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1 semestre = 1 bilan

Posted in vie du site on juin 6th, 2009 by Julien PIERRE – 12 Comments

Bon, OK, j’ai trois mois de retard. En fait, j’attendais bêtement un certain document pour écrire ce billet : le document étant en retard, le billet s’est vu décalé petit à petit.

Qu’est-ce qui a causé ce retard ? Ma carte d’étudiant : auparavant, je n’étais pas officiellement inscrit en thèse de doctorat, même si j’avais commencé à travailler en ce sens avec ma directrice de thèse, Fabienne Martin-Juchat. Donc maintenant, je suis membre du GRESEC, avec tout ce que ça implique : la filiation à un courant de recherche (l’usage prime sur le déterminisme), la collaboration avec une équipe, une rigueur de travail, et l’accès aux ressources et événements (centre de doc, bureau, connection, séminaires, réseaux).

Je suis d’ailleurs convoqué à une journée doctorale sous peu, avec comme objectif de présenter l’avancée de mes travaux. Je remets donc ici le bilan commandé.

Sujet : pratiques, usages et enjeux sociopolitiques de l’identité numérique.

Résumé

  • « L’identité numérique » est un terme issu de la vulgate, à définir au regard des SIC.
  • Il s’agit plus précisément d’étudier le traitement de l’identité et des données personnelles par les dispositifs électroniques et numériques (vidéo surveillance, biométrie, géolocalisation, inscription dans des bases de données mais aussi traces et présences sur le web, stratégies de contenus et de réseaux, distinguer en quoi l’identité est définie par l’individu ou la technique)
  • Quels sont les enjeux sociopolitiques de la technicisation – ou numérisation – de l’identité ?
  • Il faut alors prendre en considération les logiques de tous les acteurs : État (logique de registre + prétexte sécuritaire, rationnalisation / standardisation des données personnelles), constructeurs et fournisseurs (logique de marché, stratégie de diffusion/adoption des innovations, action de lobbying, cf. GIXEL), internautes et citoyens (logique autobiographique, stratégie de faces, de présence, pression sociale), associations de surveillance et de préservation des libertés fondamentales (CNIL, LDH).
  • Ainsi, plusieurs modèles de société semblent apparaitre : système de contrôle social et de surveillance globale, société panoptique (BENTHAM ; cf. BigBrother), marchandisation des données personnelles, hyper-narcissisme et marketing de soi (personal branding ; évaluation et publication de la réputation) contre néo-luddisme ou culture de hackers (évitement), anonymat, P2P, philosophie du libre (STALMAN, LESSIG), culture informationnelle (sociabilité numérique ; BOYD, DONATH, TURKLE), management des organisations (participatif/collaboratif, adhocratie de Mintzberg), constitution d’un habeas corpus du numérique, etc..

Ancrage théorique

  • Goffman et sémiopragmatique, microsociologie
  • sociologie des usages (MIEGE, JOUET, PERRIAULT, PROULX)
  • privacy studies (MERZEAU, CARDON en France) ou surveillance studies (MATTELART)
  • fondamentaux des SIC : WIENER et la cybernétique, WATZLAWICK, BOURDIEU, performatif d’AUSTIN, médiologie, HABERMAS, McLUHAN, constructivisme, systémique, WOLTON, BRETON, CASTELLS
  • apports extérieurs (LIPOVETSKY, LEVY, FOUCAULT)

Avancement

Difficultés

  • Activité professionnelle parallèle (enseignement technique supérieur)
  • 10 ans loin des SIC, bagage théorique et terminologie à se réapproprier
  • Domaines d’application et champs théoriques très vastes : besoin d’élaguer le sujet/terrain (jeux vidéo, communautés en ligne, réseaux sociaux, usages des données personnelles chez les adolescents, les salariés d’entreprise, usages du mobile associé à la géolocalisation, zones de vidéosurveillance, etc..) = observation +/- participante, ethnométhodologie, analyse sémantique
  • méthodologie/terrain : prématuré, pas de visibilité sur le financement, ni sur la réduction du sujet.

