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Les 3 axes de l’identité numérique

Posted in brouillon on janvier 12th, 2009 by Julien PIERRE – 8 Comments

J’y avais songé pendant les fêtes de fin d’année, et le cas Yoan Demarq m’y avait fait pensé. Comme j’avais du temps libre ce matin, voilà ce que j’ai réalisé.

Cartographie 3D de l'identité numérique

Cartographie 3D de l'identité numérique

Explications

  • Plus on avance sur les X, meilleure est la réputation (jugement moral).
  • Plus on avance dans les Y, mieux on contrôle son identité (jugement technique).
  • Plus on avance dans les Z, plus notre identité numérique est inscrite dans le temps (jugement temporel).

Nous pouvons ainsi positionner en 3D une identité numérique à un instant T.
Commençons par les 2 premiers axes : contrôle et réputation.

  • Ma réputation évolue en fonction de ce que je publie sur le Web : j’avance en x et en y.
  • Ma réputation évolue aussi en fonction de ce que les autres disent de moi : j’avance en x mais je baisse en y.

Évidemment, si je publie ou si l’on publie sur moi un contenu non conventionnel, ma réputation va baisser (si j’insulte, ridiculise ou diffame quelqu’un, et inversement). Dans le y, par exemple, la vidéo surveillance est outil que je ne contrôle pas : les informations que ce système recueillent me tirent vers le bas de l’axe.
Ainsi je peux contrôler ma réputation (axe x) mais pas forcément ses origines (axe y).
Le contrôle peut se faire par la maitrise des outils numériques (je publie sur un blog, je commente, je fais du personal branding), mais il existe d’autres outils sur lesquels je n’ai pas de maitrise : contenu non modifiable en ligne (car édité par un tiers sur lequel je n’ai pas de levier), vidéo surveillance, fichage.

[AJOUT]L’axe y concerne bien le contrôle de l’identité, et pas uniquement celui de la réputation. Je vois ça comme les moyens techniques de protéger mon identité dans un système d’information : process d’authentification en entreprise, dans des transactions commerciales ou officielles, dans la connexion à des services web (biométrie, SSO). Le curseur bouge sur le y en fonction du niveau de développement de mon environnement (scolaire, personnel, professionnel, national).
Le 3ème axe concerne la pérennité de mon identité numérique. En effet, plusieurs facteurs entrent en jeu :

  • la connexion est caduque. Si je n’ai pas de présence numérique, je n’ai pas d’identité, et donc pas plus de réputation numérique. Ce n’est pas entièrement vrai dans la mesure où il est difficile de ne pas être fiché (registre d’État civil, Sécu+Vitale, banque, EDVIRSP, etc..). C’est le célèbre adage : « Pour vivre heureux, vivons cacher ». Je reconnais qu’il s’agit d’un facteur de contrôle, mais ce n’est pas tant un contrôle des outils comme sur l’axe y qu’un contrôle des traces. Ici l’axe z interagit avec l’axe x : je peux a postériori intervenir sur ma réputation, et idem l’anticiper.
  • Le Web a une mémoire, et partant de là le droit à l’oubli n’est pas reconnu. Un contenu publié auparavant peut ressurgir, me poursuivre et influer sur ma réputation (en bien ou en mal). Pour s’en prémunir, il existe de nombreuses solutions pour conserver un -relatif- anonymat numérique (cf. guide du cyberdissident de RSF)
  • Les bases de données officielles ont une durée de vie prévue par la Loi : et c’est cette inscription dans le temps qui fait peur souvent (cf. Base Elève). On se souvient  aussi qu’EDVIGE s’intéressait aux mineurs dès l’âge de 13 ans, ou que les enfants ‘problématiques’  pouvaient faire l’objet d’un suivi psychiatrique à partir de 3 ans. Il est toutefois possible de consulter nos données personnelles par l’intermédiaire de la CNIL (faudra que j’essaye un jour…)

Bon pour l’instant ce n’est qu’une ébauche. Mais on peut s’amuser à positionner des individus.
A mon avis les données de sites comme 123People ou WhosTalkin pourraient être utiliser ici, en combinant avec des BDD sur la vidéosurveillance locale, un questionnaire pour découvrir dans quelle BDD on peut se trouver (banque, commerces, crédits, assurances, mutuelles, etc..) : on devrait pouvoir sortir un petit jeu comme Sociogeek.

