Les identités numériques

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  • Une expertise reconnue dans le domaine numérique et sur les questions de vie privée
  • 15 ans d'expériences dans l'enseignement supérieur
  • Des compétences solides en web design et sémantique (ici, tout est fait main)

Une production du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada.

[via Florence Meichel, et twitter of course !]

Je raconte ce que je fais sur Facebook, ce que j’aime sur uLike, et je délivre tout un tas d’infos très personnelles sur nombre de plateformes web estampillées réseau social ou web 2.0.
Avec quelles conséquences ?

Need cash ?

Ce qu’il faut craindre en premier est de savoir ce que nos données deviendront aux mains des entreprises qui sont derrière les réseaux sociaux. Même s’il n’y a pas eu effectivement de cas de spamming majeur issu d’un listing de réseau social (ce qui briserait la confiance), on peut imaginer sans problème ce que Google par exemple, ou Facebook, feront de leurs bases de données quand les limites de leur modèle économique conjuguées à la crise les forceront à vendre ce qui fait l’intérêt de leur capitalisation : c’est-à-dire nous !

En effet, quand on sait (à tort ?) que le premier budget à se faire sabrer en temps de crise est celui de la communication ou de la publicité, et que 98,9% du CA de Google provient de cette même publicité, il faut s’intéresser aux possibilités de financement qui leur restent.

Comme le disait Didier Durand de Media-Tech, en février 2008 :

Il faudra juste voir comment ce modèle va résister à la prochaine récession économique qui fera des ravages dans le business de la publicité comme toutes les précédentes.

Surtout quand on voit la baisse du taux de croissance des revenus ou du revenu net sur les 4 derniers trimestres 2008…

En ce qui concerne Facebook, plusieurs infos récentes font douter du respect des données personnelles :

Facebook permettra bientôt aux multinationales de sélectionner et de cibler ses membres afin de tester leur intérêt à l’égard de nouveaux produits. Les entreprises pourront poser des questions à certains de nos membres, en fonction de critères personnels, comme le fait d’être célibataire ou marié, ou encore homosexuel ou hétérosexuel
via the Telegraph, en date du 02 février 2009

  • enfin, tout cela est à relier avec la (discrète) modification des termes de service (ToS), ou plus exactement avec l’effacement de cette clause, en date du 04 février 2009 (soit 2 jours après) :

Votre contenu d’utilisateur peut être effacé du site à n’importe quel moment. Si vous l’effacez, le droit accordé à Facebook évoqué précédemment expirera automatiquement, mais notez que l’entreprise peut en conserver des copies archivées.
via Ecrans.fr
[PS : c'est moi qui souligne]

Si l’envie vous en prend, vous pouvez toujours essayer de supprimer votre compte Facebook, non sans avoir oublié de nettoyer vos traces.

Quant à Google, essayez de vous passer du moteur, de Gmail, de Google Agenda, Google Docs, Google Maps, de Picasa, de Blogger, de Feedburner, de Google Analytics, AdSense, Android, Chrome, etc., etc.. La liste des services Google est aussi longue que notre dépendance est forte.

Strip-tease

J’aimerais terminer sur un autre point tout aussi inquiétant, mais loin des considérations économiques de ce qui précède, car celles-ci sont hypothétiques : nos données n’ont pas encore été bradées.

Le coeur du web social, c’est l’utilisateur.

Times person of the year 2006

En 2006, Time élisait la personne de l’année : « You! ». Ainsi, les internautes, sacralisés par les médias et le mythe du User Generated Content ou User Created Content, étaient invités à réinvestir le Web, dans sa nouvelle version 2.0.

Nos photos sur Flickr, nos vidéos sur Youtube, nos pensées sur notre blog, et maintenant nos activités (ou absences d’activité) sur Facebook : l’internaute se peoplise en ligne, en tout cas plus facilement qu’avec la téléréalité (car il faut peut-être encore moins de talent).

L’internaute est star de son (micro) réseau social, entouré d’une cour faite d’amis, de followers, de contacts en tout genre, parfois inconnus, parfois même pas vraiment amis… Sa valeur se compte en whuffie ou people rank, comme la côte de popularité des hommes politiques, tantôt en hausse, tantôt en baisse.

Calvin et Hobbes, de Bill Waterson

Calvin et Hobbes, de Bill Waterson

Or, l’engagement de l’internaute sur ce nouveau Web a un cout, son intimité ; et l’accession au trône  fait que dorénavant, le Roi est nu.

En effet, le modèle économique présenté plus haut (une publicité ciblée) repose sur l’existence de données personnelles. Or qui mieux que l’utilisateur peut fournir des données le concernant ?

Ainsi, poussé par:

  • la célébration de soi (twit me, i’m famous comme s’amuse à le ressasser Yann Leroux) ;
  • le buzz fait autour des sites de réseau social ;
  • la simplicité apparente des interfaces (ou en fait leur hermétisme dans le paramétrage des règles de confidentialité) ;
  • la dimension ludique des applications (Facebook) qui jouent avec nos données personnelles ;
  • le comportement parfois peu farouche de certains membres de son réseau, qu’il se croit en devoir d’imiter ;
  • l’argument de transparence qui assimile celui qui se cache à celui qui a quelque chose à cacher (« don’t be evil« ) ;

l’internaute se dévoile toujours un peu plus, malgré ses récriminations (c’est le fameux privacy paradox).

On obtient alors une espèce de coming out forcé (dans ce cas, c’est du outing ?) sur son intimité : on nous force au strip-tease. On peut aussi se demander dans quelle mesure nous sommes victime de l’effet de masse et de mode.

Ainsi, que faut-il craindre, d’après vous : un excès de spam et de sollicitations commerciales (parfois bien ciblées mais peut-être omniprésentes) ou la conscience tardive (et irrécupérable) de notre complète nudité dans la sphère publique ?

Un commentaire pour Entre strip-tease et coming out, le dévoilement ne conduit qu’au spam ?

  1. leafar dit :

    Je pense qu’il ne faut pas se concentrer trop sur les Terms of service par contre le fond de l’analyse est assze juste. La question c’est quelle niveau de privacy.

    Pour ulike.net nous ne demandons rien et poussons nos utilisateurs à prendre un nom d’emprunt, un avatar.

    Mais encore beaucoup de choses à voir avant de savoir ou nous allons vraiment.

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