Dans l’immédiat

  • Lecture de Goffman, Surveiller et punir de Foucault, La globalisation de la surveillance de Mattelart.
  • Liste des dispositifs électroniques et numériques
  • = billets à venir (mode brouillon pour l’instant)

En dehors de la thèse

A propos du site

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Quel modèle économique pour faire une thèse aujourd’hui ?

Posted in thèse on mars 12th, 2009 by Julien PIERRE – Be the first to comment

Bon OK, « modèle économique » est un peu excessif, il n’en reste pas moins que le problème du financement d’une thèse est l’épine dans le pied du thésard. Une épine qui tient parfois d’un ICBM.

Je m’explique.

En tant que doctorant (en sciences humaines et sociales), plusieurs possibilités s’offrent à moi (si si) :

  1. Compter sur soi-même (arghl…)
  2. Trouver une entreprise (ou une institution) qui accepte de me ’salarier’ pendant 3 ans.
  3. Trouver une âme généreuse qui accepte, etc… (rêvons un peu).

La proposition 1 est éliminée : c’est celle que je vis en ce moment, à savoir des heures de cours, de correction de copies, de préparation de cours. Le tout est particulièrement chronophage. Sans parler de la vie de famille, des activités annexes etc.. Cependant, la recherche sur l’identité numérique apporte des compétences valorisables dans des ateliers ou des conférences, sur l’employabilité des jeunes diplômés par exemple, ou sur les enjeux sociopolitiques.

Voyons maintenant la proposition 2.

  • Convention CIFRE : jusqu’à présent réservée aux jeunes titulaires d’un master recherche, sans expérience professionnelle, le dispositif est aussi ouvert aux candidats ne disposant pas d’une expérience professionnelle significative. Après envoi de mon CV, et retour par mail, je suis éligible au dépôt de demande pour une convention CIFRE. C’est une excellente nouvelle qui m’autorise à prospecter les grands acteurs de l’identité numérique et des TIC.
    • Avantages : un salaire consistant et régulier, une employabilité accrue (aux yeux de l’entreprise accueillante qui pérennise son investissement, comme à ceux des autres recruteurs) et un sésame pour de nombreux réseaux ‘institutionnels’.
    • Inconvénients : l’indépendance et la charge de travail (car ce sont en fait des objets distincts qu’il faut construire : la thèse et les projets de l’entreprise).

Je n’élimine pas cette possibilité, loin s’en faut d’ailleurs, mais j’aimerai toutefois explorer la dernière proposition.

