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L’identité numérique appartient à ceux qui se lèvent tôt

Posted in réflexions on juin 12th, 2009 by Julien PIERRE – Be the first to comment

Samedi 13/06, à 06h10 heure française : gros rush sur facebook.com/username.

Le célèbre réseau social se lance dans la vanity URL, autrement dit vous pourrez disposer d’une adresse web à votre nom, du genre facebook.com/julienpierre, ce qui est toujours mieux que facebook.com/profile.php?id=501397046.

Le navigateur comme un miroir : ‘dis-moi que je suis le plus beau fameux’

On imagine tout ceux qui vont mettre leur réveil demain à 06 heures du mat’ pour obtenir leur URL nominative : les VIP, les chargés de comm’ des VIP et entreprises, les stars du net et de l’école, les Sun-Tzu du personal branding et autres accros égomaniaques qui kifferont grave de voir leur nom en URL.

La proposition de Facebook étant sur le mode premier arrivé, premier servi, et vu finalement le peu de diffusion de cette nouvelle (un bandeau à supprimer dans le profil Facebook), il y a fort à parier que le nombre de ‘fakes’ va grossir dans le but d’avoir son facebook.com/britney ou facebook.com/sarkozy !

La guerre des homonymes aura-t-elle lieu ?

On imagine donc sans peine tout le cybersquatting que cela va engendrer, même si Facebook et -déjà- des entreprises se chargent d’authentifier la légitimité à disposer d’une telle URL. Chris Messina rappelle ce que Tim O’Reilly prédisait pour l’ère du 2.0 et du cloud computing : la nécessité du ‘namespace dominance‘, pour les entreprises autant que pour les individus.

Quoi qu’il en soit, en ce qui me concerne, vu le nombre d’homonymes auquel je suis confronté, je crains de devoir m’y coller de bonne heure (tout dépend de l’apéro de ce soir, en fait…)

Mais en fait, il faut se rappeler que nous n’avons aucune visibilité sur l’avenir économique de Facebook, et nous continuons cependant à confier à cette entreprise privée de droit américain la possibilité de disposer de notre nom patronymique ou comme d’un nom de marque. A ce propos, où sont les CGU à propos de ces ‘vanity URL’ ? Dans la FAQ, il est expliqué que la confidentialité de l »username‘ est la même que celle du profil (privacy settings), c’est tout…

Brian Oberkirch racontait à quel point il trouve ridicule aujourd’hui le fait de se présenter par son nom d’utilisateur twitter.

— ‘Hi I’m @jack’

Mais il faut signaler que Google, par exemple, propose depuis peu les Profiles, et l’URL qui va avec (google.com/profiles/artxtra par exemple). La plupart des réseaux sociaux ont cette fonctionnalité dans leurs bagages. Encore avant, il y avait eu la même vanité à ne donner comme identité que son adresse mail. Cette logique est constante dans le web.

Oberkirch préconise d’axer l’essentiel de son identité numérique sur un nom de domaine (comme le conseille Eric Dupin pour nos enfants). Pourquoi ?

  • Pour éviter le cybersquatting.
  • Parce que c’est plus attractif que n’importe quelle autre URL !
  • C’est SEO-friendly !
  • Ça permet une plus grande transparence dans les relations connectées (une fois débarassé des fakes)
  • Ça limite la fragmentation de l’identité
  • Et enfin pour rester maitre d’identifiants qui à terme pourraient devenir aussi universels que le nom de famille.

En Estonie par exemple, les citoyens disposent d’une carte d’identité électronique associée à une OpenID : 1 par habitant ! Pourquoi ne pas imaginer la même chose dans le reste de l’Europe et en France ?

Chris Messina note aussi que le nom patronymique tend à remplacer le pseudonyme dans les logiciels sociaux (réseaux, médias, graphes).

