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Barcamp eReputation : le retour !

Posted in événements on avril 6th, 2009 by Julien PIERRE – 7 Comments

Message rédigé dans le train de retour.
J’ai participé hier au barcamp eReputation, qui se déroulait à la Cantine sous les bons offices de Nicolas Bermond, Christophe Ducamp, Jean Mariotte et Emilie Ogez.

  • D’abord, je signale l’excellente organisation, le très bon état d’esprit et les excellents petits plats qui nous ont accompagné toute cette journée.
  • Ensuite, liste largement non exhaustive des participants.

Bref, ensemble, nous avons un peu refait le monde de demain, autour de la question de l’avenir de l’identité dans une société numérique. Dingue comme ça ressemble à mon sujet de thèse !
Une petite synthèse ici des grands axes abordés, et maintenant celle des ateliers auxquels j’ai participé :

  1. éthique des acteurs du numérique
  2. nouvel apprentissage
  3. nouveaux comportements
  4. open currency

Éthique des acteurs du numérique

Face au Google Masterplan, à son crédo « Don’t be evil » ; face à l’incurie des contrôleurs financiers mondiaux ; face au lobbyisme que dénoncent les BigBrothers Awards, qui avaient lieu le soir même, il est nécessaire que les entreprises adoptent une éthique.
La question a notamment été soulevée autour de la certification numérique et des tiers de confiance. Pour savoir avec qui je discute sur Internet (Fadhila en sait quelque chose), l’identité de l’internaute a besoin d’être certifiée. Par un tiers : l’État, les banques (qui disposent de cette certitude car elles connaissent de visu leurs clients) ou une entreprise comme MyID.is. Or, le problème est de savoir si l’on peut avoir confiance en ce tiers.
Le proverbe « Qui gardera les gardiens ? » s’applique tout autant à la finance mondiale qu’à ces tiers de confiance.

Nouvel apprentissage

Les Geemiks sont partis d’un constat qui démystifie la génération Y. Elle n’est pas si connectée que cela, ou au mieux elle n’a qu’un usage très ludique des applications web typée 2.0 (Youtube, Facebook). Ce que je confirme au vu du comportement de mes propres étudiants. Il est donc nécessaire de faire mûrir les usagers de ces outils, notamment dans une approche professionnalisante.
On retrouve l’idée des nouveaux formats de CV, ou ePortfolio (portefeuille de compétences). Mais aussi la nécessité de faire comprendre d’abord aux candidats le potentiel attractif de leur parcours et leurs expériences, quel qu’elles soient, sans à priori de ce que les recruteurs pourraient attendre, et donc l’effacement d’une forme d’autocensure au profit d’une correspondance entre leur personnalité (avec toutes ses composantes) et leur profil affiché. Les Geemiks revendiquent le droit à l’erreur (sortie de boîte un peu bourré), les profils non lissés (rien de plus inquiétant qu’un individu qui n’aurait rien à cacher), tout autant que la revendication de passions désuètes (le Feng-shui, les fraises Tagada). Il faut tendre vers une porosité entre le personnel et le professionnel. A compétences égales, ce sont ces détails qui feront la différence. Comme je l’explique souvent à mes étudiants, c’est la capacité à parler d’autre chose que boulot autour de la machine à boulot qui motivera votre recrutement ! Même salarié, vous restez des êtres humains. Il faut veiller par contre à ne pas afficher un comportement exclusif (le fêtard, l’engagement politique) à moins de l’assumer et ne pas s’en plaindre (si l’on affiche un engagement politique, il faut accepter l’idée qu’il soit discriminant).
Ensuite, cet accompagnement doit aussi être mené auprès des managers et recruteurs, qui doivent accepter les erreurs de jeunesse, la spécificité des profils, et l’exploit(ation) qu’on peut réaliser avec.

