Les identités numériques

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Bon, OK, j’ai trois mois de retard. En fait, j’attendais bêtement un certain document pour écrire ce billet : le document étant en retard, le billet s’est vu décalé petit à petit.

Qu’est-ce qui a causé ce retard ? Ma carte d’étudiant : auparavant, je n’étais pas officiellement inscrit en thèse de doctorat, même si j’avais commencé à travailler en ce sens avec ma directrice de thèse, Fabienne Martin-Juchat. Donc maintenant, je suis membre du GRESEC, avec tout ce que ça implique : la filiation à un courant de recherche (l’usage prime sur le déterminisme), la collaboration avec une équipe, une rigueur de travail, et l’accès aux ressources et événements (centre de doc, bureau, connection, séminaires, réseaux).

Je suis d’ailleurs convoqué à une journée doctorale sous peu, avec comme objectif de présenter l’avancée de mes travaux. Je remets donc ici le bilan commandé.

Sujet : pratiques, usages et enjeux sociopolitiques de l’identité numérique.

Résumé

  • « L’identité numérique » est un terme issu de la vulgate, à définir au regard des SIC.
  • Il s’agit plus précisément d’étudier le traitement de l’identité et des données personnelles par les dispositifs électroniques et numériques (vidéo surveillance, biométrie, géolocalisation, inscription dans des bases de données mais aussi traces et présences sur le web, stratégies de contenus et de réseaux, distinguer en quoi l’identité est définie par l’individu ou la technique)
  • Quels sont les enjeux sociopolitiques de la technicisation – ou numérisation – de l’identité ?
  • Il faut alors prendre en considération les logiques de tous les acteurs : État (logique de registre + prétexte sécuritaire, rationnalisation / standardisation des données personnelles), constructeurs et fournisseurs (logique de marché, stratégie de diffusion/adoption des innovations, action de lobbying, cf. GIXEL), internautes et citoyens (logique autobiographique, stratégie de faces, de présence, pression sociale), associations de surveillance et de préservation des libertés fondamentales (CNIL, LDH).
  • Ainsi, plusieurs modèles de société semblent apparaitre : système de contrôle social et de surveillance globale, société panoptique (BENTHAM ; cf. BigBrother), marchandisation des données personnelles, hyper-narcissisme et marketing de soi (personal branding ; évaluation et publication de la réputation) contre néo-luddisme ou culture de hackers (évitement), anonymat, P2P, philosophie du libre (STALMAN, LESSIG), culture informationnelle (sociabilité numérique ; BOYD, DONATH, TURKLE), management des organisations (participatif/collaboratif, adhocratie de Mintzberg), constitution d’un habeas corpus du numérique, etc..

Ancrage théorique

  • Goffman et sémiopragmatique, microsociologie
  • sociologie des usages (MIEGE, JOUET, PERRIAULT, PROULX)
  • privacy studies (MERZEAU, CARDON en France) ou surveillance studies (MATTELART)
  • fondamentaux des SIC : WIENER et la cybernétique, WATZLAWICK, BOURDIEU, performatif d’AUSTIN, médiologie, HABERMAS, McLUHAN, constructivisme, systémique, WOLTON, BRETON, CASTELLS
  • apports extérieurs (LIPOVETSKY, LEVY, FOUCAULT)

Avancement

Difficultés

  • Activité professionnelle parallèle (enseignement technique supérieur)
  • 10 ans loin des SIC, bagage théorique et terminologie à se réapproprier
  • Domaines d’application et champs théoriques très vastes : besoin d’élaguer le sujet/terrain (jeux vidéo, communautés en ligne, réseaux sociaux, usages des données personnelles chez les adolescents, les salariés d’entreprise, usages du mobile associé à la géolocalisation, zones de vidéosurveillance, etc..) = observation +/- participante, ethnométhodologie, analyse sémantique
  • méthodologie/terrain : prématuré, pas de visibilité sur le financement, ni sur la réduction du sujet.

