Suite à différentes affaires plus ou moins retentissantes (en France : Planète Facebook sur France2, Marc-L et le Tigre), on souligne de plus en plus la nécessité d’une éducation à l’identité numérique, et plus largement à la culture
informationnelle ou une alphabétisation numérique. Ce ne sont là que quelques propositions, mais essayons de voir, par tranche d’âge, ce qui existe déjà et ce qu’on pourrait mettre en place.
enfant/adolescent/jeune adulte
- L’enfant est la première victime d’Internet, peut-on parfois entendre. Il doit être donc être au mieux éduquer, au pire surveiller. Cependant, des études récentes viennent préciser les menaces (en baisse : de 19% à 13% des jeunes en ont été victimes entre 2000 et 2006), et l’identité des prédateurs. En effet, il s’avère que
90% des avances sexuelles sont le fait de personnes du même âge
, et qu’il est difficile souvent de faire la part des choses entre plaisanterie et harcèlement. En ce qui concerne ce dernier comportement, il faut reconnaître qu’Internet ne fait que renforcer des relations sociales préexistantes, même dans leur forme les plus détestables
(Hubert Guillaud).
- De plus, un grand nombre de jeunes (américains) diffuse des photos ou vidéos d’eux partiellement ou complètement nus, et cela sans soucis des conséquences que cela peut engendrer pour leur réputation à venir. On peut se demander alors pourquoi ils continuent. Peut-être pensent-ils que cette actualité (leur identité numérique) sera aussi volatile et impermanente que celle qu’ils voient dans les médias ?
- C’est donc autour du respect de la personne (et de soi-même), du respect de la vie privée qu’il faut organiser l’éducation à l’identité numérique. Comme danah boyd a déjà eu l’occasion de le signaler,
la question ne devrait pas être de savoir si l’internet est sûr ou pas sûr, mais de savoir si les enfants vont bien ou pas. Et nombre d’entre eux vont mal
.
en tant que parent
École primaire
- De même qu’il y a une sensibilisation à la sécurité routière, ou aux risques domestiques, il est possible d’envisager des journées de sensibilisation aux dangers et aux bonnes pratiques d’Internet. Ne pas donner Adresse, Ville, Sexe (AVS), ne pas jouer avec la CB de Papa (clin d’œil personnel).
- Des livres ou des coffrets pédagogiques existent déjà : Max et Lili (merci Victor!), le DVD e-enfance ; de même que des sites dédiés aux plus jeunes (Vinz et Lou)
- Des séances de rédaction et échange via sites web sont aussi de plus en plus organisées : c’est aussi l’occasion d’une projection de soi et du groupe, et l’occasion d’une première socialisation à distance. Cette approche se poursuit d’ailleurs au collège ou au lycée, comme sur le site On ne nait pas internaute, on le devient.
Collège
- L’éducation sexuelle est un chapitre abordé autour de la 3ème, il peut être judicieux d’organiser aussi (et même plus tôt dans le parcours) des séances sur l’identité numérique, le potentiel social de certains sites ou jeux, les dérives du clavardage (entre orthographe, défis et mauvaises rencontres).
- On entre pleinement dans une culture informationnelle, avec l’apprentissage des outils de recherche (Google, Wikipédia ; le copier/coller, etc.) et de visualisation (Google Earth, d’ailleurs souvent abordé en primaire), la bureautique, etc.
Lycée
- Enfin, à l’approche du Bac, et de la poursuite d’étude, on peut insister sur le domaine professionnel des réseaux sociaux, ou sur le tremplin qu’il procure aux plus créatifs.
