Les identités numériques

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C’est mardi, c’est privacy !

On ne négocie pas avec les terroristes les publicitaires

Facebook dynamise sa régie pub en intégrant l’historique de navigation et des données hors domaine : j’en parlais la semaine dernière, la fronde s’organise depuis. Sur FightForYourFuture, une asso de défense du web, on peut signer une pétition en ligne ! C’est cool, mais est-ce que ça sert à quelque chose ? Le discours tenu dans l’article complémentaire est intéressant : Facebook nous coince entre deux lamelles et nous met sous le scope de la NSA.

If Zuckerberg is data mining every trace of your Internet usage, then the NSA has that same data too

Le risque est réel (voir plus bas), et appelle à débattre de l’ampleur de la surveillance gouvernementale, mais ce n’est pas l’intention du dispositif mis en place. Si certains appellent à sortir de l’ère post-11-septembre qui a donné naissance à PRISM, on oublie de parler de la régie publicitaire, du profilage commercial, des partenariats avec les géants du marketing digital : des pubs à gogo oui, des barbouzes, non ! C’est un débat typiquement américain, différent de celui qui se tient en Europe, et des avancées opérées : comme le titre le Monde de l’Informatique, on vient de franchir un pas de plus vers le réglement européen sur la protection des données privées [Dans le registre juridique, je vous invite à lire l’excellent billet de S.I.Lex sur la patrimonialisation des données personnelles].

Est-ce bien équilibré ? Est-ce le bon discours à tenir à l’encontre de Facebook ? Est-ce le bon moyen de pression ? Facebook ne pourra pas esquiver les injonctions de la NSA (dans le cadre du FISA), et les publicitaires ne vont pas lâcher la base clients de Facebook, et ne vont pas plus cesser leur lobbying pour cannibaliser encore plus le réseau social avec des traceurs et des pubs. La pétition est un lobbying bottom-up qui, dans le cas de Facebook, n’a jamais été efficace.

Pas plus que sur l’axe inverse (top-down, pour ceux qui auraient du mal à suivre), avec la page Facebook Site Governance. Bizarrement inactive depuis l’automne 2013, cette page sert à recueillir des commentaires lors de modifications des conditions d’utilisation et des règles de confidentialité. Un système de vote permet aux utilisateurs de bloquer les modifications proposées par le site, mais évidemment, avec plus d’un milliard d’utilisateurs, le quorum n’a jamais été atteint (30%, cf. le vote de 2012).

Comme la pétition, ce vecteur semble inopérant. Mais il nous renseigne sur la possibilité laissée aux utilisateurs de gérer leur relation avec Facebook. Et dans le cas du nouveau système de capture, cette possibilité est aussi présente : sauf qu’elle est exclusivement technique. Il n’y a pas d’autre possibilité que d’opérer un choix binaire, sans forme de négociation. Il s’agit du bon vieux système d’opt-out. Cette fois, cela se passe sur la page Facebook and privacy : on apprend ainsi qu’il est possible de bloquer le système en utilisant l’outil du consortium AboutAds, un regroupement des acteurs des médias, de la pub et des IT chargé d’auto-réguler le système de la publicité comportementale en ligne (Online Behavioral Ad). Une auto-régulation qui oublie l’acteur principal, le titulaire du comportement, mais aussi la cible de la publicité : vous !

Dans les commentaires du billet, les usagers se plaignent de l’emprise publicitaire, et proposent deux solutions : blinder le navigateur avec des outils type AdBlock, ou fermer son compte ! Là aussi, le niveau zéro de la négociation, façon algorithme. Mais qui vivra par l’algo périra par l’algo !

Un espoir toutefois, c’est qu’on se rende compte – enfin – que la publicité ne marche pas : sur InternetActu, X. de la Porte relaie une étude à ce sujet. Des chercheurs (en partenariat avec eBay) estiment que la publicité ne fonctionne qu’auprès d’un public qui n’est pas informé de l’existence d’un produit. Pour les autres elle est inefficace : elle n’agit que comme vecteur d’iformation, et non comme moteur de décision. D’ailleurs, un autre résultat affirme que les indicateurs de son efficacité sont largement exagérés. En grande partie auto-entretenus par  les acteurs du marché (genre le consortium cité plus haut) afin d’encourager les annonceurs à investir encore plus. Pour au final n’avoir qu’un faible ROI.

Espoir toujours !

  • Un drone lynché en public pour avoir filmé une rencontre de fans ! Des supporters des Kings viennent féliciter leur équipe après avoir gagné la Stanley Cup. L’événement est public, mais le contexte est spécial : c’est celui de l’entre-soi. Là-dessus un drone vient shooter les personnalités, et les supporters descendent l’appareil avant de le réduire en miettes. Dans l’article du Los Angeles Times qui relate l’incident, on apprend aussi que des particuliers se servent des drones pour faire du copwatching

  • Comme on est du côté du LOL, je signale également les premières couches connectées. Quand l’Internet des objets s’empare des fesses de bébé, on peut s’attendre à recevoir des SMS et des statuts croustillants ! Dans le même registre, on me signale le premier protège-dent connecté !
  • Plus sérieusement : la suite des réflexions engagées par Mozilla sur les Privacy Icons. C’est Disconnect et TRUSTe qui reprennent le bébé, et proposent un jeu d’icônes pour rendre compte de différents processus traitant nos données sur les pages qu’on visite.
Icons set Disconnect + TRUSTe

Icons set = Disconnect + TRUSTe

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