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Résumé du séminaire PROTEUS

Posted in compte-rendu on juillet 13th, 2009 by Julien PIERRE – 2 Comments

Après le compte-rendu, le résumé du séminaire PROTEUS.

Carte mentale du séminaire PROTEUS

Carte mentale du séminaire PROTEUS

L’identité numérique est un récit, dont les briques sont fournies par l’individu-internaute et sont assemblées par le récepteur-lecteur (aussi internaute). On peut s’interroger sur la volonté de l’émetteur d’être producteur-narrateur de ce récit.Autant dans le web 2.0, l’internaute remplissait une plateforme vide, l’alimentait avec son contenu  (YouTube), autant le web 3 (sémantique) ne fera que structurer un contenu préexistant (provenant du web 2).

Il faut donc signaler que le récit est aussi déterminé par l’éditeur (du jeu ou de l’interface) et la norme technique des dispositifs (code -encodage, pseudonymat, a-synchronisme des conversations pseudo-oralisées et socio-hermétiques, culture de l’image et procès cognitif sensori-moteur).

L’identité numérique est tendue entre l’oubli et la mémoire, entre la recherche et l’exhibition de soi. L’internaute expérimente de nouvelles interactions individuelles (liens faibles de GRANOVETTER, distance, politesse, dématérialisation). Se mettent alors en place des stratégies relationnelles basées sur la calculabilité de l’affect et de la réputation. [Voir l'identité selon Paul RICOEUR ; voir aussi Norbert ELIAS].

Parallèlement s’organise une nouvelle forme de surveillance, transversale et mutuelle où disparaît la culpabilité au profit de la honte (il y a signalement de la faute sans application de la peine. Exemple donné : sur WoW, un joueur qui arrive en retard à un rendez-vous est hué par les membres du clan mais sans être exclu de la bataille qui va suivre). Sans punition, l’internaute est enclin à prendre plus de risque. Cependant, l’action rendue publique (en ligne) peut être observée par des tiers non anticipés (cf. Kevin le banquier).

La diffusion de ces données publiques peut faire fantasmer le secteur marketing (mais cela reste à prouver. Dans des discussions hors-cadre, plusieurs intervenants se sont interrogés sur l’efficacité commerciale du profilage des internautes, le marketing préférant la tactique du push-mailing).

La prospective est donc peu aisée, d’autant que les définitions de la ‘privacy‘ sont floues : qu’est-ce qui est privé ? En droit, en Europe, aux USA, etc… Il est donc nécessaire d’établir un habeas corpus de l’identité numérique. [lire Liberté, Egalité, Fraternité à l'ère du numérique, de Michel ARNAUD]

Une certitude cependant : l’apprentissage du numérique se fait sur le mode essai/erreur, qui donner l’illusion d’une virtuosité chez les adolescent. Mais l’acquisition de ces compétences se fait dans la souffrance, sans recul : usurpation d’identité, intimidation des pairs, pédopornographie, etc..

En ce qui concerne les échanges de l’après-midi, je retiendrai l’articulation autour des artefacts incorporant les titres d’identité : approche historique autour de la carte d’identité (DENIS, Vincent. Histoire de l’identité. 1715-1815. Editions Champ Vallon) et des puces RFID (ALBERGANTI, Michel. Sous l’oeil des puces. La RFID et la démocratie. Actes Sud).

  1. L’identité ne se prouve qu’avec un objet que l’on porte.
  2. L’identification est soumise à des cycles contextuels : c’est à cause d’épidémies (Peste de Marseille) et de mouvements de populations (Révolution française) que les dispositifs d’identification de la population ont connu une accélaration. Accélération que l’on retrouve aujourd’hui (voir aussi MATTELART, Armand. La globalisation de la surveillance. La découverte).

Compte-rendu du séminaire PROTEUS

Posted in compte-rendu on juillet 8th, 2009 by Julien PIERRE – 6 Comments
  • Mercredi 24 Juin 2009 – auditions Proteus
  • rue Damesme dans le 7è, Paris
  • Louise Merzeau (LM), Serge Tisseron (ST), Dominique Cardon (DC), Milad Doueihi (MD), Jacques Perriault (JP)
  • Pierre Piazza, Michel Alberganti
  • et plein d’autres (dont Gustavo, rencontré précédemment…)
  • (commentaire personnel)

Journée très agréable en ‘petit comité’. Un regret : pas de présentation des individus présents autour de la table (un comble !), et donc difficulté d’identifier ceux qui ont pris la parole ; et difficulté de se présenter quand on n’est pas ‘introduit’. Mais journée extrêmement riche en concepts, pistes et supports de réflexion.

