Le CV anonyme : faut-il éviter la discrimination ?
Posted in actualité on novembre 5th, 2009 by Julien PIERRE – 4 CommentsLe CV anonyme est au cœur d'une campagne de relance à travers une expérimentation initiée par "le commissaire à la diversité et à l'égalité des chances, Yazid Sabeg, accompagné du ministre du travail, Xavier Darcos, du ministre de l'immigration, Eric Besson, et du secrétaire d'Etat à l'emploi, Laurent Wauquiez" (source : Le Monde du 03/11/2009).
Rendu obligatoire par la Loi sur l'égalité des chances (art. L1221-7 du Code du Travail), mais n'ayant jamais bénéficié d'un décret d'application, le CV anonyme devrait concerner toutes les entreprises de plus de 50 salariés. On dénombre quelques grandes entreprises (Axa, Accor, la RATP, le Conseil Régional d'Aquitaine) et des agences de recrutement(1) qui ont à coeur de lutter contre la discrimination à l'embauche.
Le CV anonyme devrait permettre d'éviter les refus qu'essuyent les femmes, les personnes issues de l'immigration ou avec un patronyme à consonance étrangère, ainsi que les 'séniors'. Le dispositif prévoit effectivement d'anonymiser les CV (et les lettres de motivation ?) en effaçant toute référence ethnique ou raciale, toute référence de genre et d'âge. Le Pôle Emploi se propose comme support technique dans le processus d'anonymisation. Il existe aussi des acteurs en ligne (cvanonyme.fr) ou des entreprises privées (Step:\). Son DG, interviewé sur FranceInfo aujourd'hui, précisait qu'il anonymisait aussi les 'hobbies', indices d'activités de genre (sports masculins, par exemple).
On peut évidemment s'interroger sur le succès de cet outil, au vu des difficultés que pourraient rencontrer les PME à anonymiser en interne les CV (le coût de l'externalisation du process étant par nature rédhibitoire). Mais à l'heure de la discrimination positive (tant vantée justement par l'instigateur du CV anonyme), il faudrait s'interroger sur le paradoxe du CV anonyme face aux réseaux sociaux, qui repose-nt la question d'un équilibre à trouver pour l'individu, entre discrétion, distinction et discrimination..
En effet, des plateformes comme LinkedIn, Viadeo ou DoYouBuzz peuvent être considérer (en dehors de l'aspect réseautage) comme participant d'une discrimination.
- "Mettez-vous en valeur", nous dit DoYouBuzz !
- "Affichez votre expertise : faites-vous chasser", peut-on lire chez Viadeo.
- "Control your professional identity online", affiche LinkedIn.
Il s'agit bien de conférer au profil du membre un caractère unique, distinct. On parlera en linguistique du caractère discriminant du signe. Les stratégies de visibilité ou de gestion de présence en ligne stipulent d'accorder le plus d'attention à ce qui distingue, sur le marché fortement concurrentiel de l'emploi. A compétences égales justement, ce qui distinguera un concurrent d'un autre lors du recrutement, ce sont les centres d'intérêts et les particularismes, c'est l'originalité et la capacité à se démarquer, ou à être remarquer : bref, à devenir une marque, devenir un signe ostentatoire. D'une foule de candidats ressortira une minorité de profils. A la fin, il ne devra en rester qu'un !




