MIEGE, Bernard. La société conquise par la communication, 2007

Ou, la société conquise par la

Dans son tome III de La société conquise par la com­mu­ni­ca­tion, inti­tulé Les Tic entre inno­va­tion tech­nique et ancrage social, Bernard Miège établit le pro­cès de la dif­fu­sion sociale des inno­va­tions (modèle édito­rial ou mod. de flot). En rejet­tant toute faci­lité scien­ti­fique ou idéo­lo­gique, en s’inscrivant dans le temps long et la rigueur métho­do­lo­gique, l’auteur ana­lyse com­ment les Technologies de l’Information et de la Communication se sont ancrées dans la Société. Cet ouvrage s’avère capi­tal en ce qui concerne, primo le tra­vail de la thèse, et deuxio l’articulation entre TIC et Identité. C’est d’ailleurs dans ce sens qu’ont été rédi­gées les notes qui suivent.

  • Refus du tech­no­dé­ter­mi­nisme, géné­ra­teur d’un « dis­cours de la pro­messe » : l’avènement de la société de l’information.
  • Convergence sociale (et écono­mique, et juri­dique, et poli­tique, etc..) entre l’informatique, l’audiovisuel et les télé­com­mu­ni­ca­tions, suf­fi­sa­ment com­plexe pour conser­ver les spé­ci­fi­ci­tés de chaque filière
  • 7 cha­pitres
    • le pro­cès d’informationnalisation (mul­ti­pli­ca­tion des flux informationnels)
    • la média­ti­sa­tion de la com­mu­ni­ca­tion (mise en média des flux)
    • l’élargissement du domaine médiatique
    • la mar­chan­di­sa­tion des acti­vi­tés com­mu­ni­ca­tion­nelles (faci­li­ta­tion de l’avancée de l’ordre marchand)
    • la géné­ra­li­sa­tion des rela­tions publiques
    • la dif­fé­ren­ci­tion des pra­tiques (et non pas individualisation)
    • la cir­cu­la­tion des flux et la trans­na­tio­na­li­sa­tion des acti­vi­tés info-​communicationnelles
  • Lire la cri­tique sur cairn​.info, par Alain Chaptal (bio de l’auteur) : d’un point de vie cri­tique, reproche d’en être resté aux 2 modèles tra­di­tion­nels (édito­rial vs. flot, voir p.114) ; absence du modèle User Generated Content ; excès de pru­dence face au P2P et au Web 2.0 (mais Chaptal se garde bien d’être pro­phé­tique en ce qui concerne ces 2 archi­tec­tures) ; idem, absence de réfé­rences au modèle écono­mique du gra­tuit ; enfin, absence de réfé­rence à l’intermédiation (cf. UGC, portails-​agrégateurs, Google News, etc..)

Procès d’informationnalisation de l’identité

Miège, p.62

L’information est (…) la reprise plus ou moins assu­mée du para­digme cyber­né­tique tel qu’il a été dif­fusé depuis cin­quante ans par les spé­cia­listes de la théo­rie mathé­ma­tique ».
[…]
La vision de l’information qui est le plus com­mu­né­ment par­ta­gée, y com­pris par ceux qui s’inquiètent effec­ti­ve­ment des pos­si­bi­li­tés de contrôle social, est celle qui a été pro­po­sée par des auteurs comme Türing, Wiener (sur­tout), Von Neumann et Shannon.

Si l’on reste jus­te­ment dans ce para­digme, on peut lire la ges­tion de l’e-réputation comme la réduc­tion d’une entro­pie, d’un chaos. La visi­bi­lité ou pré­sence en ligne, la discrimination-​distinction dont on fait preuve per­met de réduire le bruit au sein d’un sys­tème ouvert (effet de masse) et d’augmenter la por­tée du signal. L’e-réputation est donc bien une valeur quan­ti­ta­tive.

Par ailleurs, on peut trou­ver chez Miège l’une de ces affir­ma­tions (p.72) qui nour­rissent la cri­tique de Chaptal :

Rien n’assure que les pra­tiques d’information des usages pri­vés se soient beau­coup éten­dues en direc­tion de l’information numé­rique ; en ce domaine, les déve­lop­pe­ments sont encore à attendre.