Résumé

  • L’individu ne construit pas un récit : c’est le récepteur qui le produit.
  • acquisition des normes : nouvel apprentissage mais dangerosité du web
  • articulation (non formulée, et non idéalisée) autour de l’adhocratie (les clans dans WoW) et du P2P (rôle des pairs, surveillance transversale).

Compte-rendu

Exposition sur les SNS = représentation, visibilité, relation & traçabilité de l’identité (autogestion de son identité)

4 désirs, Serge Tisseron

  • Se raconter pour exister = « réseau coyote », psycho = compagnon imaginaire -> compagnon virtuel
  • Vouloir ne pas être oublié
  • Se cacher (intime) / se montrer (extime) = construction de l’estime de soi (fake) (cf. clair/obscur de Cardon)
  • Maitriser la distance relationnelle : nouvelle politesse : illusion de régler la distance
  • Immédiateté, pseudo oralité des SMS
  • Intimité associée à des espaces psychiques
  • Nlle économie de l’estime de soi
  • Nx esp de créativité
  • Espace de mémoire

Identité multiple ?

  • (effacement des caractéristiques  psychiques)
  • Il vaut mieux se faire remarquer que se faire aimer (google)
  • Prouver et se prouver
  • Rôle des pairs, effacement de la culpabilité : faire honte au lieu de culpabiliser (pas de sanction)
  • Culture de l’image (pensée par image, sensori-motrice, Cf. PIAGET)
  • Méthode d’apprentissage = par Essai/erreur
  • Surveillance de sujet/sujet, surveillance mutuelle (cf. Le meilleur des mondes)
  • Avatar, revue ‘adolescence’ : qu’est-ce qu’on cache, qu’est-ce qu’on montre  avec un avatar ?

LM = apprentissage des dispositifs ? formatage psychique

  • = apprentissage essai/erreur (cf. logique de drague), simuler la parité (être une fê sur un forum de séduction, découvrir, et revenir en hô, cf. Dominique Pasquier). Prise de risque car pas de culpabilité
  • WoW : meilleur espace de narration (car alternance du faire et du dire). Logique de relation > logique de jeu. Possibilité de rencontre IRL qui n’existe pas sur IRL

Dominique Cardon

  • Privacy : qui surveille ? (institutionnel + interpersonnel)
  • Dépasser la représentation, car Internet est basé sur le pseudonymat, et dc entrelacé à la vie réelle
  • WoW = autre univers de pratiques (! = univers scénarisé par l’éditeur prescripteur)

1.       Sociogeek = tendance à l’exposition finalement modérée. Présence n’est pas égale à exposition. Mais si stratégie de rencontre = alors besoin de visibilité.

A-traditionnel,  Quand on a séparé la chambre du salon, le salon est devenu un espace semi-public, avec les photos famille/vacances. Ce qu’on retrouve sur les SNS.

B-Corps amoureux, dénaturé.

C-théâtralisation, ‘exhib’, exagération, cool, avec les amis.

D-la provoc’ & le trash. E-le pudique (19%). Exposition non incontrôlée, ≠ paternalisme. Pas de naïveté des usagers, « on contrôle le décontrôle« . Réflexivité, en distance de soi.

2.       Débat sur la privacy = euphorie sur le potentiel marketing ou politique. Fermeture croissante des pages : embarras familial, amical, juridique, relationnel, etc.. (ils m’ont pas invité). = publication avec constitution (adhocratique) a posteriori (les repas d’avion sur Flickr). Un contenu qui provoque la constitution d’une communauté. Pas de visée communicationnelle des skybloggers (clair/obscur) = porosité du graphe social. S’accrocher à un contenu culturel

3.       Granovetter, liens faibles. Fréquence et intensité des liens affectifs (-> nb de dunbar). Périphérie = périmètre du web 2.0 (lee byron, tom lento, cameron marlow, itamar rosenn, facebook data).

= narration de soi. Quel récit réussit ? private joke, statut contexte-dépendant + nébuleuse relationnelle. Paradoxe du clair/obscur = sa porosité. Définition juridique = soit public, soit privé. Entre-deux conversationnel qu’on ne veut pas fermer, une sorte de fête ouverte à tout le monde mais où les participants sont -pas toujours- ratifiés. Cf. les recruteurs, kevin le banquier, le policier qui flique sur facebook le copain de celui urine sur un buisson

  • Danger du web sémantique !