Dans l’immédiat

  • Lecture de Goffman, Surveiller et punir de Foucault, La globalisation de la surveillance de Mattelart.
  • Liste des dispositifs électroniques et numériques
  • = billets à venir (mode brouillon pour l’instant)

En dehors de la thèse

A propos du site

  • 185 articles pour 154 commentaires
  • près de 11500 visiteurs en 9 mois
  • 1 ‘communauté’ qui s’accroit, online ou offline : MyBlogLog, Identi.ca et Twitter, Diigo

12 commentaires pour 1 semestre = 1 bilan

  1. chat-loupe dit :

    Et bien, bon courage, M’sieur l’étudiant ;-)

    Et dire que je ne rêve que d’une chose : ne plus avoir ce statut étudiant !!! ^_^

  2. chat-loupe dit :

    J’ai déjà tenté et abandonné. Je ne recommencerai pas…

    Et puis, je ne fais pas collec’, hein ;-)

  3. Identité numérique un vaste sujet pas vraiment défini
    Wikipédia (FR) http://fr.wikipedia.org/wiki/Identit%C3%A9_num%C3%A9rique_(Internet)
    Wikipédia (EN) http://en.wikipedia.org/wiki/Digital_identity
    C’est un peu comme le Web Deux – Point – Zéro

    • Julien PIERRE dit :

      L’identité numérique recouvre plusieurs acceptions (pas forcément différentes finalement) :
      - gestion de la présence en ligne (personal branding) ;
      - investissement dans un ‘personnage’ vidéo-ludique ou un profil (réseaux sociaux).
      Mais aussi…
      - inscription de données personnelles dans un fichier numérique via un identifiant unique ;
      - traçabilité de l’individu via des dispositifs électroniques (vidéo-surveillance, titres de transport, rfid).
      Mais encore…
      - rapport à l’individu en tant qu’acteur au sein d’un système ;
      - acception ontologique (métaphysique ou non) de l’être.
      La mise en ligne de mes données personnelles et la participation à un système (médiatique, et au-delà politique) renvoie à des concepts philosophiques, qui peuvent se retrouver dans des dispositifs, des discours, des idéologies, voire des systèmes de croyance très éloignés (tels que l’anthropométrie, la bureaucratie, la politique sécuritaire ou la religion).

      • La notion d’identité n’est pas nouvelle, on parlera d’idempotence ou d’invariance.
        Identité numérique c’est à dire désigner via un enregistrement une entité précise (personne, groupe, objets réputés identiques) comme une carte d’identité, une empreinte génétique, un code barre, désigne des moyens de repère.
        Les techniques d’identifications se doivent d’être le plus précises possibles, en évitant les ambiguïtés. Certains éléments ne peuvent être individuellement identifiés comme par exemple deux électrons.
        Ces techniques sont neutres.
        L’utilisation d’une technique à des fins non admises par un modus culturel est autre chose. Certains voudraient que leur banque ne les confondent avec d’autres, ce qui sera admis par le plus grand nombre. D’autres voudraient être célèbres dans certaines situations et méconnus dans d’autres.
        Il n’y a rien de nouveau dans tout cela, seules changent les capacités.
        Je ne vois pas bien comment allier ontologie et morale.
        A la base la philosophie traite du savoir, les classifications culturelles peuvent selon certains être abritées dans des groupes prétendant faire de la philosophie. Mieux vaut une classe séparée de la philosophie pour traiter des manières d’évaluer comme l’éthique, la morale, l’esthétisme.
        Je suis plutôt d’accord avec ceux qui considèrent que le savoir est neutre: par delà le bien et le mal.
        Internet comme les mathématiques, les sciences expérimentales est neutre et c’est une bonne chose.
        Beaucoup de débats autour d’Internet fleurent le ridicule s’ils se confinent à observer certaines pratiques sous l’angle d’Internet.

