Les identités numériques

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C’est jeudi, c’est privacy !

En vrac, les infos que vous avez peut-être déjà vu pendant que moi, j’avais la tête dans le guidon, lancé à toute berzingue dans la pente de la soutenance (et des semaines suivantes) !

PS : en raison de la disparition de Google Reader, j’ai migré ma cellule de veille à l’aide de Leed, directement sur mon serveur, à l’URL veille.idnum.net. Libre à vous d’y aller, et d’utiliser l’outil ! J’expérimente également scoop.it. Sans oublier le groupe Diigo.

Du côté de la recherche

  • Je signale le n°177 de Réseaux consacré à La politique des algorithmes, dirigé par Dominique Cardon, auteur également d’un article intitulé Dans l’esprit du PageRank. On lira aussi le papier de Sylvain Parasie, sur Les machines à scandales, pour sociologie morale des bases de données (quand elles sont employées comme outil de contestation politique). Algo toujours, mais dans un autre registre : on pourra lire l’article sur le Knwoledge Graph, nouvelle arme de Google (via L’Usine nouvelle).
  • Acquisti et les Silent Listeners : une étude intéressante car longitudinale. Pendant 5 ans, les chercheurs ont observé les productions éditoriales (à l’exclusion des statuts, difficilement traitables au vu du protocole mis en place) des étudiants d’un campus américain. Résultat : une meilleure protection de la vie privée, initiée par les usagers eux-mêmes. Le cadre privatif qu’ils déploient prend de l’ampleur, et de nombreuses saisies se voient encadrées par des réglages de confidentialité plus fins. Et ce malgré les tendances de Facebook à fournir plus d’opportunités de saisie (tagging, géoloc), et plus de transferts (via les applis). L’explication tient à la prise de conscience de tiers présents dans le cadre participatif de leurs interactions (notamment les propriétaires d’applications-tierces). On se référera aux travaux de boyd sur les audiences invisibles. Dans la thèse, je propose une catégorisation plus fine, distinguant parmi les auditeurs invisibles ceux à vocation économique (les bénéficiaires) et les amis à qui ne s’adresse pas un message spécifique (bystander, en référence à Goffman).

Du côté de Facebook

  • On lira aussi avec attention les différents sondages qui relatent du lent désintérêt des adolescents à l’égard de Facebook (au profit de Twitter : usages de 16% à 24% entre 2011 et 2012) : voir notamment le dernier rapport du Pew Internet and American Life Project, relaté via Slate. Dans cette enquête, on apprend que les jeunes utilisateurs, s’ils continuent à employer Facebook dans leur socialisation médiatisée, notamment en diffusant toujours plus de données,  déclarent faire de plus en plus attention à ce qu’ils racontent en ligne : au-delà du simple déclaratif, l’observation des pratiques atteste d’une meilleure gestion des mentions de diffusion (les amis, les amis des amis), et d’une sélection plus fine des contenus mis en ligne. Les témoignages révèlent surtout une posture de plus en plus paradoxale vis-à-vis du réseau social, Un travail que je suis en train de réaliser par ailleurs montre des résultats similaires, avec des indicateurs différents. A suivre…
  • Peut-être que le partenariat avec GNI changera la donne pour Facebook : le Global Network Initiative est un groupe de pression/réflexion attaché à la défense de la vie privée et de la liberté d’expression en ligne. Google, Yahoo! et Microsoft en sont également membres. Par ailleurs, le réseau a aussi pour partenaires Human Rights Watch, Electronic Frontier Foundation, Berkman Center, etc. (liste des participants). L’intérêt pour Facebook de s’aligner sur les préconisations du GNI est d’une part de montrer sa sensibilisation aux questions de privacy, mais surtout de s’équiper des guidelines pour réussir son implantation en Chine. En effet, l’atout majeur de ce partenariat est de bénéficier du retour d’expériences d’autres acteurs majeurs qui ont subi les politiques informationnelles de la Chine. Un relais de croissance énorme pour Facebook, qui commence à sentir tourner le vent en Occident (source : WallStreetJournal)
    Une autre possibilité : l’addition de fonctionnalités, à travers par exemple le projet de rachat de Waze (appli mobile de trafic routier), un rachat estimé encore plus cher que celui d’Instagram…
  • Pour le reste des éditeurs, on notera l’initiative portée par IntelLabs, #WeTheData, plateforme de prospection sur une économie des données personnelles. Le projet consiste à identifier les challenges à lever pour rendre aux individus le contrôle de leurs données. Visuellement c’est intéressant, conceptuellement aussi. Reste à savoir si l’on arrivera à dépasser le simple coup de comm’.

Du côté de la CNIL

Du côté du LOL

  • La RATP aurait lancé un appel à projet pour implanter la reconnaissance faciale dans le métro. Le dispositif devrait permettre de facturer les trajets en scannant les usagers, et dans le même temps de repérer les resquilleurs. Toutefois, cette info est à prendre au conditionnel : le porteur de projet (PactePME) a retiré l’info (toujours accessible néanmoins chez BigBrowser et PixelLibre)

Du côté du NSTIC

Pour conclure, on notera (parti pris de ma part ?) que le marché des données personnelles, s’il parait alléchant aux dires du Boston Consulting Group (un CA de 1.000 milliards de € à l’horizon 2020, rien qu’en Europe), semble néanmoins menacer mis en doute par tout un ensemble d’acteurs : des usagers, des chercheurs, des médiateurs tendent à éclairer cette économie. Le BCG reconnait lui-même que les 2/3 de cette manne pourrait disparaitre si un climat de confiance ne s’instaurait pas. L’un des leviers identifié concerne le bénéfice que les individus pourraient tirer du partage de leurs données (en termes de service notamment, ou de relation clientèle). Un autre levier concerne la maitrise de son identité numérique : plus les individus sont aptes à gérer les paramètres de confidentialité des dispositifs identitaires, plus ils sont enclins à s’en servir pour partager leurs données. C’est donc à la fois une question d’apprentissage et de design.

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