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La présentation de soi, Erving Goffman

Posted in vu sur le web on juin 14th, 2009 by Julien PIERRE – 2 Comments

La mise en scène de la vie quotidienne, tome IDans La présentation de soi (tome I de La mise en scène de la vie quotidienne), Erving Goffman propose d’analyser les interactions microsociales sous l’angle de la dramaturgie. Il s’agit pour l’auteur d’apporter un appareillage théorique à cette notion très répandue que la vie est un théâtre. Il s’agira donc, dans un 1er temps, de collecter les concepts de cette théâtralisation. Il faudra souligner la spécificité des interactions décrites, due au contexte historique et social dans lequel évolua Goffman. Enfin, dans une 2ème partie, il s’agira de projeter ces notions dans les interactions en vigueur sur Internet.

Prise de notes au fil de la lecture, non achevée à ce jour : revenez régulièrement au besoin. Certains ajouts sont personnels, des associations d’idées avec d’autres notions extérieures à la thèse.

    Résumé

  • Individu = acteur qui se met en scène face à autrui : stratégies de face (masque), conscientes ou non.
  • Interaction bidirectionnelle : on montre ce que les autres attendent de nous ;
  • Permanente et exclusive : on ne peut jouer qu’un rôle avec un public (et un autre rôle avec un autre public).
  • Omniprésence du contrôle social, donc spectacle omniprésent.
  • la présentation de soi reste fragile, elle peut s’écrouler de manière involontaire comme elle peut être manipulée de manière volontaire.
  • MAIS, exemples : activités de service, ou interaction de type serveur-client. Il y a une distance sociale : (serveuse de restaurant = dominée par client) OU (médecin = domine son patient). Solennité toujours de mise aujourd’hui ?
  • Interaction de Goffman = projection de soi sur le Web ?
  • Prise de notes commentée (pages 2 — 3 — 4 — 5 — 6 — 7 — 8 — 9) + conclusion

Erving Goffman

Mais avant toute chose, un petit mot sur l’auteur.

Erving Goffman (1922 – 1982) : membre de la 2ème école de Chicago :

  • on parle de sociologie pragmatique, appliquée à un écosystème urbain.
  • Il s’agit alors d’analyser (observation participante) les interactions (pragmatique, interactionnisme de Mead) dans des microsociétés (urbaine).
  • Goffman situe son ouvrage dans les limites physiques d’un immeuble, d’un établissement. Pour sa thèse de doctorat (1953), Goffman se plonge dans les arcanes d’un hôtel des iles Shetland, où il peut observer les interactions entre autochtones et touristes, directeurs et clients, commerçants et habitants. Il en fait beaucoup mention dans cet ouvrage. On atteint presque un niveau nano avec ce système social en miniature que constitue l’interaction face à face.
  • A ce sujet, il faut préciser que La mise en scène de la vie quotidienne est publiée dans la collection Sens commun, dirigée par Pierre Bourdieu (habitus de classe, voir plus loin).
  • Par ailleurs, les travaux de Goffman empruntent à la phénoménologie (sans la transcendance) et à l’existentialisme : on retrouvera donc un questionnement sur l’intentionnalité de l’acteur.

C’est tous les jours Hollywood !

Tout cet ouvrage est articulé autour de cette lexique théâtral : l’individu est un acteur, qui réalise un spectacle (une présence plus qu’une représentation) devant un public.

L’individu réduit à une marque

Posted in réflexions on décembre 10th, 2008 by Julien PIERRE – Be the first to comment

Cyril Gaillard de Benefik (création de nom de marque) s’inquiète sur AdmirableDesign du glissement opéré de la réputation individuelle vers l’image de marque.

A partir d’un sondage mené aux USA et mettant Obama meilleur marketeur qu’Apple, il alerte de la confusion des genres entre marque et individu.

En effet, le phénomène du personal branding est à la mode en ce moment, et il craint que le spectre mercatique (le marché ou le marketing) ne contamine toute définition de l’humain et des relations humaines.

c’est là un travers de nos sociétés actuelles que de tout analyser par le prisme du commerce, de l’économie et du marketing.

Parce qu’il utilise les mêmes outils (marketing) que les marques, et les mêmes capteurs (le whuffie, le personal ou social rank, l’indice de popularité), l’homme, le candidat, son idéologie, mais aussi les événements sont réduits à des produits de consommation, avec tout ce que cela entraine en conséquence : durée de vie raccourcie, rapport marchand, logique de consommateur critique, réification de l’être.

Cette transformation est évidemment nocive : pour reprendre les exemples de Cyril Gaillard, le 11-septembre ou le tsunami deviennent des bibelots, tel candidat ou président est apparenté à un super-héros, avant qu’une autre superproduction ne le détrône et ne le renvoit aux oubliettes, le programme politique devient une tendance, éphémère, qui sera vite passée de mode. Finalement tout se vaut, ou tout est valorisable, même l’immatériel et l’humain.