Quel protocole de recherche pour l’identité numérique ?

Posted in étapes de la recherche on octobre 22nd, 2008 by Julien PIERRE – 2 Comments

Au delà de la question de la pudeur, sociogeek interroge sur le déroulement d’une enquête sociologique  menée sur Internet. De nombreux commentaires vont en tout cas dans ce sens(1).
Plus que tout autre sujet d’enquête en ligne, l’identité numérique nécessite un dispositif particulier parce que :

  • je ne sais du sondé que ce qu’il veut me dire/montrer de lui ;
  • je dois admettre le risque d’incomplétude/manipulation dans ses résultats.

Donc, s’il y a soupçon sur l’identité du sondé, il y a soupçon sur ses réponses : mon enquête est invalide.
Pour cela, il faut envisager un protocole d’enquête qui garantissent l’identité de l’internaute :

  • je dois connaître l’internaute avant de le sonder ;
  • je dois donc rencontrer IRL l’individu avant son entrée dans le monde numérique, avant qu’il devienne internaute, avant qu’il endosse une identité numérique.

Pour savoir comment l’individu intervient dans le monde numérique, je dois l’interroger aussi dans le monde réel et éliminer toute distanciation engendrée par l’écran ou l’ordinateur.
Je dois donc :

  • obtenir un échantillon démographique et représentatif de la population d’internautes ;
  • vérifier l’identité administrative de chaque sondé ;
  • établir sa personnalité non numérique ;
  • interroger IRL l’internaute sur ses interactions numériques (motivations, usages et conséquences).

(On peut imaginer la nécessité de constituer une équipe multidisciplinaire : statisticiens, psychosociologues, médiologues, etc..)

Inconvénients

(parce qu’il y en a, et beaucoup, et pas forcément solvables)

Mise en place du protocole :
  • Moyens économiques nécessaires pour interroger l’échantillon (ressources temps + lieu + budget + personnel + puissance de calcul).
  • Composition des questionnaires.
Nature des résultats obtenus :
  • Validité de l’échantillonnage (on tourne en rond : comment découvrir qui va sur Internet ?)
  • Même IRL, le phénomène de fragmentation de l’identité/personnalité subsiste (incomplétude)
  • Catégorisation des individus (réductionnisme sur base d’incomplétude).
  • Quantité de données (a priori iniques et fausses) à traiter.
  • Devenir des données (double sens du terme : que vont devenir les données et allons-nous devenir des données ?)

Bref, l’identité numérique peut-elle être objet d’étude ?
Comme je ne cherche pas à scier la branche sur laquelle je me trouve ;-) , il est nécessaire de fonder une méthodologie de l’administration pour les enquêtes en ligne portant sur l’identité numérique. Voilà un beau sujet de thèse. Y a pas quelqu’un qui veut m’aider à la financer ?
PS : cette dernière boutade, qui n’en est pas vraiment une, soulève un autre problème(2). Que vont devenir les données d’une enquête financée par un fournisseur de services en ligne, un think tank, un cabinet de sondage, etc. ? Quelle légitimité aurais-je à présenter des résultats dont la finalité m’échappe peut-être ?

Notes

  1. # ou # ou encore #
  2. # ou # ou encore #

Le geek est-il un animal social ?

Posted in vu sur le web on octobre 8th, 2008 by Julien PIERRE – 4 Comments
donald is a busy duck
Creative Commons License photo credit : iammikeb

Sociogeek est un jeu en ligne développé conjointement par la FING/identitesactives, OrangeLabs et Fabernovel. Et c’est le buzz du moment !!!

Il s’agit de dévoiler son profil 2.0(1) à travers un sondage ? une expérience ? un jeu ? Un peu tout ça en même temps.

