsi, je regrette un peu que l’article se focalise sur les enjeux touchant uniquement l’Inde. S’il montre bien que l’équipe constituée autour du projet est composée exclusivement d’Indiens débauchés dans les plus grandes compagnies internationales, ce nationalisme fait un peu oublier que derrière la technologie se trouvent des acteurs économiques étrangers, et plus précisément français : Morpho (pour sa technologie biométrique ; groupe Safran, certifié par le NIST) et Gemalto (en contrat sur le projet de passeport biométrique). Le site Owni a publié récemment un billet intitulé Fichons bien, fichons français : il y était cité un chercheur sud-africain Keith Breckenridge dont l’article Capitaliser sur les pauvres indiquait la tendance à l’identification des classes défavorisées, par les gouvernements de pays en voie de développement, avec l’aide d’industriels de pays développés, à des fins avouées de commerce et de démocratie, mais dont la pratique renvoie à la ségrégation. Est-ce que ce scénario va se dérouler aussi en Inde ? Le côté sombre des nombres (Seltzer et Anderson, 2001) va-t-il l’emporter ?

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