ST = nécessité de la culture informationnelle et de l’apprentissage à l’identité numérique

  • Le récit participe-t-il d’une identité narrative ?
  • Hétéro-déterminisme de l’école de francfort

JP = digital natives (prensky). Barbier-Bouvet, statue du commandeur, chœur antique des manipulateurs à beaubourg. Théorie du sujet.

LM = immersion constante, sans recul.

  • Eviter la casse de l’apprentissage qui provoque la virtuosité des ados dans la relation sociale en ligne.
  • Nécessité d’une digital literacy, idéologie du libre = idéologie de l’apprentissage (cf. contrat social des développeurs de Debian)
  • Effet de récit dans la réception, mais pas dans la production
  • Voir twitter au brésil

Milad

  • Il n’y a pas de loi sur la privacy (tradition) : état plastique de la privacy = chez soi. Urbanisme virtuel. Identité polyphonique = anthologique, ontologique (philo & sémantique). SSO -> agrégat
  • Amitié = rôle de l’image, cartographie virtuelle de l’idnum ; rôle de calcul (bacon, cioran), stratégie de sociabilité numérique
  • Image = icône, portrait, embleme, économie de l’imag. Credo -> fides. Reputation framework
  • Autres mondes virtuels = myminilife ≠ SL
  • Construction des comparables dans la constitution de l’identité = territorial/généalogique Auj’hui = agrégat de l’historique, comparé au réseau intime = spécificité + lisibilité
  • Sortir du web social -> ontologie web sémantique, web 3.0, web d’un savoir structuré (wolfram alpha, google sware)
  • Visualisation : index -> sources ouvertes. Web2 = plateformes vides (contraintes ou opportunités) = l’utilisateur fournit le contenu. W3 = le contenu existe déjà
  • Réputation essentielle = fiabilité des données ; complexification du code -> tendance normative (gouvernement/contestation) = agrégat de format (microformats) = nlle juridiction, nlle pratique
  • Sf  = choix entre l’intelligent et le vivant (autonomie ou contrôle de l’avatar).

LM = zone conversationnelle en décomposition / inédit de la recomposition. Prospective impossible.

  • Cryptage (microblogging)
  • Faut-il insister sur la radicalité de la nouveauté ?

DC = Goffman = universalité du calcul relationnel (nous étions plus fragmenté il y a 100 ans). Pression normative de la transparence

  • Le numérique apporte une nouvelle matérialité : index = lieu d’oubli au lieu de la mémoire

JP = accepte-t-on l’hypothèse de l’interaction technique/société ? Le codage n’était pas présent il y a 50 ans. Question épistémologique du contrat proteus

  • Elias et le calculabilité

ST = Identité multiple ≠ pathologie, personnalité multiple

  • Les identités permettent de cerner LA personnalité
  • Idnum liée à l’interface = interface ≠ -> idnum ≠
  • Facilité de l’usurpation numérique
  • Nouveauté = régime de croyance. Je crois -ou non- à l’authenticité de l’identité d’autrui
  • Avatar ou robot = le répondeur téléphonique ?
  • Auj’hui = hyperidentité : j’ai la possibilité de mieux me connaitre, et dc pression normative
  • La certification par les pairs ≠ usurpation

ST : « Web = accélérateur de particularités »

JP = La question va devenir politque. Qui est le sujet ?

ST = viol virtuel sur SL. L’avatar visuel a un écho sensori-moteur

  • Numérique = dématérialisation ? ricoeur et l’identité
  • Binaire = espace sans valeur. Le oui équivaut au non.

JP = peut-on se passer de la notion de l’id.num. ? saut  conceptuel : à faire ou non ?

  • Il n’y a pas de modèle politique pour définir l’id.num. (cf. droits de l’homme et du citoyen)
  • Liberté, égalité, fraternité à l’heure du numérique, Michel Arnaud
  • La réalité économique et politique empêche la dissociation des identités numériques

Après-midi

  • Identification, authentification, traçabilité
  • Projet PERICLES = rapprocheur de fichiers gendarmerie+police+données ouvertes (stic+admin+internet) = profilage

Histoire

Identifier les pestiférés (bullette de santé), traçabilité des marchandises et des navires

  • Traçabilité des mouvements = normalisation de l’identité personnelle -> registre paroissial, police de la cité (repris de justice, soldat, commerces ambulants, migrants, ts ceux qui pénètrent les portes de la ville). Identifier par l’écrit/enregistrement : ceux qui hébergent. Port de document (papier, badge, plaque). Registre + certificat
  • Centralisation des données
  • Agents spécialisés
  • Réduction des formats papier, carte rigide, livret, numérotation (relation identifiant-individu)
  • Passeport obligatoire pour tte la population /s Nier = instrument de surveillance. Maires + fonctionnaires de police
  • Procédé lent : mouvement des populations, tps de contrôle des individus
  • MAIS changement de paradigme : réseaux = chemins de fer + télégraphe -> anthropométrie.
  • Nouvel âge de surveillance ? ré actualisation du débat du XVIIIe = nlle accélération
  • Cartes privées puis officialisées par un juge
  • Cartes dans des cadres privées (francs-maçons)