Dans la liste précédente, 2 arguments sont ambigus :

  1. la transparence, et donc l’impossibilité de se cacher. Pour vivre heureux, peut-on encore vivre caché ? Happiness only real when shared, dirait Christopher McCandless. Mais si l’on considère les réseaux sociaux comme des dispositifs de surveillance, cette transparence devient dangereuse.
  2. l’unicité de l’identité, et donc l’obligation de tenir un seul rôle (cf. Goffman). Or si l’identité non connectée est plurielle (civile, familiale, amicale, professionnelle, etc.) : l’identité connectée devrait l’être aussi (1 rôle = 1 profil).

L’identité numérique, une question politique

Posted in hypothèses on février 28th, 2009 by Julien PIERRE – Be the first to comment

Il y a plus d’un mois s’est tenue à Paris la conférence FULBI (que j’avais indiqué ici), à laquelle je n’ai pas pu participer. Pour autant, à en lire les commentaires, les interventions ont été très enrichissantes (Evelyne Broudoux, les Geemik de l’ESC Lille, plus d’autres orientées bibliothèque, le périmètre de la conf’).

Je vais m’attarder plus particulièrement sur l’une d’entre elles : Qu’est-ce qu’un service d’identité ?, proposée par Stéphane Bortzmeyer, de l’AFNIC.
[Je ne vais pas expliquer de quoi il s'agit : vous trouverez sur son billet les liens de téléchargement vers les slides (format PDF, en mode présentation et en mode impression, très bonne idée).]

Le sujet est technique (fédération d’identité, protocoles de cryptage, etc.) mais la montée en complexité est très agréable, et la vulgarisation autant que la métaphore rend l’ensemble très accessible.

Pour autant, et malgré les limites reconnues au départ (l’identité est une notion trop philosophique), le sujet n’est pas si technique, finalement, et les dernières diapos (28-29-30) notamment posent des questions philosophiques tout autant que politiques. Reprenons.

Déclaration universelle des droits de l’identité numérique

L’encadrement numérique de l’identité (que ce soit sur le Web, en entreprise ou pour l’administration de l’État) requiert des dispositifs techniques (foncièrement faillibles – diapo 27) et relationnels (tiers de confiance, mais avec une confiance toute relative – diapo 13).

Or l’identité étant un droit inaliénable, son appareillement émergent par le numérique modifie ce lien : il serait donc nécessaire d’inscrire dans la Loi une reconnaissance et une protection de l’identité numérique, allant de l’anonymat (il y a déjà des textes en ce sens) à la pluralité : reconnaître la possibilité qu’un individu puisse disposer de plusieurs identifiants, et que ceux-ci soient protégés et garantis : les buddy icons, les avatars, les pseudos, les persos dans les jeux type MMORPG. Reconnaitre la possibilité que l’individu puisse disposer de plusieurs identités, pas forcément celle soumise par l’Etat ou les parents, mais plusieurs identités, choisies.

L’identité numérique entre impressionnisme et congruence

Posted in réflexions on février 23rd, 2009 by Julien PIERRE – 3 Comments

Je remets ici un commentaire que j’ai laissé sur un billet d’Emmanuel Gadenne, de webusage.net, et auquel Fadhila Brahimi avait préalablement réagi.

Au départ, Emmanuel Gadenne propose une vidéo de Brian Carter (a funny keynote speaker), et pose la question suivante :

Faut-il à tout prix être cohérent dans sa prise de parole pour se forger une identité numérique consistante ou faut-il être le plus sincère possible et montrer toutes les facettes de ses talents au risque de brouiller son image ?