Nouveaux comportements

Qu’il s’agisse d’éthique professionnelle ou de congruence dans l’identité numérique, le web et les technologies électro-numériques induisent des nouveaux comportements, ou en catalysent d’autres déjà ancrés socialement :

  • profilage du comportement à des fins commerciales par les traces de consommation (historique d’achat, géolocalisation) mais aussi par l’analyse sémantique (lecture des mails, historique des requêtes). Un individu est inscrit dans des bases de données dont le nombre moyen varie entre 600 et 800.
  • rapports parents/enfants : ou comment couper le cordon numérique ? plusieurs anecdotes sur les punitions ou chantage en mode 2.0 : changer le mot de passe du facebook des enfants pendant x semaines, menace de diffusion en ligne de photo compromettantes de l’adolescent (en train de faire pipi sur la plage à 3 ans).
  • hésitation/panique dès qu’apparait un APN : où cette photo va-t-elle se retrouver ?
  • Schizophrénie numérique : un individu gère plusieurs profils, parfois sur des plateformes identiques (« j’ai plusieurs profils Facebook, un trash, un soft »). Mais en cas de profil unique, celui-ci se lisse. La réputation est une forme de pression sociale, de violence symbolique, encore plus quand elle est couplée avec un dispositif de surveillance (mené par l’Etat, les entreprises ou les parents). Avec le risque d’une dérive vers la radicalisation de comportements extrèmes et offline.

Il est là aussi nécessaire d’évangéliser sur les enjeux sociopolitiques de l’identité numérique (rhoo, ça me rappelle quelque chose).

open currency

Dernier point que j’aimerai aborder. Même si je n’ai pas assisté au dernier atelier dédié à ce sujet, j’ai eu l’occasion d’en parler avec Marc et d’autres au cours du lunch qui a précédé le barcamp. Le sujet est si vaste, complexe, et prometteur que je me garde ça pour un autre jour !

Enseigner l’identité numérique

Posted in hypothèses on janvier 31st, 2009 by Julien PIERRE – 8 Comments

Suite à différentes affaires plus ou moins retentissantes (en France : Planète Facebook sur France2, Marc-L et le Tigre), on souligne de plus en plus la nécessité d’une éducation à l’identité numérique, et plus largement à la culture
informationnelle ou une alphabétisation numérique. Ce ne sont là que quelques propositions, mais essayons de voir, par tranche d’âge, ce qui existe déjà et ce qu’on pourrait mettre en place.

enfant/adolescent/jeune adulte

en tant que parent

École primaire

  • De même qu’il y a une sensibilisation à la sécurité routière, ou aux risques domestiques, il est possible d’envisager des journées de sensibilisation aux dangers et aux bonnes pratiques d’Internet. Ne pas donner Adresse, Ville, Sexe (AVS), ne pas jouer avec la CB de Papa (clin d’œil personnel).
  • Des livres ou des coffrets pédagogiques existent déjà : Max et Lili (merci Victor!), le DVD e-enfance ; de même que des sites dédiés aux plus jeunes (Vinz et Lou)
  • Des séances de rédaction et échange via sites web sont aussi de plus en plus organisées : c’est aussi l’occasion d’une projection de soi et du groupe, et l’occasion d’une première socialisation à distance. Cette approche se poursuit d’ailleurs au collège ou au lycée, comme sur le site On ne nait pas internaute, on le devient.

Collège

  • L’éducation sexuelle est un chapitre abordé autour de la 3ème, il peut être judicieux d’organiser aussi (et même plus tôt dans le parcours) des séances sur l’identité numérique, le potentiel social de certains sites ou jeux, les dérives du clavardage (entre orthographe, défis et mauvaises rencontres).
  • On entre pleinement dans une culture informationnelle, avec l’apprentissage des outils de recherche (Google, Wikipédia ; le copier/coller, etc.) et de visualisation (Google Earth, d’ailleurs souvent abordé en primaire), la bureautique, etc.

Lycée

  • Enfin, à l’approche du Bac, et de la poursuite d’étude, on peut insister sur le domaine professionnel des réseaux sociaux, ou sur le tremplin qu’il procure aux plus créatifs.
  • Bref il s’agit cette fois de centrer l’approche autour des compétences sociales et techniques requises et apportées par les médias sociaux (voir les conclusions du projet Digital Youth)

en tant qu’enseignant

  • S’adapter aux nouveaux outils (médias et réseaux sociaux)
  • Percevoir le potentiel et les limites de ces outils
  • Concevoir des modules pédagogiques en fonction des tranches d’âge

en tant qu’éducateur social, psychologue scolaire ou pédopsychiatre

  • Rapprocher les pratiques en ligne d’un jeune de son environnement familial et des comportements à risque que cela peut engendrer
  • danah boyd parlait aussi de créer des digital street workers (via Yann Leroux)

