Posts Tagged ‘humeur’

Hyper Ka !

Posted in hypothèses on décembre 1st, 2008 by Julien PIERRE – Be the first to comment

Olivier le Deuff (doctorant-ATER à Lyon 3) a mis en ligne un diaporama intitulé : le Ka documentarisé et la culture de l’information. Il approche la question de l’identité et de la réputation numérique avec un bagage théorique autre (mythologies, penseurs et auteurs ‘originaux’). On peut comparer le Ka à ce que d’autres nomment alter ego numérique :

Double uni au corps, il est de toutes les activités quotidiennes de l’homme. Puissance vitale, il confère protection, bonheur, santé et joie. Le Ka est capable de poursuivre une vie dans l’au-delà inspirée de sa vie antérieure.

On pensera par exemple au droit à l’oubli : le Ka nous survit, en tous cas au-delà des différentes étapes de notre vie (les photos de quand j’étais jeune et con !)

Je fais le rapprochement entre ce billet, notamment la conclusion, et celui d’Hubert Guillaud paru sur InternetActu : le nouveau monde de l’intimité numérique.
O. Le Deuf cite Stiegler :

Prendre soin, ici, signifie aussi faire attention, et d’abord porter et prendre attention à soi-même, et par la même occasion, aux siens, et aux amis des siens, et donc de proche en proche, à tous : aux autres quels qu’ils soient, et au monde que l’on partage avec eux en sorte que la formation d’une telle attention constitue une conscience d’universalité fondée sur (et profanée par) une conscience de singularité.

De son côté, H. Guillaud(1) déclare, en s’appuyant sur Clive Thompson (journaliste au NY Times) :

C’est ce que les chercheurs appellent la “sensibilisation ambiante”, c’est-à-dire ce contact en ligne incessant qui permet d’avoir toujours un œil sur l’humeur d’un ami en surveillant la moindre de ses actions en ligne, du coin de l’œil.

Avec cette idée d’intimité ambiante, on est proche de ce que le lexique d’identites-actives nomme sousveillance, et plus précisément de la surveillance participative (on aprle aussi de little sisters).

Un exemple : j’ai comme amis sur Facebook certains de mes étudiants. Des jeunes autour de la vingtaine, qui découvrent le monde du travail, et surtout un monde loin de papa et maman. Ces changements les déstabilisent et les conduisent parfois à adopter des comportements à risque (troubles alimentaires, addiction, actes tabous, etc.). Mais des comportements autour desquels ils communiquement sur Facebook. On voit alors se mettre en brale toute une chaine d’amitié, de conseils et d’encouragements. Les ‘amis’ prennent soin de l’internaute, comme une grand frère surveille ses petites soeurs : les relations faibles renforcent les liens sociaux à tel point parfois que, comme le signale le journaliste, ces relations sont plus fortes que les liens traditionnels, avec les propres membres de sa famille par exemple.

Danah Boyd parle de relation ‘parasociale’, parce que souvent elles sont unilatérales ; en effet la réciprocité n’est pas de mise sur des outils comme Twitter : je ne suis pas forcément ceux qui me suivent, et inversement. Hubert Guillaud illustre avec les people dont on sait ‘presque’ tout, mais qui ignorent tout de nous.

L’information à laquelle nous nous abonnons via un flux, n’est pas la même que celle que nous échangeons dans une relation sociale profonde.

Cependant, je ne pense pas que ces relations soient autant à sens unique, Hubert Guillaud me contredira peut-être. En effet, sur Facebook par exemple, on est plutôt sur un échange de pair à pair. Dans l’une de ses diapos, O.Le Deuff cite Rosen :

Aujourd’hui, nos autoportraits sont démocratiques et digitaux ; ils sont faits de pixels plutôt que de pigments.

L’autoportrait dit-on est le meilleur exercice pour un peintre. Et effectivement, à la manière des impressionnistes, l’internaute procède par touche (microblogging) pour se connaître (self tracking) et se faire connaître (personal branding).

Cette construction passe donc par le texte et l’image, et c’est à travers eux que se construisent les relations ‘parasociales’. Et si un texte construit une relation, nous sommes à la fois dans un hypertexte et dans une relation hypersociale rendue possible grâce à des hypertechnologies.

Notes

  1. Le prendre attention à soi-même peut être mis en relation avec un autre article d’H. Guillaud sur le self tracking, dont je parlais ici.

L’avatar

Posted in vu sur le web on novembre 23rd, 2008 by Julien PIERRE – 2 Comments
NYC - Metropolitan Museum of Art - Stela of a Four-Armed Vishnu
Creative Commons License photo credit : wallyg

L’avatar, c’est cette image qui nous représente sur le web.

  1. Définitions
  2. Typologie
  3. Services dédiés aux avatars
  4. Croissance de l’avatar
  5. Vers un format standard ?
  6. Conclusion

Définitions

Étymologiquement, avatar vient du sanscrit, langue indienne : ça désigne une incarnation divine sur Terre. Le plus friand de ce genre de transformation était Vishnu : il compte notamment 10 avatars successifs (les derniers sont Rama, Krishna et Bouddha) dont la mission est de faire respecter le Dharma(1).

Zeus, en s’incarnant sous forme de cygne ou de taureau, utilise lui aussi l’avatar, mais dans un but de séduction.

L’avatar est donc une forme parmi d’autres d’un principe divin : on peut lier cette singularité à l’idée d’identité multiple, ou fragmentée.

Sur Internet et dans les mondes numériques, l’avatar est une représentation (re-présentation) graphique, un pictogramme, un signe.

Avatar = alter ego numérique ?

Fanny Georges a rédigé une thèse sur le sujet (soutenue en décembre 2007 à la Sorbonne) : Sémiotique de la représentation de soi dans les dispositifs interactifs – 9Mo, 467 pages (voir la prise de notes).

Elle précise que l’avatar divin est une forme agissante au milieu des humains ; pour l’avatar numérique, on peut parler aussi d’identité active. Mais cette descente du divin chez l’humain, ou de l’internaute dans le virtuel peut ressembler à une immersion, voire une désorientation.

A travers des enquêtes, observations, des recueils de témoignages, Fanny Georges aborde l’avatar à la fois comme un processus identitaire (ontique, création de soi) et comme un rapport à l’altérité : comment me montrer aux autres ? Que voient-ils de moi ? Qu’attendent-ils de moi et vais-je satisfaire cette attente ?

Il y a donc un affect dans le choix de l’avatar : nous le chargeons de symbolique au-delà de sa dimension purement technique. Et cet affect facilite l’immersion, l’hexis (grosso modo : occuper le terrain).

L’avatar est donc à la fois un discours énonciatif (descriptif : je suis comme ça) et performatif (déclaratif : je suis, j’existe, j’agis, je me crée). Mieux : le support prévaut sur l’individu, le remplace en son absence. Même sans son maître, la marionnette continue de bouger.

Il y a donc tout intérêt à privilégier le choix de son avatar.

Notes

  1. la Loi, mot dont la racine va donner firmus en latin, forme, qui donnera information : action de donner une forme à quelque chose. L’avatar donne une forme, une image, à quelqu’un.

Liens du 14/11/2008

Posted in veille on novembre 14th, 2008 by Julien PIERRE – Commentaires fermés
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