Voici ma réponse :

Très intéressant en effet, très stratégique : ça touche en effet directement au personal branding, et à l’objectif qu’on se fixe, être cohérent dans sa parole numérique, mais aussi être cohérent avec son identité propre (IRL).
Or, notre identité réelle est-elle unique ou fragmentée ?
Si je prends mon cas : mes parents m’ont donné un prénom, l’État un n°INSEE, mes enfants m’appellent Papa et mes élèves Monsieur. Mes amis m’ont donné un surnom et je me suis choisi un pseudo sur le web. A chaque identifiant correspond une (facette de mon) identité. A chaque interlocuteur correspond une identité. Puis-je avoir le même discours pour chaque public ?
C’est bien l’idée que d’utiliser plusieurs outils pour gérer ses différentes facettes (Facebook = maison, LinkedIn = bureau, MySpace = bistro, comme le signalait un boss de LinkedIn et je complète avec Twittter = jardin public).
Il est dur d’assurer une cohésion au milieu de tout ça, mais est-elle seulement nécessaire ? Suis-je suivi par les mêmes sur chaque outil ?
Comme on dit, « la flèche n’a de sens que par rapport à l’objectif ».
Autrement dit, pour rebondir sur la remarque de Fadhila, nous sommes dans le « Et » (même si le « Ou » n’est pas exclusif en français).
On peut donc être cohérent dans sa prise de parole pour se forger une identité numérique consistante ET (tout en étant) le plus sincère possible et montrer toutes les facettes de ses talents au risque de brouiller son image.
C’est peut-être un peu vague comme réflexion, mais je pense justement que l’identité (numérique) se façonne un peu comme un tableau impressionniste !

Série "Cathédrale de Rouen", par Claude Monet

Série "Cathédrale de Rouen", par Claude Monet

Justement, sur la page de Brian Carter, on découvre qu’il est tout à la fois animateur de conférence, stand-up comedian, acunpucteur, enseignant, auteur, expert en référencement et marketing web (certification Adwords) et musicien. Tout ça sur sa homepage !

Il cumule les profils (avec profilactic et d’autres outils de lifestreaming). On est sur des facettes agrégées. La question qu’on se pose, comme Emmanuel Gadenne, est de savoir si ce melting pot est lisible ou non. C’est pourquoi je parle de tableau impressionniste. En fait, le pointillisme serait plus adapté !

Portrait pointilliste de Seurat

Portrait pointilliste de Seurat

Je pense pour ma part que cette agrégation est une construction, impermanente (comme la lumière chez Monet), au pire allusive mais qui essaye d’approcher au mieux ce qu’on est IRL.

Ça me fait penser à ce que disait Marguerite Duras à propos de sa tenue vestimentaire (l’uniforme MD, dans la Vie matérielle) :

La recherche de l’uniforme est celle d’une conformité entre la forme et le fond, entre ce qu’on croit paraitre et ce qu’on voudrait paraître, entre ce qu’on croit être et ce qu’on désire montrer de manière allusive dans les vêtements qu’on porte.

On retrouve cette recherche de cohésion, mais qui conduit ici à une uniformité (recherchée pour cacher une difformité, aux yeux de MD, à savoir le complexe physique qu’elle entretenait sur sa petite taille). Chez Marguerite Duras, cette uniformité sert aussi à la distinguer : on la remarque dorénavant non plus par sa taille mais par l’uniformité de sa tenue (Gaultier lui consacrera même un défilé).

Karl Zero déguisé en Marguerite pour un défilé Jean-Paul Gaultier

Karl Zero déguisé en Marguerite Duras pour un défilé Jean-Paul Gaultier

Le vêtement, ou l‘avatar, ou la projection de soi que l’on fait dans la sphère publique peut donc viser à une congruence entre l’énoncé et son énonciation, entre  l’identité et l’identité numérique . Tout le défi de l’identité numérique est d’atteindre cette congruence. Mais est-ce légitime ? Ou utile quand on sait ce terme appartient au registre de la psychothérapie, et que l’identité fragmentée pourrait être associée aux troubles dissociatifs de la personnalité, on a de quoi s’inquiéter.

Et vous, essayez-vous d’être cohérent dans la gestion de votre identité numérique ? Et y arrivez-vous ?