La présentation de soi, Erving Goffman
Chapitre 1 — les représentations
La conviction de l’acteur
- L’acteur mythomane (il croit au rôle qu’il joue) ; l’acteur cynique (il ne croît pas au jeu qu’il joue, ou le public ne permet pas à l’acteur de rester sincère).
- Étymologie du mot personne = masque (origine étrusque).
Ce masque est notre vrai moi, le moi que nous voudrions être. […] Nous venons au monde comme individus, nous assumons un personnage, et nous devenons des personnes.
Robert Ezra Park, in Race and Culture, cité par Goffman page 27.
- Façade = appareillage symbolique utilisé par l’acteur durant sa représentation.
- Décor = la salle de séjour d’une maison particulière. Éléments scéniques de l’appareillage symbolique choisis par l’acteur.
- Façade personnelle = signes distinctifs de la fonction ou du grade ; le vêtement ; le sexe ; l’âge et les caractéristiques raciales ; la taille et la physionomie ; l’attitude ; la façon de parler ; les mimiques ; les comportements ; et autres éléments semblables.
- L’apparence définit le statut social, alors que la manière définit le rôle social : les 2 sont congruentes, d’habitude. Idem entre décor et apparence + manières.
- Abstraction et généralisation : constitution d’un catalogue de stéréotypes (répertoire de façades).
Si la communauté est trop grande (cf. Dunbar), il est nécessaire de segmenter en clans afin d’aboutir à un système moins compliqué d’identifications et de traitements = compromis. La façade devient une représentation collective
et un fait objectif. = structure sociale qui s’impose à l’acteur
la réalisation dramatique
- Exemple des infirmières : le malade voit son infirmière (en chirurgie) réaliser des activités qui ont un sens. Quant à l’infirmière médicale, il croit qu’elle ne fait que passer (parce qu’elle ne réalise pas de geste dramatique).
- Compétences supplémentaires : celle de l’activité + celle servant à communiquer sur l’activité (besoin de spécialistes). L’acteur s’intéresse donc moins à l’ensemble des différentes routines qu’il exécute qu’à celle qui lui procure sa réputation professionnelle : c’est ce qui distingue les groupes de style aristocratique = snober les activités principales pour mieux marquer l’effort sur les activités mineures.
L’idéalisation
Il s’agit d’une cérémonie, d’une expression revivifiée et d’une réaffirmation des valeurs morales de la communauté. La représentation jouée par l’acteur tient lieu de consécration officielle
.
Le monde, en vérité, est une cérémonie.
Les représentations, page 41
Il y a donc idéalisation des représentations sociales mise en œuvre dans les classes supérieures, l’intégration de ces apparences (signes extérieurs de richesse aux USA) permet alors de faire croire, ou de parvenir, à une certaine ascension sociale. Exemple de l’Inde où des castes adoptent les valeurs et les apparences brahmaniques (non matérielles).
A l’inverse, l’acteur peut simuler une présentation de soi inférieure au statut qu’il se reconnaît, pour s’accorder au rôle que la société lui impose : l’afro-américain des années 50 se montre maladroit, ignare ; idem pour la jeune étudiante américaine de cette époque qui ne doit pas montrer son niveau intellectuel et culturel à ses prétendants, pour ne pas les effrayer. Autre exemple : ces familles qui joue la comédie de la pauvreté ostentatoire
pour bénéficier des aides publiques. Goffman annonce que partout où il y a contrôle des ressources, il risque d’y avoir ostentation de pauvreté
. Je pense qu’on peut raccourcir ce théorème : partout où il y a contrôle, il y a spectacle.
Or, comme l’auteur le signale après, l’acteur ne peut sortir de ce rôle idéalisé en public, mais en privé il y a consommation secrète de produits (matériels ou culturels) issus d’un autre statut social (l’enfant de 8 ans qui regarde en cachette les dessins animés pour enfant de 4 ans ; la ménagère qui dispose de 2 garde-robes, etc..). Adam Smith : On peut cacher aussi bien des vertus que des vices
. Il y aura donc sacrifice entre le public, pour qui l’on doit monter une représentation infaillible, et le privé, où le respect de certaines normes sera abandonné. Ou constitution d’un circuit de déviation pour contourner les règles officielles.
Il y a autant de personnalités différentes qu’il y a de groupes sociaux.
William JAMES, cité page 52
Il y a donc séparation des publics, des décors, des rôles et des apparences : l’acteur doit cloisonner ses interactions. Exemple du médecin : il doit se souvenir de chaque patient (chaque public) sans dévoiler ce qu’il sait, ni ce qu’il joue, avec un autre.
La cohérence de l’expression
= Congruence. Il ne doit pas se produire de fausse note pendant la représentation, sous peine de perdre la face. Fausses notes : perte du contrôle musculaire (digestion, éternuement, etc.), décor inadapté à la situation, etc.. Pour Goffman, il y a opposition essentielle entre notre moi intime et notre moi social.
La conscience transforme nos habitudes animales en engagements et en devoirs, et nous devenons des
personnesou desmasques.
George Santayana, cité page 60.
La représentation frauduleuse
= Usurpation d’identité. La présentation de soi est fragile, et l’on accorde de l’importance à des signes qui permettent de mesurer la crédibilité de l’acteur impliqué, de construire sa réputation. Il peut y avoir légitimité à tenir un rôle, sans les compétences requises : à la fois compétences du rôle (savoir-faire) et compétence d’attitudes (savoir-être). Il est donc envisageable d’imiter ce savoir-être, et de cacher certaines apparences : maquillage, perruque, chirurgie esthétique. Mais il faut aussi compter sur les mensonges pieux ou par omission, qui relèvent du tact.
- Il faut fournir les mêmes efforts pour paraitre honnête dans une représentation honnête que pour paraitre honnête dans une représentation malhonnête.
Mystification
Créer du mythe, en maintenant une distance sociale entre l’acteur et son public. En contrôlant l’information, on contrôle le rituel (on produit du mythe). Exemple du conseiller qui critique la condescendance dont pourrait faire preuve le Roi vis-à-vis de ses sujets.
Le public pressent des mystères et des pouvoirs secrets derrière la représentation, et l’acteur a l’intuition que ses secrets les plus importants sont dérisoires. Comme le montrent d’innombrables contes populaires et d’innombrables rites d’initiation, le véritable secret caché derrière le mystère, c’est souvent qu’en réalité il n’y a pas de mystère ; le vrai problème, c’est d’empêcher le public de le savoir aussi.
page 71
On fera évidemment référence à tout ce qui entoura le pouvoir de droit divin autrefois, ou la mise en scène des sectes comme la Scientologie.





[…] Lecture de Goffman, Surveiller et punir de Foucault, La globalisation de la surveillance de Mattelart. […]
[…] fiche auteur)>14/06/2009 par Julien PIERRE Mots-clés :erving goffman + role Bonjour! Si vous êtes nouveau ici, je vous conseille de vous abonner au fil RSS.Powered by WP Greet BoxDans la série Notes de lecture, j’ai mis à jour la page concernant La présentation de soi, d’Erving Goffman. […]