- Bref il s’agit cette fois de centrer l’approche autour des compétences sociales et techniques requises et apportées par les médias sociaux (voir les conclusions du projet Digital Youth)
en tant qu’enseignant
- S’adapter aux nouveaux outils (médias et réseaux sociaux)
- Percevoir le potentiel et les limites de ces outils
- Concevoir des modules pédagogiques en fonction des tranches d’âge
en tant qu’éducateur social, psychologue scolaire ou pédopsychiatre
- Rapprocher les pratiques en ligne d’un jeune de son environnement familial et des comportements à risque que cela peut engendrer
- danah boyd parlait aussi de créer des digital street workers (via Yann Leroux)
à l’approche d’un recrutement
- En école de commerce ou à l’université, de nombreuses expériences ont déjà été menées (Lille, Toulouse), à travers des conférences-débat ou des modules de formation, sur l’intérêt d’activer une identité numérique pour une meilleure employabilité : découverte des plateformes principales et des technologies associées, et définition de stratégie (personal branding)
en tant que recruteur
- Intégrer les outils pertinents de l’identité numérique (LinkedIn, Viadeo, DoYouBuzz, MyZiki, et dans une moindre mesure vidéo CV)
- Accepter l’impertinence des plateformes conviviales (MySpace, FaceBook), et que l’image renvoyée n’est pas forcément synonyme d’une incompétence professionnelle.
- Comprendre le risque juridique (CNIL, art. L1132-1 du Code du Travail) de la discrimination à l’embauche engendrée par une (mauvaise) réputation numérique du candidat.
pour l’État et la Communauté européenne
- Légiférer dans le sens d’une plus grande protection des enfants (facile à dire, mais gare aux dérives, comme en Australie).
- Investir dans la formation aux usages numériques :
- en finançant des programmes de recherche (non, ce n’est pas un appel du pied)
- en dégageant des fonds pour la formation des enseignants
- en aménageant le programme éducatif national pour qu’il accueille un cursus dédié aux cultures informationnelles et à l’identité numérique
- Ce qui existe déjà :
pour les acteurs du numérique (FAI, sites web, éditeurs de jeux vidéos, blogueurs)
- Pour le blogueur, gérer sa présence et sa réputation numérique (en suivant les 10 conseils de Presse-citron) ; se transformer en marque personnelle.
- S’engager à filtrer le contenu (avec dénonciation ou non auprès de la justice)
- S’engager à filtrer les utilisateurs (ce que fait MySpace): respect de l’âge minimum d’une part, éviction des bad users de l’autre
- Reconnaître sa responsabilité en tant qu’éditeur de contenu pour adulte en mettant en place des sites de prévention
- Pour un éditeur de site web (moteurs, web 2.0), garantir la confidentialité des données personnelles et mettre en place des interfaces intuitives permettant une gestion efficace et autonome des paramètres de confidentialité.
- Reconnaître que la cohabitation entre adultes et publics jeunes est faussée du fait que le monde numérique est géré techniquement, juridiquement et idéologiquement par des adultes, dont les problématiques sont fort éloignées de celles des jeunes. Or, très souvent, le Web est un espace alternatif, différent de l’école, et que les jeunes investissement avec des pratiques qui leur sont propres (‘hanging out’, ‘messing out’, ‘geeking out’, cf. Digital Youth). Cependant, l’expertise acquise par certains adolescents leur apporte une reconnaissance de la part de leurs pairs, et parfois aussi de la part des adultes (qu’on pourrait croire justement détenteurs de cette expertise).
Autres ressources
Cette liste est évidemment loin d’être complète ‘certains points sont beaucoup moins détaillé que d’autres). Si d’ailleurs vous connaissez des programmes éducatifs qui ne sont pas mentionnés ici, merci de m’en faire part en commentaire. Idem, je suis preneur de tout acteur ou problématique que j’aurai omis.
Un proverbe africain raconte qu’il faut tout un village pour éduquer un enfant
. C’est d’autant plus vrai dans le village global. Parents, éducateurs, responsables politiques, acteurs économiques sont impliqués dans la construction de la culture numérique des générations à venir. Les adultes ne sont peut-être pas des digital natives (pour ce que ce terme peut bien vouloir signifier), ils doivent néanmoins considérer les outils qu’ils proposent dans une approche plus globale et durable.