  • Je rêverai d’une thèse en donationware. Comme je ne suis pas sûr que le terme soit exact, je précise ma pensée : sachant que les enjeux sociopolitiques de l’identité numérique concerneront, à plus ou moins brève échéance, non pas tous les internautes mais tous les individus, j’invite chacun d’entre eux à collaborer financièrement à l’élaboration d’un travail d’exploration des libertés de demain (carrément !). Concrètement, comment cela fonctionnerait ?
    • De nombreux développeurs d’applications mettent en ligne (à travers Paypal) un tip jar, un pot (virtuel) dans lequel ceux qui le veulent versent quelques monnaies sonnantes et trébuchantes (numériquement parlant bien sûr), d’un montant libre, genre 1€, 5€, 10€, 50€, etc.. Je m’engagerais alors à n’utiliser que des logiciels en licence libre et à voyager au meilleur prix (hébergement inclus). Je m’engagerais aussi à publier régulièrement la comptabilité de ma thèse.
    • Dans le même esprit, on pourrait imaginer contribuer à une wishlist : les contributeurs alimenteraient le fonds documentaire de la thèse, soient en finançant l’achat de livres (via Amazon), soit en les faisant parvenir à mon adresse postale. Je m’engagerais également à les redistribuer gratuitement au terme du doctorat.
    • Je n’abandonne pas le monde de l’entreprise puisque j’appliquerais à la thèse le principe de financement des barcamps avec des micro-sponsors. Chaque société, chaque association, institution, fondation, entité qui le désire pourrait déposer via le tip jar la somme qu’elle désire : 100€, 500€, 5.000€ (soyons fou !)
    • J’accepterais aussi les twollars et autres exploracoeurs, même si ça ne remplit pas le frigo, comme dirait l’autre…
  • L’idée est très attractive, dans la continuité des micro-crédits, des openmoney et de la culture libre
    • Avantages : au pire, un bon buzz. Au mieux, une réelle indépendance. Quoique…
    • Inconvénients : imaginons que l’idée prenne, me voilà avec x mille contributeurs (j’ai dit: rêvons un peu) en droit d’exiger un travail de qualité (ce que je n’aurais pas manqué de faire sans eux, cela dit) ; x mille contributeurs en train de lire par dessus mon épaule et sourcillant de mes hypothèses, signalant sans cesse des oublis et des imprécisions, corrigeant mes fautes de frappe (d’ailleurs, il ne saurait s’agir de fautes d’orthographe, je n’en fais pas, moi !) ; et x mille contributeurs qui de surcroit s’inviteront tous dans l’amphi le jour de ma soutenance. Bigre !
    • Inconvénient n°2 : imaginez la page de remerciements. Et pire encore : le nombre de logos à insérer sur la page de couverture, faisant ressembler cette dernière au véhicule d’un amateur participant au rallye Paris-Dakar, avec des stickers dans tous les coins.
    • Inconvénient n°3 : toutes les factures que je vais devoir envoyer pour permettre le crédit d’impôt de ces âmes généreuses ! Et comment je déclare ça, de mon côté ?
    • Inconvénient n°4 : et puis surtout, une thèse, c’est -au moins- 3 ans. Ça c’est de la longue traine ! Vous m’imaginez tous les ans sonner le rappel des troupes charitables au moment de mon thèsothon !?

Alors, petite question simple comme pour le vrai téléthon : quelle serait votre promesse de don ?

Entre strip-tease et coming out, le dévoilement ne conduit qu’au spam ?

Posted in réflexions on février 16th, 2009 by Julien PIERRE – 1 Comment

Une production du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada.

[via Florence Meichel, et twitter of course !]

Je raconte ce que je fais sur Facebook, ce que j’aime sur uLike, et je délivre tout un tas d’infos très personnelles sur nombre de plateformes web estampillées réseau social ou web 2.0.
Avec quelles conséquences ?

Need cash ?

Ce qu’il faut craindre en premier est de savoir ce que nos données deviendront aux mains des entreprises qui sont derrière les réseaux sociaux. Même s’il n’y a pas eu effectivement de cas de spamming majeur issu d’un listing de réseau social (ce qui briserait la confiance), on peut imaginer sans problème ce que Google par exemple, ou Facebook, feront de leurs bases de données quand les limites de leur modèle économique conjuguées à la crise les forceront à vendre ce qui fait l’intérêt de leur capitalisation : c’est-à-dire nous !

En effet, quand on sait (à tort ?) que le premier budget à se faire sabrer en temps de crise est celui de la communication ou de la publicité, et que 98,9% du CA de Google provient de cette même publicité, il faut s’intéresser aux possibilités de financement qui leur restent.

Comme le disait Didier Durand de Media-Tech, en février 2008 :

Il faudra juste voir comment ce modèle va résister à la prochaine récession économique qui fera des ravages dans le business de la publicité comme toutes les précédentes.