Peut-​on consi­dé­rer cepen­dant que le pro­fi­lage (en tant qu’auto-éditorialisation, ou pro­duc­tion extime : réseaux sociaux, lifes­trea­ming, CV numé­rique et ePort­fo­lio, micro­blog­ging, etc..) par­ti­cipe d’un privé de l’information numérique ?

Conclusion, p. 76

Enfin, le pro­cès d’informationnalisation né se déroule pas dans le cadre per­mis­sif et quasi-​libertaire que les pro­mo­teur des réseaux assurent tou­jours avoir recher­ché(1) ; il fait l’objet d’un contrôle social, d’une régu­lière et même d’opé­ra­tions de cen­sure. Et pour atteindre ce triple objec­tif, on né cesse de per­fec­tion­ner les logi­ciels de (2) et de cryp­tage, qui né sont pas uti­li­sés seule­ment par les Etats auto­ri­taires pré­oc­cu­pés de main­te­nir une cer­taine pres­sion sur leurs citoyens tout en né por­tant pas (trop) atteinte aux échanges pro­fes­sion­nels. On doit se deman­der si le contrôle de l’information cir­cu­lante sur/​à par­tir des lieux de tra­vail, pour des besoins de pro­tec­tion et de sécu­rité à l’intérieur, de des employés, n’est pas en train de prendre une ampleur déme­su­rée dans nombre d’organisation qui jus­ti­fie­rait une réelle mise en visi­bi­lité sociale, et sans doute une régu­la­tion atten­tive(3).

S’inscrivent dans cette les dis­po­si­tifs de l’authentification (forte), de la bio­mé­trie, de la ges­tion des droits d’accès au Système d’information qui trans­forment effec­ti­vem­ment l’entreprise en cita­delle élec­tro­nique. Mais il faut aussi y inté­grer les cas de vidéo­sur­veillance des employés(4), ainsi que les modèles orga­ni­sa­tion­nels qui encadrent/​restreignent les acti­vi­tés. De même, il faut inclure la des clients/​consommateurs/​usagers, non pas tant pour éviter le vol qu’au contraire pour amé­lio­rer la vente(5). Enfin, il faut aussi rajou­ter la trans­verse, entre pairs ou membres d’un même réseau social (Albrechtslung)

La média­ti­sa­tion de la communication

  • Le modèle User cen­tric, ici nommé « démarche inté­gra­tive orien­tée uti­li­sa­teur » né s’inscrit pas dans une de la com­mu­ni­ca­tion (« Suffirait-​il de lais­ser s’exprimer les futurs uti­li­sa­teurs du point de vue de leur “iden­tité située” ? »). Mais pire il s’agit d’un pro­cédé d’instrumentalisation : des usa­gers ayant validé l’ergonomie de l’outil, les consom­ma­teurs né peuvent la rejeter.
  • Les usages des TIC sup­posent la mise en oeuvre de com­pé­tences com­mu­ni­ca­tion­nelles, d’abord en tant que com­pé­tences tech­niques (déployer/​administrer/​alimenter un blog) mais sur­tout en tant que normes d’action com­mu­ni­ca­tion­nelle (auto­no­mie, ges­tion de sa pré­sence, intel­li­gence orga­ni­sa­tion­nelle, lit­té­ra­cie ou culture infor­ma­tion­nelle, etc..)
  • Nécessité de construire le lien entre « l’extension rapide rapide des ser­vices numé­riques dans les domaines (de la comm” publ­lique, de l’immobilier, du tou­risme, trans­ports, culture, etc..) et les enjeux quo­ti­diens que cela engendre chez les indi­vi­dus ou dans les foyers : « média­ti­sa­tion crois­sante de toute une série de ces actes (…) à mettre en rap­port avec une ten­dance à l’individualisation de ces pra­tiques sociales (…) qui sup­posent là aussi la mise en oeuvre de com­pé­tences com­mu­ni­ca­tion­nelles pour la plu­part nou­velles ». Notamment une nou­velle ges­tion des rôles et des faces, à la Goffman.
    • Un exemple : « La comu­ni­ca­tion sous “le masque” (c-​a-​d l’anonymat et la pos­si­bi­lité de chan­ger d’identité) né sus­cite pas la confiance entre les indi­vi­dus (Grebennikova-​Krasautsava(6), 2007, pp. 278 – 279). Le cas de SecondLife, en tant que chat aug­menté, peut venir contre­dire cette proposition.
    • Autre exemple, peut-​être plus par­lant : la mise en réseau du DMP « per­met de rela­ti­vi­ser l’autorité du méde­cin dans le pro­ces­sus de prise en charge médi­cale du patient ; et (per­met) l’autonomisation du patient qui va per­mettre d’extérioriser des tâches médi­cales (…) et ainsi favo­ri­ser le déve­lop­pe­ment des télé­ser­vices » (Carré & Lacroix, 2001).
    • Idem dans l’éducation avec les TICE.

