Les identités numériques

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Hyper Ka !

Olivier le Deuff (doctorant-ATER à Lyon 3) a mis en ligne un diaporama intitulé : le Ka documentarisé et la culture de l’information. Il approche la question de l’identité et de la réputation numérique avec un bagage théorique autre (mythologies, penseurs et auteurs ‘originaux’). On peut comparer le Ka à ce que d’autres nomment alter ego numérique :

Double uni au corps, il est de toutes les activités quotidiennes de l’homme. Puissance vitale, il confère protection, bonheur, santé et joie. Le Ka est capable de poursuivre une vie dans l’au-delà inspirée de sa vie antérieure.

On pensera par exemple au droit à l’oubli : le Ka nous survit, en tous cas au-delà des différentes étapes de notre vie (les photos de quand j’étais jeune et con !)

Je fais le rapprochement entre ce billet, notamment la conclusion, et celui d’Hubert Guillaud paru sur InternetActu : le nouveau monde de l’intimité numérique.
O. Le Deuf cite Stiegler :

Prendre soin, ici, signifie aussi faire attention, et d’abord porter et prendre attention à soi-même, et par la même occasion, aux siens, et aux amis des siens, et donc de proche en proche, à tous : aux autres quels qu’ils soient, et au monde que l’on partage avec eux en sorte que la formation d’une telle attention constitue une conscience d’universalité fondée sur (et profanée par) une conscience de singularité.

De son côté, H. Guillaud1 déclare, en s’appuyant sur Clive Thompson (journaliste au NY Times) :

C’est ce que les chercheurs appellent la “sensibilisation ambiante”, c’est-à-dire ce contact en ligne incessant qui permet d’avoir toujours un œil sur l’humeur d’un ami en surveillant la moindre de ses actions en ligne, du coin de l’œil.

Avec cette idée d’intimité ambiante, on est proche de ce que le lexique d’identites-actives nomme sousveillance, et plus précisément de la surveillance participative (on aprle aussi de little sisters).

Un exemple : j’ai comme amis sur Facebook certains de mes étudiants. Des jeunes autour de la vingtaine, qui découvrent le monde du travail, et surtout un monde loin de papa et maman. Ces changements les déstabilisent et les conduisent parfois à adopter des comportements à risque (troubles alimentaires, addiction, actes tabous, etc.). Mais des comportements autour desquels ils communiquement sur Facebook. On voit alors se mettre en brale toute une chaine d’amitié, de conseils et d’encouragements. Les ‘amis’ prennent soin de l’internaute, comme une grand frère surveille ses petites soeurs : les relations faibles renforcent les liens sociaux à tel point parfois que, comme le signale le journaliste, ces relations sont plus fortes que les liens traditionnels, avec les propres membres de sa famille par exemple.

Danah Boyd parle de relation ‘parasociale’, parce que souvent elles sont unilatérales ; en effet la réciprocité n’est pas de mise sur des outils comme Twitter : je ne suis pas forcément ceux qui me suivent, et inversement. Hubert Guillaud illustre avec les people dont on sait ‘presque’ tout, mais qui ignorent tout de nous.

L’information à laquelle nous nous abonnons via un flux, n’est pas la même que celle que nous échangeons dans une relation sociale profonde.

Cependant, je ne pense pas que ces relations soient autant à sens unique, Hubert Guillaud me contredira peut-être. En effet, sur Facebook par exemple, on est plutôt sur un échange de pair à pair. Dans l’une de ses diapos, O.Le Deuff cite Rosen :

Aujourd’hui, nos autoportraits sont démocratiques et digitaux ; ils sont faits de pixels plutôt que de pigments.

L’autoportrait dit-on est le meilleur exercice pour un peintre. Et effectivement, à la manière des impressionnistes, l’internaute procède par touche (microblogging) pour se connaître (self tracking) et se faire connaître (personal branding).

Cette construction passe donc par le texte et l’image, et c’est à travers eux que se construisent les relations ‘parasociales’. Et si un texte construit une relation, nous sommes à la fois dans un hypertexte et dans une relation hypersociale rendue possible grâce à des hypertechnologies.

  1. Le prendre attention à soi-même peut être mis en relation avec un autre article d’H. Guillaud sur le self tracking, dont je parlais ici. []

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