MIEGE Bernard. La pensée communicationnelle, 1996

Les Sciences de l’Information et de la Communication sont une dis­ci­pline rela­ti­ve­ment récente au regard des autres sciences qui com­posent l’Université (et le ). Il a donc été néces­saire, pour une géné­ra­tion de cher­cheurs, de fon­der la légi­ti­mité des en moti­vant ses emprunts, ses méthodes et ses champs de .

C’est le sens de l’ouvrage La pen­sée com­mu­ni­ca­tion­nelle, de Bernard Miège. On trou­vera une de cet ouvrage dans le n°71 de la revue Réseaux (FOURDIN, Monique).

Les théo­ries de la com­mu­ni­ca­tion, et par voie de consé­quence la pen­sée com­mu­ni­ca­tion­nelle elle-​même, sont tout à la fois des construc­tions intel­lec­tuelles, des mythes ou des rele­vant de l’idéologie et des réponses aux ques­tions «  » que les hommes se posent dans des condi­tions sociales don­nées. Affirmer que l’une de ces com­po­santes est pre­mière (ou en tout cas anté­rieure aux autres) est une posi­tion dif­fi­ci­le­ment défen­dable et revien­drait à sépa­rer l’ des idées de celle des , alors qu “elles sont indis­so­lu­ble­ment liées.

C’est cette indis­so­lu­bi­lité entre le concept et le pra­tique qui fonde l’interdisciplinarité des , et qui fait de l’information-communication un objet de à part entière. Ce point sera déve­lop­per dans un billet consa­cré à la d’Observer la com­mu­ni­ca­tion, OLLIVIER, Bruno ( Editions, 2000).

J’en retiens pour ma part :

  • un posi­tion­ne­ment des comme champ de , comme inter­dis­ci­pline, d’où la sol­li­ci­ta­tion de l’ pour une approche meso/​macro, non-​sectorielle, etsur le long terme ;
  • des ouver­tures vers d’autres auteurs : De CERTEAU, Stuart HALL, Raymon WILLIAMS, Paul BEAUD, Louis QUERE, Edgar MORIN ;
  • dans l’optique du champ de qui est le mien (iden­tité, iden­tité numé­rique, trai­te­ment des don­nées per­son­nelles, dis­po­si­tifs de ) :
    • modèle édito­rial /​modèle de flot + modèle dif­fu­sion­niste de Everett ROGERS (cri­ti­qué par CALLON et LATOUR « modèle de tra­duc­tion »; eux-​mêmes cri­ti­qués par FLICHY). Voir aussi cette res­source sur les usages et les pra­tiques, et l’appropriation des inno­va­tions. Égale­ment, les tra­vaux de Florence MIllerand sur Les Usages des NTIC.
    • « La média­tion de l’objet tech­nique n’est pas neutre et conduit à une tech­ni­ci­sa­tion de l’action qui se repère en effet dans l’accomplissement de toutes les acti­vi­tés ordi­naires par le tru­che­ment des tech­no­lo­gies digi­tales. La ratio­na­lité de la tech­nique struc­ture la pra­tique qui adopte en retour les valeurs de per­for­ma­ti­vité de l’objet ».
      JOUET, Josiane. Réseaux n°60. 1993
    • Une conver­gence vers ce que j’appelle le para­digme de la numé­ri­sa­tion : d’après Pierre LEVY, on assiste à « la prise du pou­voir du sur le lan­gage », ce qui rejoint le rac­courci emprunté par cer­tains lec­teurs de Jack GOODY, qui voient aussi un chan­ge­ment de para­digme, avec le pas­sage de l’écrit au . Ce cou­rant, in-​vérifiable selon MIEGE, relève d’une nou­velle reli­gion, « l’idéalité com­pu­ta­tion­nelle » telle que l’a décrit Lucien SFEZ.