Si l’on s’inquiète donc de cette perversion, que faut-il condamner ? L’outil ou l’usage de l’outil ?

A mon avis, c’est moins la logique marchande que le discours quasi obsessionnel du personal branding qui est condamnable. Et vous, qu’en pensez-vous ?

Quand les timides se lâchent !

Posted in vu sur le web on octobre 13th, 2008 by Julien PIERRE – Be the first to comment
Bow Tie
Creative Commons License photo credit : rustman

J’avais lu récemment un billet de Vanina Delobelle (Global Product Director chez Monster, thèse de doctorat sur les médias sociaux) : les médias sociaux auraient-ils été inventés pour les timides ?

Internet permet au timide d’outrepasser son malaise relationnel car, derrière son écran, il peut facilement créer du lien. Cette distance est salvatrice, même si elle ne guérit pas de la timidité IRL. Elle remet surtout à égalité les internautes (logique du Peer-to-Peer). Libre au timide d’enclencher par la suite une stratégie de web présence en s’inscrivant à de multiples médias sociaux et en diffusant un contenu régulièrement mis à jour et disctinctif (discriminant?).

Et c’est peut-être parce qu’il a franchi le Rubicon que le timide s’exhibe sans commune mesure.

Dominique Cardon s’interroge alors sur le déplacement de la pudeur (et de l’impudeur) dans les médias sociaux, et pas seulement chez le timide : pourquoi sommes-nous si impudiques ?

Pour l’auteur, le privacy paradox (angoisse de la surveillance ≠ tendance expressiviste) doit se comprendre non comme un abandon de sa vie privée aux sirènes numériques mais au contraire comme une gestion quasi stratégique de sa présence et de sa réputation en ligne.

En effet, la surveillance interindividuelle (entre proches, parents, amis, collègues) fait moins peur que celle des institutions (Big Brother) : l’exemple le plus probant en est Flickr, où la plupart des photos (69%) sont en accès public (c’est par défaut).

Les médias sociaux permettent à la fois de mettre en ligne une subjectivité (commenter) et une créativité (écrire, photographier) ainsi que d’endosser des facettes (facebook) identitaires, des identités de jeu (de Je). Cette exposition permet de se distinguer et de se faire (re)connaître. Ainsi, des enquêtes montrent une corrélation entre le nombre d’amis et la quantité d’infos personnelles diffusées.

Comme cela a déjà été dit, l’exposition de soi est la principale stratégie relationnelle.

Or c’est une stratégie à risque, même si pour l’heure, aucun incident ne semble être à déplorer (ce qui est la preuve de l’inconscience des utilisateurs vis-à-vis de cette impudeur). En effet, on peut craindre : les prédateurs sexuels, la censure politique ou syndicale, le googling des candidats lors d’un recrutement.

Toutefois, Dominique Cardon tempère ces dérives en indiquant d’une part qu’elles sont exceptionnelles et d’autre part que les internautes procèdent par expérimentation avec leur profil, découvrant seul ce qui pudique et ce qui l’est moins.

Il convient alors de (re)définir la notion d’identité numérique et celle d’espace public.

La première doit s’entendre comme une identité fragmentée (une facette de soi par service web) et changeante : l’identité numérique produit moins des informations que des signaux (des indices). Et il s’agit ici, selon Judith Donath, d’un signe de l’acceptation du risque :

Ils indiquent aussi que leur position future est suffisamment sûre pour être certain de ne jamais la compromettre et qu’ils peuvent défier le monde aliénant dans lequel la discrétion est requise. Pour de tels utilisateurs, le risque (de l’exhibition de soi) est en lui-même un bénéfice.

L’impudeur apparaît alors comme une compétence sociale. Impudeur à relativiser toutefois puisque l’exhibition de soi se fait dans un espace public qui tient plus du Yin et du Yang (fractalisation du privé et du public, Patricia Lange) : à la différence des médias traditionnels qui constituent l’espace public (où tout ce qui est publié est public), Internet et les médias sociaux créent une infosphère si vaste que les zones d’ombre sont les plus nombreuses ; et à moins de savoir comment accéder à ces zones (par un détournement des systèmes d’indexation des médias sociaux), ce qui y est diffusé restera dans un espace privé. Dans le cas contraire, l’internaute découvrant une vidéo sur YouTube, un commentaire sur MySpace sera démuni face aux codes en vigueur et aux private joke.

Ainsi, l’usager des médias sociaux ne se trouve pas en contradiction avec le privacy paradox : il en est au contraire l’acteur, usant de stratégie (occuper le média, l’hexis numérique) et de tactique (détourner le média) pour gérer son identité numérique.


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