  • RFID = identification par radiofréquence, cf. pass navigo + passeports biométriques + péages automatiques, arbres et livres parisiens, animaux domestiques et d’élevage (voir aussi antivol magasin avec 1 info), surveillance des enfants, bracelets des nouveaux-nés
  • Conservation du flux du passager = 48h, cette traçabilité n’est pas le fait d’une organisation publique
  • Remplacement du code-barre : 1 objet = 1 identifiant (besoin  issu de la logistique)
  • Extension du domaine de la logistique -> supermarché : gestion des rayons, gestion du passage en caisse -> quid de la puce à la sortie du magasin ? Puce sur vêtement, dans le frigo, etc..
  • Consultation commission européenne = désactivation de la puce à la sortie ; sauf opt-in du consommateur (il demande à ne pas désactiver)
  • L’individu ne peut pas lire la puce aujourd’hui
  • Le contenu de la puce peut être modifiée a posteriori = cycle de vie du produit
  • Faible portée du lecteur aujourd’hui (quelle distance de lecture ?)
  • RFID = cookie délivré par le supermarché = profilage commercial et publicitaire = small brother
  • RFID = preuve du comportement IRL (utopie gestionnaire)
  • Logistique -> distribution -> consommation et usage.
  • Aucune transparence dans les projets et fonctionnements institutionnels impliquant la CNIL.
  • Permis + aux USA : RFID dans le permis pour suivre les migrations à la frontière US/Canada
  • Il n’y a pas de contrepouvoir sécuritaire (heureusement que la démocratie n’a été pas construite sur ce principe : si l’on a rien à se reprocher, on n’a rien à craindre).
  • Quand on veut surveiller, il n’y a pas de limite

Paradigme de l’identité réduite à ce que porte l’individu et non à ce qu’il est

  • P1 : il existe des contrepouvoirs : judiciaire.
  • Procédure pénale : témoignages + éléments factuels (preuve scientifiques) + traces numériques. Supériorité de la preuve scientifique ou numérique au témoignage. Quelle connaissance en a le juge ? Quel impact dans l’usage des policiers ?
  • Généralisation des procédés technologiques à toutes les activités et tous les acteurs : prélèvement ADN (FNAEG). On ne peut plus échapper à la technologie.
  • PN > DSP + DCI + DPJ + Préfecture de Police > 36, quai des orfèvres > Brigades centrales > Sous-direction financière > Répression de la délinquance des NTIC (29 personnes, + 2 groupes d’enquêtes délégués, 1 groupe d’initiative, + 1 de récupération des données = 7 personnes pour 10 millions d’habitants)
  • Criminalité infformatique (attaque des réseaux) + cyberdélinquance (délinquance sur le net). Plusieurs services dédiés à l’identification de la personne : identité = nom associé à celui qui commet la faute. Identification = ensemble des procédés pour obtenir l’identité. Identification de l’identité numérique = très difficile.
  • Il n’y a pas d’AOC sur l’identité : je peux prendre un pseudo tant que je ne cause pas de tort au titulaire légitime de l’identité.
  • Stratégie d’évitement des criminels.
  • Profilage grâce au ’sens policier’.
  • Moultes anecdotes croustillantes

  • P2 = centralisation des enquêtes sur les contenus (site néonazi et +ieurs enquêtes en cours), en partenariat avec les acteurs du web (MySpace, etc..) qui identifie le site frauduleux. Repositionnement sur compétence territoriale. 1000 signalements par semaine. Quel stockage pour ces signalements ?
  • Travail d’enquête sur l’affirmation (anonyme) : passage de la donnée impersonnelle à la donnée personnelle (code des telecoms). Adresse IP ? donnée identificatrice. IPv6 ?
  • Internet = ouverture d’un nouveau volume de criminalité, moyens d’investigations différents à étayer avec des moyens traditionnels.
  • Proxy, TOR, etc.. = nécessité d’en retourner aux moyens traditionnels.
  • Le policier a droit de prendre un pseudo pour son enquête = uniforme/civil
  • Police prédictive ? contraire au droit français positif qui repose sur le fait/la preuve.
  • Réserves du conseil constit. Sur hadopi = individualité de la peine / renversement de la charge de la preuve
  • Police administrative = prévention
  • Curseur à positionner entre liberté individuelle et bien collectif
  • Quel stockage pour l’identité ? STIC > ARDOISE, alimentation en tps réel (pb pour les policiers qui vont être fliqués)

La réputation doit-elle se réduire à un nombre ?