L’élargissement du domaine médiatique

Car ce qui se déplace égale­ment, ce sont les fron­tières entre espaces publics et sphère de la vie pri­va­tive. Ce pro­cès qui doit être consi­déré comme une logique sociale de la com­mu­ni­ca­tion se déve­lop­pant dans la longue durée, s’organise en prio­rité autour des nou­veaux médias et des TIC pour s’enraciner dans les socié­tés contem­po­raines, et pas seule­ment dans les socié­tés domi­nantes.
[…]
(Le web) est plus fondé sur la linéa­rité et l’écrit que sur un nou­veau mode attendu, le mode mul­ti­mé­dia ; ses pro­cé­dés rhé­to­riques empruntent plus à des pro­cé­dés en place (conver­sa­tion télé­pho­nique, échanges épis­to­laires, recher­ché docu­men­taire, édito­ria­li­sa­tion, etc..)

Autant il faut recon­naître que les pro­cé­dés rhé­to­riques pré­exis­taient, autant il faut s’interroger sur la linéa­rité du web. Certes la navi­ga­tion étant ins­crite dans le temps, l’accès aux infor­ma­tions est linéaire (comme la lec­ture d’un texte). Dans une arbo­res­cence (cf. PearlTrees) comme dans l’hypertexte(7) on suit un fil (d’Ariane) jusqu’au contenu désiré. Avec la tou­ché Retour arr., on se déplace de manière linéaire dans un his­to­rique de navi­ga­tion (même si des sauts sont pos­sibles). Ainsi, l’architecture, le contenu et l’interface de navi­ga­tion au sein des don­nées est de nature linéaire. Ou ency­clo­pé­dique ? N’y a-​t-​il pas cal­cul dans la lec­ture hyper­tex­tuelle, au sens de mètis ou intel­li­gence du choix ? Notre accès à ces connais­sances n’est-il pas orga­nisé par un algo­rithme (Google) ? Notre pré­sence en ligne, et notre répu­ta­tion (ou celle d’autrui), né sont-​elles pas sous le sceau de la cal­cu­la­bi­lité ?
Il faut recon­naître tou­te­fois, en cas de réponse affir­ma­tive, que ces pro­cé­dés exis­taient déjà aupa­ra­vant. (Voir aussi le part– 5.2).

La mar­chan­di­sa­tion des acti­vi­tés communicationnelles

  • « La notion de client dans la concep­tion de ser­vices de télé­com­mu­ni­ca­tion », à tra­vers les tra­vaux de Christine Defuans (ancienne doc­to­rante sous la dir. de B. Miège), mobi­lise les res­sources des SHS, et notam­ment la « mathé­ma­ti­sa­tion et codi­fi­ca­tion des usages ».
  • Mais sur­tout : l’absence de mar­chan­di­sa­tion dans les dis­po­si­tifs de faci­lite d’autant leur adop­tion par des usa­gers qui né se res­sentent plus comme des consom­ma­teurs. Où est le pro­cès de mar­chan­di­sa­tion dans la vidéo­sur­veillance, au regard du pié­ton filmé ? Y a-​t-​il mar­chan­di­sa­tion lors de l’inscription sur des sites de réseaux sociaux (comme Facebook) ? Ces réseaux seraient-​ils investi de la même manière, avec les mêmes usages, s’ils impli­quaient un coût financier ?