Surtout quand on voit la baisse du taux de croissance des revenus ou du revenu net sur les 4 derniers trimestres 2008…

En ce qui concerne Facebook, plusieurs infos récentes font douter du respect des données personnelles :

Facebook permettra bientôt aux multinationales de sélectionner et de cibler ses membres afin de tester leur intérêt à l’égard de nouveaux produits. Les entreprises pourront poser des questions à certains de nos membres, en fonction de critères personnels, comme le fait d’être célibataire ou marié, ou encore homosexuel ou hétérosexuel
via the Telegraph, en date du 02 février 2009

  • enfin, tout cela est à relier avec la (discrète) modification des termes de service (ToS), ou plus exactement avec l’effacement de cette clause, en date du 04 février 2009 (soit 2 jours après) :

Votre contenu d’utilisateur peut être effacé du site à n’importe quel moment. Si vous l’effacez, le droit accordé à Facebook évoqué précédemment expirera automatiquement, mais notez que l’entreprise peut en conserver des copies archivées.
via Ecrans.fr
[PS : c'est moi qui souligne]

Si l’envie vous en prend, vous pouvez toujours essayer de supprimer votre compte Facebook, non sans avoir oublié de nettoyer vos traces.

Quant à Google, essayez de vous passer du moteur, de Gmail, de Google Agenda, Google Docs, Google Maps, de Picasa, de Blogger, de Feedburner, de Google Analytics, AdSense, Android, Chrome, etc., etc.. La liste des services Google est aussi longue que notre dépendance est forte.

Strip-tease

J’aimerais terminer sur un autre point tout aussi inquiétant, mais loin des considérations économiques de ce qui précède, car celles-ci sont hypothétiques : nos données n’ont pas encore été bradées.

Le coeur du web social, c’est l’utilisateur.

Times person of the year 2006

En 2006, Time élisait la personne de l’année : « You! ». Ainsi, les internautes, sacralisés par les médias et le mythe du User Generated Content ou User Created Content, étaient invités à réinvestir le Web, dans sa nouvelle version 2.0.

Nos photos sur Flickr, nos vidéos sur Youtube, nos pensées sur notre blog, et maintenant nos activités (ou absences d’activité) sur Facebook : l’internaute se peoplise en ligne, en tout cas plus facilement qu’avec la téléréalité (car il faut peut-être encore moins de talent).

L’internaute est star de son (micro) réseau social, entouré d’une cour faite d’amis, de followers, de contacts en tout genre, parfois inconnus, parfois même pas vraiment amis… Sa valeur se compte en whuffie ou people rank, comme la côte de popularité des hommes politiques, tantôt en hausse, tantôt en baisse.

Calvin et Hobbes, de Bill Waterson

Calvin et Hobbes, de Bill Waterson

Or, l’engagement de l’internaute sur ce nouveau Web a un cout, son intimité ; et l’accession au trône  fait que dorénavant, le Roi est nu.

En effet, le modèle économique présenté plus haut (une publicité ciblée) repose sur l’existence de données personnelles. Or qui mieux que l’utilisateur peut fournir des données le concernant ?

Ainsi, poussé par:

  • la célébration de soi (twit me, i’m famous comme s’amuse à le ressasser Yann Leroux) ;
  • le buzz fait autour des sites de réseau social ;
  • la simplicité apparente des interfaces (ou en fait leur hermétisme dans le paramétrage des règles de confidentialité) ;
  • la dimension ludique des applications (Facebook) qui jouent avec nos données personnelles ;
  • le comportement parfois peu farouche de certains membres de son réseau, qu’il se croit en devoir d’imiter ;
  • l’argument de transparence qui assimile celui qui se cache à celui qui a quelque chose à cacher (« don’t be evil« ) ;

l’internaute se dévoile toujours un peu plus, malgré ses récriminations (c’est le fameux privacy paradox).

On obtient alors une espèce de coming out forcé (dans ce cas, c’est du outing ?) sur son intimité : on nous force au strip-tease. On peut aussi se demander dans quelle mesure nous sommes victime de l’effet de masse et de mode.

Ainsi, que faut-il craindre, d’après vous : un excès de spam et de sollicitations commerciales (parfois bien ciblées mais peut-être omniprésentes) ou la conscience tardive (et irrécupérable) de notre complète nudité dans la sphère publique ?