à l’approche d’un recrutement

  • En école de commerce ou à l’université, de nombreuses expériences ont déjà été menées (Lille, Toulouse), à travers des conférences-débat ou des modules de formation, sur l’intérêt d’activer une identité numérique pour une meilleure employabilité : découverte des plateformes principales et des technologies associées, et définition de stratégie (personal branding)

en tant que recruteur

  • Intégrer les outils pertinents de l’identité numérique (LinkedIn, Viadeo, DoYouBuzz, MyZiki, et dans une moindre mesure vidéo CV)
  • Accepter l’impertinence des plateformes conviviales (MySpace, FaceBook), et que l’image renvoyée n’est pas forcément synonyme d’une incompétence professionnelle.
  • Comprendre le risque juridique (CNIL, art. L1132-1 du Code du Travail) de la discrimination à l’embauche engendrée par une (mauvaise) réputation numérique du candidat.

pour l’État et la Communauté européenne

pour les acteurs du numérique (FAI, sites web, éditeurs de jeux vidéos, blogueurs)

  • Pour le blogueur, gérer sa présence et sa réputation numérique (en suivant les 10 conseils de Presse-citron) ; se transformer en marque personnelle.
  • S’engager à filtrer le contenu (avec dénonciation ou non auprès de la justice)
  • S’engager à filtrer les utilisateurs (ce que fait MySpace): respect de l’âge minimum d’une part, éviction des bad users de l’autre
  • Reconnaître sa responsabilité en tant qu’éditeur de contenu pour adulte en mettant en place des sites de prévention
  • Pour un éditeur de site web (moteurs, web 2.0), garantir la confidentialité des données personnelles et mettre en place des interfaces intuitives permettant une gestion efficace et autonome des paramètres de confidentialité.
  • Reconnaître que la cohabitation entre adultes et publics jeunes est faussée du fait que le monde numérique est géré techniquement, juridiquement et idéologiquement par des adultes, dont les problématiques sont fort éloignées de celles des jeunes. Or, très souvent, le Web est un espace alternatif, différent de l’école, et que les jeunes investissement avec des pratiques qui leur sont propres (‘hanging out‘, ‘messing out‘, ‘geeking out‘, cf. Digital Youth). Cependant, l’expertise acquise par certains adolescents leur apporte une reconnaissance de la part de leurs pairs, et parfois aussi de la part des adultes (qu’on pourrait croire justement détenteurs de cette expertise).

Autres ressources

Cette liste est évidemment loin d’être complète ‘certains points sont beaucoup moins détaillé que d’autres). Si d’ailleurs vous connaissez des programmes éducatifs qui ne sont pas mentionnés ici, merci de m’en faire part en commentaire. Idem, je suis preneur de tout acteur ou problématique que j’aurai omis.

Un proverbe africain raconte qu’il faut tout un village pour éduquer un enfant. C’est d’autant plus vrai dans le village global. Parents, éducateurs, responsables politiques, acteurs économiques sont impliqués dans la construction de la culture numérique des générations à venir. Les adultes ne sont peut-être pas des digital natives (pour ce que ce terme peut bien vouloir signifier), ils doivent néanmoins considérer les outils qu’ils proposent dans une approche plus globale et durable.

Identification et surveillance des individus : quels enjeux pour nos démocraties ?

Posted in événements on janvier 16th, 2009 by Julien PIERRE – Be the first to comment

17/01/2009 – Colloque au centre Pompidou, annoncé sur Calenda

Les mesures d’identification, de fichage et de surveillance des individus par des techniques de plus en plus sophistiquées se multiplient. Justifiées par la lutte contre le terrorisme ou l’immigration clandestine, mais aussi par la mise en place de nouveaux services, ces processus suscitent des réactions contrastées de la part des citoyens, entre enthousiasme face aux avancées technologiques et inquiétude à l’idée des dérives possibles. Quels sont les enjeux politiques, philosophiques, sociaux, économiques, juridiques de l’identification et de la surveillance des personnes à l’échelle nationale et transnationale ? Quelle est leur efficacité contre les dangers dont elles sont censées nous protéger ? Surtout, quelles sont les garanties qui peuvent être apportées pour les libertés et les droits des individus ?