Posted in réflexions on mars 9th, 2009 by Julien PIERRE – 2 Comments

Dans ce billet, nous allons aborder le thème de la réputation, en cherchant à le définir et le distinguer de la réputation numérique (si cette distinction existe). Il s’agit d’étudier comment l’e-reputation se manifeste, dans sa diffusion et son énonciation.

michelinEn cette période de parution du Guide Michelin, les petites étoiles et autres distinctions (les Césars il y a peu, et bientôt les Prix Orwell) reviennent à la mode, entrainant dans leur sillage leur lot de célébrités et de costards plus ou moins mal taillés. Des réputations vont se faire ou se défaire, et pour rester dans la gastronomie, on se souvient que la rumeur attribuait le suicide de Bernard Loiseau à sa rétrogradation par le guide Michelin ; d’autres d’ailleurs aujourd’hui refusent d’être évalués par le Guide Michelin, comme le chef de l’Auberge basque. On peut donc s’interroger sur les enjeux de la réputation.

Sans préjuger du mode d’attribution de ces récompenses, la réputation des chefs ou des artistes est le fait de la consommation de leurs œuvres par autrui (le critique, le jury, les clients, le public), de même que dans un réseau (entreprise) la réputation d’un collaborateur est définie par les autres salariés, et celle de la société par ses clients ou ses partenaires (mais aussi par la concurrence). Plus que les actions de l’individu, c’est sa perception par les autres qui entre en jeu.

La réputation est une surcouche identitaire

  • On connait la réputation des rugbymen gallois, des footballeurs italiens, de tel gang de rue ou organisation sectaire, celle de Samy Nacéri ou Amy Winehouse, autant que celle de MacDo dans le domaine social ou de l’Egypte côté tourisme. On se souvient des réputations des uns et des autres à l’école ou à la fac.
  • Les joueurs, les spectateurs, les employés, les clients, les touristes, tous ont contribué à construire une réputation, la leur ou celle d’autrui.
  • Je rappellerais aussi le cas d’Alexis Debat, cet expert français en poste à Washington, qui avait assis sa réputation sur une prétendue thèse de doctorat, et s’était retrouvé dans les talk show et les think tank à débattre de terrorisme international. A l’inverse, on peut citer aussi le cas de Laure Manaudou, prise dans la Toile. Etc., etc., les exemple ne manquent pas.
  • Mais cette réputation n’est pas permanente, ni universelle, encore moins juste : je citerais par exemple le cas de Choi Jin-sil, cette comédienne sud-coréenne qui s’est donnée la mort suite à des rumeurs diffusées en ligne.

Cette réputation constitue l’identité de l’individu ; au même titre que ces identifiants (nom, pseudo, date de naissance, portrait, empreinte digitale, etc.). Même si la réputation nait d’abord de ce que l’on dit (« Casse-toi pauv’ con ») et ce que l’on fait, la réputation partage avec l’inscription dans des registres (État-Civil, baptême) le principe d’être une identité subie, construite par les autres.

  • Cette soumission n’est pas forcément directe.
  • Il n’y a pas nécessairement ‘contact’ entre celui qui entend la réputation et celui concerné au premier chef.
  • Ainsi, on peut tout autant être précédé ou dépassé par sa propre réputation (et on peut difficilement lui échapper).

Cela fait que la réputation acquiert une certaine mobilité, quitte à devenir autonome et distincte de celui qu’elle concerne. Non seulement l’énoncé échappe à l’énonciateur, mais il échappe encore plus au référent. D’où la nécessité de construire, gérer et surveiller sa réputation (et celle des autres).

Internet va amplifier cette problématique, mais dans quelle mesure modifie-t-il la nature même de la réputation ?

En quoi la valeur d’une réputation est limitée par sa transposition ou son inscription technique en ligne ?

Qu’est-ce la réputation ?

Définition

Opinion favorable ou défavorable attachée à quelqu’un ou quelque chose.

réputation, CNRTL

Petit exemple personnel

Récemment, l’un des responsables hiérarchiques pour lequel je travaille a changé d’affectation, et un autre a été nommé à sa place après une campagne de recrutement, pleine de rumeurs en tous genres.
A l’occasion de ce départ, l’incontournable bilan du manager a été établi par les salariés, confirmant une réputation pré existante.
Idem, la nomination du remplaçant a été accompagnée des bruits de couloir de ceux qui le connaissaient déjà, construisant a priori la réputation d’une personne inconnue aux yeux des autres. Et surtout loin des yeux (et des oreilles) de celui dont on parlait. Réputation qui sera infirmée ou confirmée a posteriori par les actes du référent.