  • Et si ces photos étaient les vôtres ? 20 séries de 4 photos, de la plus neutre et pudique à la plus exubérante ou intime (on y voit un gars en train de vomir dans les WC) avec à chaque fois cette question : étant sur cette photo, la diffuseriez-vous sur Internet ?
  • Puis une sorte de loft virtuel avec 6 personnes masquées qui se proposent d’être mes ami(e)s. Ils se dévoilent petit à petit, et en fonction de ce qu’on découvre, on les élimine petit à petit.
  • Temps total annoncé = 20 minutes.
  • On peut préférer certaines photos (mais selon quel critères ? esthétique, parce que l’image a du sens ?) et en éliminer 5.
  • Comme tout sondage, certaines questions sont orientées (5 critères pour choisir un ami, quand 2 me suffisent – le choix photo apparaît en premier pour filtrer les candidats, combien vont cliquer dessus par facilité ?)

On retrouve la prépondérance de l’image (indicielle, discriminante), mais dans le même temps, les « amis communs » disparaissent (cf. le billet de Palpitt).

L’idée est de chercher à savoir en quoi le web 2.0 et les réseaux sociaux déplacent les limites de la pudeur et de l’intimité. Voilà pour l’expérience sociologique (que l’informatique récente rend d’ailleurs possible, cf. I&O(s) et la plasticité du questionnaire).
Les résultats, anonymes, seront synthétisés et envoyés par mail à tous les participants. De même, des conférences seront organisés autour de ces résultats.
Par contre, à la fin du jeu (puisque c’est aussi de ça qu’il s’agit), on obtient un web appeal : un mix situé entre exhib et discrétion pour les photos, et casanier et aventurier pour les relations. (Pas d’info sur l’algo).
Les pourcentages abondent en commentaires de billets présentant le jeu. Certains se reconnaissent dans les photos, d’autres sont déçus du faible chiffre obtenu, alors que d’autres encore exultent face à leur potentiel de star. Une commentatrice sur Facebook parle de mensurations 2.0. On est à la limite du privacy paradox.
On retrouve encore cette logique de score (voir les whuffies), cette course à la weblebrity. Est-ce un jeu finalement, ou une idéologie ? L’expérience scientifique est-elle valide quand elle se dissimule ainsi sous des atours sexy et ludiques ? N’est-ce pas dommage avec un tel potentiel ?

Idem, on associe exposition de soi et stratégie relationnelle. Y a-t-il donc un lien entre les 2 ? C’est la question qu’on se pose chez OrangeLabs.

Nouvelle impudeur ? La « réussite » dans les réseaux sociaux de l’Internet semble exiger l’exhibition de soi. Les pudiques, les discrets ou les timides n’ont guère de chance sur le web. Leurs blogs ou leurs pages sont mornes. Leur exposition fantomatique ne fait pas de vagues. Les signaux qu’ils propagent sont si subtils qu’ils se perdent dans le silence de la toile. En revanche, les hyper-visibles, ceux qui accumulent des contacts dans leurs réseaux, n’ont de cesse d’afficher leur différence et leur originalité afin d’accroitre leur chance d’être identifié par d’autres. Une étude statistique conduite sur les pages personnelles de Facebook montre que le nombre d’amis est étroitement corrélé au nombre d’informations que les utilisateurs ont renseigné sur leur fiche [Lampe, Cliff, Ellison, Nicole, and Steinfeld, Charles. (2007).  A Familiar Face(book): Profile Elements as Signals in an Online Social Network.]. Bref, l’exposition de soi est une technique relationnelle… qui semble « efficace ».

La réponse semble évidente, et navrante.

En ce qui me concerne, je suis copain avec:

  1. Tabatha, graphiste de 24 ans ;
  2. Ravachol, anarchiste de 52 ans cuisinier dans la Marine ;
  3. Adrien, dandy bisexuel et avocat de 30 ans ;

Normal, j’ai choisi d’abord

  • A propos de moi,
  • Ce que je cherche,
  • Ce que mes amis disent de moi,
  • Les groupes auxquels j’appartiens
  • Mes livres préférés.

J’ai un web appel de 66% (38% en expo, 75% en relations) et des commentaires limite insultants (et très aléatoires). Je suis discret (certes) et aventurier (alors là pas du tout) : vu mes réponses, et me connaissant, je pensais faire 100% en casanier ! Bref, ça ressemble quand un peu beaucoup au test à la con qu’on trouve dans Cosmo ou Biba. Divertissant…

via l’annonce sur identitesactives.net

Ils en parlent aussi :

Notes

  1. et mon profil 1.0, c’est quoi ?