La géné­ra­li­sa­tion des rela­tions publiques

« La vision du 1984 d’Orwell, ou du pan­op­ti­kon de Jeremy Bentham » est pré­sen­tée comme un modèle d’action com­mu­ni­ca­tion­nelle qui aurait rem­placé tous les autres modèles (presse d’opinion, presse géné­ra­liste de masse, médias audio­vi­suels de masse ou rela­tions publiques géné­ra­li­sées, Miège 1997 ; puis un espace public frag­menté). Heuristiquement, cette paren­thèse page 153 ouvre la pos­si­bi­lité d’aborder la comme un modèle d’action com­mu­ni­ca­tion­nelle. P.155, B. Miège pré­voit que les TIC (et notam­ment les dis­po­si­tifs les plus récents) seront récu­pé­rées par les entre­prises, orga­ni­sa­tions et ins­ti­tu­tions : ce qui effec­ti­ve­ment est à l’oeuvre dans Twitter, et dans une moindre mesure dans Facebook. Et de même que ces dis­po­si­tifs contri­buent au modèle d’action com­mu­ni­ca­tion­nelle des rela­tions publiques géné­ra­li­sées, ils peuvent tout aussi bien contri­buer au modèle (ou à la logique) de la (cf. Nokia et l’Iran, Périclès en France).

La dif­fé­ren­cia­tion des pratiques

L’individualisation (…) serait ainsi l’horizon vers lequel ten­draient les pra­tiques sociales, et tout par­ti­cu­liè­re­ment celles rele­vant de l’information-communication.

Or, nous dit l’auteur, les études –sec­to­rielles– qui en dévoilent les méca­nismes « échappent assez rare­ment à des visées ins­tru­men­tales ». Bernard Miège invite donc à « dépas­ser ces approches limi­ta­tives » pour « mettre à jour des ten­dances géné­rales », comme la . Cependant, l’auteur s’interroge pour savoir si l’autonomisation des pra­tiques doit être abor­dée de manière phi­lo­so­phique : l’individuation, ou d’un point de vue socio­po­li­tique, à tra­vers un nou­veau modèle d’action com­mu­ni­ca­tion­nelle dans l’espace public (p. 213). Nous pen­sons que les deux doivent être mobi­li­sés pour, à nou­veau, pré­sen­ter la comme modèle d’action com­mu­ni­ca­tion­nelle (arti­cu­la­tion à construire dans la thèse).

Citant les tra­vaux de Jean-​Guy Lacroix, Pierre Moeglin et Gaëtan Tremblay (1992 ; 1993) :

Ainsi, au départ et tout au long du pro­ces­sus d’implantation et de géné­ra­li­sa­tion d’une tech­no­lo­gie, nous avons affaire à des uti­li­sa­tions et non à de véri­tables usages sociaux. Ces uti­li­sa­tions né devraient être consi­dé­rées que comme des « contri­bu­tions » au pro­ces­sus de for­ma­tion des usages […] (C’est) dans la der­nière étape (que) s’effectue la cris­tal­li­sa­tion des usages, au fur et à mesure de la for­ma­tion et de la conso­li­da­tion d’une norme sociale de pro­duc­tion et de consom­ma­tion de la tech­nique et des pro­grammes. Elle se repère par l’émergence et la repro­duc­tion d’utilisation constantes et récur­rentes inté­grés dans la quo­ti­dien­neté. Ce sont ces der­nières qui consti­tuent les usages sociaux.

Ainsi, on peut voir les sites de réseau­tage social comme la cris­tal­li­sa­tion du pro­fi­lage (classification/​discrimination, ten­dance à faire appa­raître par l’anthropologie cultu­relle), à ceci près que les sujets-​membres s’appliquent de manière volon­taire des pro­cé­dés dont ils étaient aupa­ra­vant l’objet, avec même par­fois une cer­tain rejet cri­tique. Les réseaux sociaux concourent au pro­ces­sus nor­ma­tif d’une cer­taine accep­tion de l’identité, clas­si­fiée, cal­cu­lée et cal­cu­lable, numé­ri­sée et numé­ri­sable, sus­cep­tible d’être ins­crite dans une base de don­nées et d’y trai­ter de façon algo­rith­mique (cf. les « lignées tech­niques » de Simondon, dont parle Françoise Paquienséguy, in Vieira et Pinède-​Wojciechowski, 2005, tome II, p.131).