Au delà de cet exemple, n’importe quel réseau est parcouru par les rumeurs la réputation de ses membres.

La réputation est une rumeur

Autant « la rumeur n’est pas nécessairement fausse », comme disait Jean-Louis Kapferer, autant la réputation n’est pas nécessairement vraie.

Schéma de la réputation

Schéma de la réputation

Ce schéma, provenant d’un billet de Dan Herman sur Wikinomics, n’est pas complet, à mon sens.

  • En effet, A et B interagissent (dialogue, mission, contrat).
  • En fonction de ses actes (y compris ses publications), A (le référent) construit sa propre réputation.
  • En fonction de sa perception, B (le relais) va construire la réputation de B, et la communiquer à C.
  • Qui va la communiquer à D, etc.
  • On donne souvent comme synonyme de réputation le terme « renommée », dont voici la définition : Rumeur que répand l’opinion publique à propos d’une personne ou d’une chose

On se retrouve dans le jeu du téléphone, dans la problématique de la rumeur se propageant à travers un réseau, avec tous les risques de déperdition-transformation du signal. Or le signal pour les ingénieurs équivaut à une quantité d’information.

La réputation est un nombre

  • L’étymologie nous renseigne. Réputation vient du latin reputatio : compte, évaluation.
  • Les synonymes sont éloquents : évaluation = valeur, crédibilité = crédit, notation = note.
  • Je cite aussi la racine computatio (radical commun), qui donnera computer en aglais, traduit en français par super-calculateur.

Give me your kudos !

Comme avec l’étymologie, j’aime beaucoup aussi éclairer mes recherches avec la mythologie. Dans ce domaine, il faut alors signaler le kudos.

kudos is a kind of luster or mana which belongs to the successfull …a kind of star quality or charisma, an enlargement of the persona
Redfield, in The Song of Sirens

Il s’agit d’une gloire, d’origine divine ou non, gagnée sur les champs de bataille entourant Troie. Le kudos comme attribut héroïque va se retrouver par la suite dans certains jeux vidéos, avant de devenir un marqueur d’appréciation dans le système de commentaire sur MySpace.

20/20 ?

Si je prends un autre exemple personnel, je suis enseignant et à ce titre, j’ai la mission d’évaluer, de noter mes étudiants et les candidats à certains examens.

  • De manière cynique, mon travail se borne à mettre un chiffre sur un document, parfois sur une prestation orale. Untel vaut 14, tel autre ne vaut pas 10. Finalement, la verbalisation est rarissime : il ne faut reporter sur le procès-verbal que la note, et il faut rédiger un -long- rapport seulement si la note est inférieure à 10 (ce qui explique beaucoup de choses).
  • Dans le déroulement pédagogique, le texte est plus présent (annotations sur la copie, commentaires de bulletins ou mentions de livret scolaire), mais au moment de l’examen (par le jury final), ces textes ne servent que comme complément d’information à la note (et encore dans des cas rarissimes, pour les candidats coincés entre 9,8 et 10). C’est donc prioritairement sur un chiffre, et de manière anecdotique sur un texte, que sera récompensé le candidat.
  • Cette reconnaissance de la réussite, ou de l’échec, fait désormais partie de l’individu : il l’inscrira sur son CV, et cela construira sa réputation future, et notamment en terme d’employabilité. Tout cela parce qu’il a eu plus de 10…
  • En tant qu’enseignant, combien de fois ai-je entendu qu’un tel ne méritait pas son examen, ou ne méritait pas de l’avoir raté ? Cette évaluation n’est donc pas forcément juste ; gardons aussi à l’esprit que le résultat peut être obtenu en trichant. Les 2 scénarios sont rares, mais ils existent.

réputation ≠ e-reputation ?

  • la réputation est construite simultanément, autant par le référent que par le relais (sans que celui-ci ait nécessairement mené une transaction avec le référent).
  • l’étymologie et certaines pratiques renvoient la réputation à l’idée de notation.
  • La réputation serait donc une note, parfois imméritée, accordée à A par B, C, D, etc..
  • Qu’en est-il sur Internet ?

La réputation numérique

Le Web transforme les relations par les rapports de distanciation qu’il engendre entre les individus.