        • Julien PIERRE dit :

          Voilà une approche très intéressante : l’identité est numérique (cf. idempotence et invariance, j’ajoute les liens pour ceux qui auraient du mal à suivre).
          Mais est-elle seulement numérique ?
          C’est tout le postulat positiviste. L’identité est définie par ce que vous appelez ‘moyens de repère’, soit un ensemble de coordonnées (i.e. les données personnelles), de surcroit discriminantes car aucune entité ne supporte d’être présente au même coordonnées qu’une autre.
          La question ne se pose donc plus de savoir comment, mais pourquoi. Pourquoi vouloir être distingué par son banquier, par le public ? Nous sommes alors dans une interrogation de type métaphysique : c’est l’ontologie. Ce qui effectivement n’est pas nouveau. Et n’a rien à voir avec la morale.
          Pour le reste, en effet, je ne pense pas qu’éthique ou morale soient des ‘manières d’évaluer’, je ne pense pas non plus que ‘la philosophie traite du savoir’ (scientifique). Science et philosophie sont interdépendantes. Or la classification (ou action de classer, discrimination) est justement très rationaliste. Mais en aucune manière elle est neutre : tout code, tout langage, tout système (et à fortiori un système de classification), bref tout signe (sémiotique) repose sur une perception de la réalité. Choisir quel signe-système on va utiliser pour re-présenter cette réalité est politique. Ça vaut aussi pour Internet et les mathématiques. On peut évidemment admettre que le Web est neutre, mais de la même manière qu’un marteau. Cet idéalisme trouve sa limite dès lors qu’on s’interroge sur le pourquoi on l’a créé, et surtout pourquoi (pour quoi) on l’utilise : la neutralité disparait, non pas parce qu’on l’aborde sous l’angle d’Internet, mais sous l’angle de l’usage, et de l’usager. Pourquoi veut-il être distingué, perçu, représenté, présent dans cette réalité ?

          • La notion d’identité est à la base une notion logique (idem: le même)
            Positiviste pas vraiment (cela fait XIX siècle), on dira plutôt: positif et existentiel: au sens de l’affirmation d’existence au moyen d’une désignation.
            On peut utiliser différents systèmes de repérages, de coordonnées, de cartographies à des fins de facilité. Employer des nombres est une méthodes comme un autre.
            La métaphysique désigne généralement ce qui président à tout système physique comme la causalité.
            La logique, le principe de causalité est bien antérieur à l’apparition de la matière.
            La réalité est unique, les structures matérielles possibles multiples.
            Ethique et morales sont des conventions, sinon les habitudes culturelles, croyances, systèmes sociaux seraient identiques comme les sociétés animales le sont.
            Un morale est une conduite que l’on adopte dans un contexte, les morales sont nombreuses et divergentes.
            la philosophie par définition traire des façons d’accéder au savoir. Pas la manière d’intégrer un catéchisme ou toute autre idéologie.
            D’ailleurs les matérialistes dont je suis n’ont pas beaucoup d’estime pour les idées en dehors d’expressions artistiques
            Certains prétendent que la sémiologie influe sur la perception de la réalité, que la réalité est une représentation, cela fait un peu trop anthropomorphique. Qu’un philosophe humain existe ou non les lois d la nature sont les mêmes.
            C’est toute la différence entre réalisme et idéalisme, malheureusement Platon a infecté 25 siècles de pensée
            Pour le banquier: c’est simple car il ne vaut bien pas qu’il confonde un client avec un autre.
            La capacité du genre Homo à se doter d’un langage est innée, c’est ce qui distingue Homo des animaux. Cette capacité n’a rien à voir avec une quelconque structure de perception de la réalité (Chomsky 1975). Les langages évolués se définissent à partir de structures formelles: les grammaires génératives. Les systèmes immunitaires sont d’ailleurs bâtis au-dessus de grammaires génératives (Prix Nobel médecine 1983 ? 1984 ?)
            Cela ne plait pas à tous les intellectuels, c’est tant pis.
            C’est très utile pour comprendre les relations transformationnelles entre les langages humaines et aussi en informatique. Cela naturellement ne plait pas aux idéologues de tout poil

  4. Julien PIERRE dit :

    Il y a, évidemment, énormément de postulats qui sont discutables : la neutralité des mathématiques comme système d’accès à la réalité, donc la logique comme antérieure à la matière, versus l’approche sémiotique de la réalité, qui est toute aussi matérialiste (le signe est matériel, et non idéel).
    Pour le reste, je me renseigne sur les références proposées : rapport entre grammaire générative et système immunitaire. Si vos avez des liens précis à fournir… De même, je vous invite à poursuivre cette reflexion à la lecture d’autres billets. Cordialement.

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