Petite paren­thèse : il fau­dra s’interroger et choi­sir quelle ter­mi­no­lo­gie uti­li­ser pour dési­gner non plus « l’acteur final, l’usager-consommateur » (p. 176), mais l’individu pris comme ensemble de don­nées par des dis­po­si­tifs tels que la vidéo­sur­veillance (où le filmé n’est pas acteur), le fichage com­mer­cial ou sécu­ri­taire (où le fiché n’est pas uti­li­sa­teur du dis­po­si­tif). Dans les réseaux sociaux (et autres dis­po­si­tifs de ), le membre-​fiché n’est plus un consom­ma­teur : c’est lui qui est consommé ! Il n’est plus situé à la fin du dis­po­si­tif, mais à sa source.

En recom­bi­nant les pro­po­si­tions de Bernard Miège, on peut établir que s’opère actuel­le­ment une « mise en sys­tème » (p.183) de dif­fé­rents dis­po­si­tifs par­ti­ci­pant d’une « pra­tique sociale-​symbolique » (p.176) de la : un écosys­tème de don­nées per­son­nelles dont la fina­lité répond –exclu­si­ve­ment?- à des logiques mar­chandes ou sécuritaires.

La ques­tion se pose de savoir si nous avons affaire à des sys­tèmes ou à des dis­po­si­tifs. Cette der­nière notiion est évidem­ment plus exi­geante […] elle implique au moins une sta­bi­lité récur­rente entre les outils com­po­sant le dis­po­si­tif, une arti­cu­la­tion entre des outils et des conte­nus, et vrai­sem­bla­ble­ment des usages bien spé­ci­fiés et iden­ti­fiés comme tels. Les dis­po­si­tifs sont/​seront des confi­gu­ra­tions socio­tech­niques, appe­lées à assu­rer le déve­lop­pem­ment des Tics sur la longue durée et à don­ner des bases ren­for­cées à la média­ti­sa­tion de la com­mu­ni­ca­tion ; on peut en déce­ler des pré­fi­gu­ra­tions dans cer­tains pro­jets de for­ma­tion assis­tée par les Tic ainsi que dans des pro­grammes de com­mu­ni­ca­tion interne des orga­ni­sa­tions.
Gresec II, note n°3, 2003, pp. 25 – 26

L’un des objec­tifs de la thèse est de vali­der cette pro­po­si­tion dans le champ de l’identité.

  • Les outils sont-​ils stables ? Oui, les réseaux sociaux s’inscrivent dans le conti­nuité des fichiers de sécu­rité natio­nale (cf. Périclès) ou de pros­pec­tion com­mer­ciale (cf. Zuckerberg@Davos). Etat de l’art et contexte à établir en la matière
  • Y a-​t-​il arti­cu­la­tion entre les outils et les conte­nus ? Oui, si on le com­prend comme inter­con­nexion (cf. NIR, BE1D, INE, Safari, et à nou­veau Périclès), ou inter­opé­ra­bi­lité des don­nées (web²). Observer l’adoption et l’adaptation/détournement des outils par les utilisateurs.
  • Distingue-​t-​on des usages spé­ci­fiques ? Oui, en fonc­tion des acteurs : voir pro­blème de ter­mi­no­lo­gie signalé au point pré­cé­dent. Pour l’individu-membre du réseau : construc­tion d’une iden­tité (dis­cri­mi­na­tion, cf.Pronovost, 2006 et Boyd, 2009), d’une estime de soi (recon­nais­sance par les pairs), d’une appar­te­nance sociale (ou de plu­sieurs, cf. Lahire et l’acteur-pluriel, 2001, pp. 60 – 61), d’une trans­ver­sale (à vali­der). Pour le super-​utilisateur, construc­tion d’une base de don­nées des inten­tions (Battelle), d’une veille et d’une pros­pec­tion com­mer­ciale, d’un registre des citoyens (établis­se­ment des droits et des devoirs), d’une des flux et d’une sécu­ri­sa­tion des territoires.
  • Les réseaux sociaux préfigurent-​ils aussi, comme le e-​learning ou les group­wares, une média­ti­sa­tion de la com­mu­ni­ca­tion, et participent-​ils d’un pro­cès d’informationnalisation de l’individu, par soi ou par un tiers ? Oui, et au ris­qué d’être trop pros­pec­tif, ils le par­achèvent car ils s’offrent comme solu­tion à l’incertitude des socié­tés (Perriault, Hermès n°53)