  • Sommes-nous plus proche ou plus loin ?
  • La proximité apporte-t-elle plus de qualification dans l’évaluation d’autrui ?
  • La distanciation provoque-t-elle le besoin d’information sur autrui ?

Or la relation interindividuelle sur Internet se construit sur des documents (textes généralement, et maintenant podcast ou vidéo). On peut donc se demander, dans un premier temps, si la réputation concerne le document ou son auteur ?

PageRank

Avec Google et le PageRank, on a une évaluation, non pas d’un individu mais indirectement des pages web qu’il conçoit.

  • Cette évaluation repose sur le backlink : si la page B fait un lien vers la page A, alors la valeur de A augmente.
  • Mais ça reste l’évaluation d’un document, et non d’un individu, même si aujourd’hui, justement, l’individu tend à être considéré comme un document.
  • Cette valeur est attribuée par un ‘bot’, un algorithme qui, après lecture du code html et comptabilité des backlinks, aboutit à l’établissement d’une note.
  • Notons qu’il existe des techniques pour fausser les résultats (spamdexing).

Folksonomies

Avec le web 2.0, l’idée a été de redonner la parole aux internautes, en tant que blogueur ou commentateur. Les folksonomies ont remplacé l’algorithme au profit d’une logique de vote : avec del.icio.us, les internautes sauvegardent l’URL d’un document qui les intéressent (en lui accolant des tags, des étiquettes).

  • Au lieu d’un algorithme qui peut être facilement trompé, les folkosonomies permettent d’accorder une valeur plus humaine à un document.
  • Plusieurs systèmes du même genre ont émergé par la suite, passant tous par le vote : Digg, Fuzz, Wikio, etc..
  • En cliquant sur un lien script, l’internaute accorde un point à la page (le document) : plus la réputation augmente, plus le document se hisse dans le classement pour atteindre la ‘home’, la page d’accueil du site.
  • Cette reconnaissance concerne toujours le document, mais comme il s’agit souvent de blog, c’est aussi une valeur ajoutée au blogueur.

Les folksonomies sont aussi à la base des mesures de popularité. [...]
Mais il ne faut pas confondre popularité et pertinence, qui sont parfois des notions opposées.
Olivier Le DEUFF, pour l’ENSSIB

Star system

Autre mode de consécration, le script de notation se reconnait aux petites étoiles qui agrémentent les pages ou les commentaires, voire un chiffre accolé à un pseudo ou un portrait.

  • La société Alenty propose un widget Who’s Hot ? En fonction du passage et de la participation, l’internaute voit son score grimpé comme sur un thermomètre. C’est ce qu’on appelle la logique de scoring.

L’internaute (ou l’entité qu’on lui associe) équivaut à un chiffre, un nombre : c’est ce qu’on appelle la réputation numérique (bon d’accord, je joue avec les mots, mais quand même…)

Vaut-il mieux avoir 5 millions de hits ou 5 millions d’amis ?

Citation de Reem ABEIDOH

Le PageRank devient SocialRank. Ce scoring est omniprésent dans les médias sociaux : nombre d’amis sur Facebook ou de followers sur Twitter, nombre de connections sur LinkedIn.

  • Sur Facebook par exemple, on a des petites applications comme les points cool : sorte de bon point qu’on attribue à ses amis. Le tout est d’un intérêt très limité : ça montre juste une ‘coolitude’…
  • Sur blip.fm, on a des props à distribuer (en quantité limité). On signale avoir apprécié la sélection musicale d’un autre membre.
  • Sur Twitter, on a des twollars (50 au départ), avec les premières logiques de rétribution, certes gratuites mais néanmoins monnayables : cela reste une valeur marchande. D’autant plus que le generosity rank (!) que cela génère est transférable en $ à des œuvres caritatives. On retrouve l’omniprésent crédo 2.0 « Don’t be evil« . [MàJ : Twollars, la nouvelle monnaie pour dire merci ? Non merci !]

Is Twollars a new form of money?
Yes! Think of Twollars as a new type of money that rewards your social value to others and your good reputation with your community.
FAQ de Twollars

Quoiqu’il en soit, le nombre de followers est révélateur d’une audience, et donc d’une prétendue qualité des messages.

En fait, les premières évaluations online ont été menées sur des plateformes marchandes

  • eBay (cf FAQ : « Qu’est-ce qu’une évaluation ? En quoi les évaluations influencent-elles ma réputation ?« ), PriceMinister associent à chaque vendeur une moyenne des notes attribuées par les acheteurs, et inversement.
  • Sur PriceMinister, les commentaires sont facultatifs, ce qui n’est pas le cas sur eBay.
  • C’est un système en lequel les utilisateurs ont tellement confiance qu’ils ont mis en place un boycot d’eBay quand ce dernier a voulu le supprimer.