La cir­cu­la­tion des flux

Sur la Société de l’information, un terme –et un enthou­siasme– dont il faut se méfier :

Le per­fec­tion­ne­ment des dis­po­si­tifs engen­dre­rait auto­ma­ti­que­ment des effets de trans­pa­rence sociale.
Jeanneret, p.137
L’élaboration des normes (…) déborde main­te­nant le domaine de la tech­nique pour deve­nir un enjeu direc­te­ment poli­tique.
Miège, p.208

Prolongements

En ce qui concerne la et le posi­tion­ne­ment épis­té­mo­lo­gique, Bernard Miège préconise :

  • L’élargissement des TIC « numé­riques » à d’autres déter­mi­na­tions et média­tions sociales (p. 215)
  • L’étude de l’envi­ron­ne­ment socio­dis­cur­sif : « dis­cours sociaux et dis­cours savants » (Lévy, Castells), notam­ment les dis­cours « apo­ca­lyp­tiques » ou « inté­grés » (Umberto Eco), les résis­tances et les uto­pies (« dis­cours mes­sia­niques », Sorbier, Esprit, mai 2006, p.121).
  • La pré­fé­rence pour le temps long, et l’adoption « d’une pers­pec­tive trans-​historique, propre à l’anthropologie culturelle »
  • « Il n’est que temps pour la recher­ché en information-​communication de se posi­tion­ner dans les débats face aux effets de croyance », posi­tion­ne­ment tou­te­fois qui devra éviter l’instrumentalisation et « l’extériorité aca­dé­mique » (p.214).

Pour finir, je cite le der­nier para­graphe du livre (pp. 217 – 218) :

[…] autant la et le contrôle social ren­for­cés que les Tics per­mettent dans tous les champs sociaux et par­ti­cu­liè­re­ment à l’occasion de l’activité de tra­vail, et dans les lieux publics(8), sont encore peu recon­nus et même per­çus. Ceux-​ci sont en rap­port avec la dimen­sion indi­vi­dua­li­sante des outils dont elles sont la face cachée : la (rela­tive) per­mis­si­vité(9) des uti­li­sa­tions ouvertes par les outils va de pair avec l’archivage, le suivi, la connexion de fichiers, et le cryp­tage. Ce sont des pers­pec­tives dont les cher­cheurs doivent s’emparer sans plus tar­der, en pre­nant soi de né pas les trai­ter à part des autres phé­no­mènes info-​communicationnels.

C’est bien ce cadre qu’entend se situer la thèse de doctorat !

Lectures envi­sa­gées au sein du Tome III

  • Christine Defuans
  • Bernard Lahire
  • Gilles Pronovost
  • Daniel Bell, Alain Touraine
  • Frank Webster, Nicholas Garnham
  • Lacroix, Moeglin et Tremblay
  • Jacques Perriault, Henri Hudrisier

Notes

  1. Tension entre dis­cours de pro­messe et dis­cours d’alerte, cf. Définition de l’id. num., part-​5 et infra
  2. cf. EASP et PASP
  3. Voir ce billet du JournalDuNet pour le cadre juri­dique
  4. LIDL, et tous les nomi­nés de la caté­go­rie Orwell Entreprise
  5. Panneaux publi­ci­taires intel­li­gents du Métro pari­sien
  6. Ancienne doc­to­rante sous la direc­tion de Bernard Miège
  7. L’auteur regrette d’ailleurs, page 212, de n’avoir pu mettre en oeuvre une écriture/​lecture hyper­tex­tuelle, tant sa démarche pro­cède par ren­voi entre cha­pitres.
  8. Et nous rajou­tons : dans la sphère pri­va­tive.
  9. Car absence de mar­chan­di­sa­tion