Dans le domaine du marketing web, la gestion de la réputation des entreprises devient un marché à part entière.

  • Le cas Motrin est souvent donné aux entrepreneurs prospects pour leur montrer la faculté des internautes 2.0 à saper les efforts de communication d’une enseigne (surtout quand celle-ci communique de façon très maladroite).
  • Le marché de la gestion/défense de l’e-reputation des entreprises est en plein essor (à investir, comme la biométrie), avec ReputationDefender comme leader.
  • Il existe aussi des sociétés de service dédiées à la réputation individuelle, comme Venyo. Le tableau de bord, qui ressemble à une courbe de température, cumule commentaires et tags sur la personne.

La réputation sera le genre humain (?)

Ainsi, la réputation numérique a un rôle primordial dans certaines transactions :

  • non seulement elle définit la qualité du référent (vendeur de confiance), et à ce titre l’identifie ; d’où la naissance des blogueurs influents, ou de nouveaux leaders d’opinion. La réputation distingue l’individu au sein de la communauté (virtuelle).
  • Mais elle permet aussi d’affiner les process de recherche en dépassant l’algorithme des moteurs et en y ajoutant un facteur humain.

Finalement, il convient de s’interroger sur l’économie de la réputation. Comme le signale le Yale Law Journal, la réputation est un bien soumis au droit de la propriété autant IRL, dans les mondes virtuels (SL, WoW) que dans les réseaux sociaux.

Virtual reputational economies show that reputation can be gained, lost, traded, protected, and shared, all in property-like fashion, without regard to whether it has independent economic value. In other words, reputation is not merely valuable; it is the new New Property.

En effet, le monde des affaires (un réseau) est régi par la réputation des entreprises (cf. classement Forbes) ; et les atteintes à cette réputation sont fréquemment abordées devant les tribunaux, pour être converties via les dommages-intérêts en valeur économique.

Sur Internet, les membres des réseaux sociaux (Facebook) protègent et partagent leur réputation. Les 1ères affaires d’atteinte à la réputation en ligne sont déjà portées en justice. S’il y a préjudice, c’est donc bien que la réputation a une valeur.

Aboule tes whuffies !

On parle beaucoup alors de capital social ou, grâce à Cory DOCTOROW, de whuffie. Le whuffie est une unité de mesure de l’e-réputation. Même si elle n’est pas implantée pour l’instant sur les sites de réseaux sociaux, métaphoriquement elle englobe toute cette logique de valorisation de la réputation.

While the notion of social capital clearly has some utility we need to be aware of the dangers of ‘capitalization’

Je note donc je suis

La notion de capital social a une utilité ? Pas toujours.

Il s’agissait pourtant, au-delà du principe de réciprocité (l’enseignant note l’élève, pourquoi pas l’inverse), d’évaluer une relation : or le corps enseignant ne s’estime dans une transaction, ou une relation marchande.

La réputation n’est donc pas une toise universelle : tout n’est pas notable, quantifiable, évaluable, pour autant que ces attributs soient justes.

Je ne suis pas un numéro (même le 6)

Je ne suis pas un numéro (même pas le 6)

Ainsi, que l’évaluation porte sur un document, un individu ou une transaction, qu’elle soit automatisée ou relationnelle, l’e-réputation n’est qu’un chiffre. A la différence de la réputation néanmoins, le lien entre le référent et les relais est avéré (puisque hypertextuel).

  • L’arithmétique a remplacé le subjectif, le nombre a remplacé le verbe. Peut-on chiffrer la réputation de Dog Poop Girl et autres weblebrités ? Faut-il se contenter du nombre de visiteurs sur le document ?
  • Ce chiffre est-il fiable, au-delà de toute considération mathématique ? Est-il suffisant pour définir un individu ?
  • Peut-on apprécier de se voir réduit à un nombre ? Quelle image de soi construit cette numérisation de l’individu
  • Si l’on considère que c’est nécessaire, quelles sont les alternatives techniques (algo sémantique ?) que vous connaissez/utilisez/utiliseriez pour rendre compte -en ligne- de la réputation d’un individu ?

Au départ, je voulais (devais) faire une vidéo en vue du barcamp sur l’e-reputation qui se tiendra à Paris – La Cantine le 04/04/2009, mais comme ça trainait en longueur, j’ai préféré tout mettre à l’écrit. Je ne désespère pas de faire cette vidéo à temps…